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Tsonga était pourtant bien barré contre Djokovic…

C’est très rageant. A en pleurer même. Et il a chialé à grosses larmes sur le Central de Roland-Garros, Jo-Wilfried Tsonga. Quatre balles de match, là, dans le creux de la raquette, contre le numéro 1 mondial, comme quatre occasions de réaliser un immense destin. Et quatre fois, cette balle qui l’a fui, que son adversaire lui a fait maudire parce que lui, Novak Djokovic, à ces instants précis et vitaux, l’a mieux caressée, mieux dompté et en a fait l’objet de son triomphe.

Il était pourtant bien « barré », Tsonga, dans ce quart de finale. Deux sets arrachés sur le Central de Roland-Garros à l’invincible Serbe. Et cette fin de quatrième set, à 5-4 d’abord à deux reprises, puis une fois encore deux jeux plus tard et toujours sur service adverse à 6-5 en faveur du Français… Oui, ce devait être la fin, une belle fin. Mais ce fut plutôt la fin de la faim pour Tsonga. Et le début de la faim pour Djokovic, une faim de loup pour celui dont l’appétit pour la gloire ne semble plus connaître de limite.

Un Kinder pour Tsonga, mais ça ne repart pas…

Bien barré, parce qu’en ces quatre moments décisifs, « Jo » aurait bien eu besoin d’une énergie supplémentaire, du glucose d’une barre chocolatée dont il est depuis un an le « comédien » principal d’une pub devenue culte. Une réclame digne des plus sublimes nanars du genre et où notre meilleur joueur français se révèle un acteur si désolant qu’il en a très vite sur tous les réseaux sociaux et sur les stades acquis une cote de sympathie extraordinaire.

Quant à Djokovic, il est le meilleur joueur du monde depuis que ses médecins ont décelé dans son organisme une intolérance à une… protéine, le gluten, et qu’il n’en ingurgite plus un gramme… Rien ne se perd, ou plus exactement rien ne se gagne, tout se transforme…

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Gasquet le météorite du tennis

L’heure de magie offerte aux spectateurs du Suzanne Lenglen ce samedi, de la fin du 2e set à la fin du match, par Richard Gasquet contre Tommy Haas valait très cher. Beaucoup plus cher qu’une simple place. Une exhibition de tennis peut-être jamais vue sur le court Suzanne-Lenglen que la Fédération Française pourrait sans complexe rebaptiser, et rien que pour cette stupéfiante démonstration,  – au lieu de celui de la Reine Suzanne – du nom du Roi Richard…

J’ai souvent décrié Richard Gasquet. Cet éternel gamin n’a pas irrité que mon humble personne mais plusieurs générations de champions anciens et modernes. Des dons incomparables mais une impression générale de gâchis renforcée par des prestations le plus souvent inabouties allant jusqu’à l’écoeurement de voir tant de talent inexploité. Gasquet ne sera sans doute jamais numéro 1 mondial. Mais il l’a été durant une heure contre l’Allemand, enquillant une invraisemblable série de quatorze jeux d’affilée pour l’emporter, et en y joignant une somme de coups tous plus ahurissants les uns que les autres et chacun dignes des plus grands artistes de l’histoire du jeu.

La plus belle heure de Gasquet ?

Des coups droits à la Andre Agassi, des revers à la Henri Leconte, des angles à la Miloslav MecirLe tout en soixante minutes chrono, de 17h à 18h, sans quasiment une seule erreur et sans… un sourire. Comme si les dix dernières années passées sur les courts par ce météorite du tennis avaient appris une seule chose au Biterrois, que les lendemains de fête avaient toujours été difficiles, très difficiles.

Comme de n’avoir que partiellement confirmé son statut de meilleur junior de la planète en 2002, de n’avoir pas donné suite aux espoirs nés de sa victoire à Monte-Carlo sur le grand Federer en 2005, d’avoir régulièrement laissé passer sa chance dans de grands matches un peu partout, y compris à Roland-Garros contre Andy Murray qu’il tenait dans sa raquette il y a deux ans, et qui sera son prochain adversaire lundi en huitièmes de finale. Ou de s’être laissé embarquer en 2009 dans une sombre histoire nocturne conclue par un contrôle positif à la cocaïne…

Ne cherchons pas de raison cartésienne à cette carrière en sinusoïde là où il n’y en a probablement pas. Gasquet est lui-même et cette heure de bonheur offerte par son génie sur le Lenglen suffirait à elle-seule à en rendre le souvenir inoubliable pendant très longtemps pour celles et ceux qui l’ont vécue. On ne demande à Gasquet qu’une seule chose, que cette heure n’ait pas été sa plus belle…

A Roland-Garros, Paul-Henri Mathieu, revenu d’entre les morts

J’ai croisé par le plus grand des hasards Paul-Henri Mathieu il y a quelques années. C’était dans une salle d’attente et nous patientions tous les deux sur notre chaise, le temps que notre tour vienne d’être reçu par notre rhumatologue. Je me suis permis de lui adresser la parole. Il venait de se blesser aux Internationaux d’Australie et fit une réponse polie à ma question à propos de cette blessure que j’avais apprise comme tout le monde en suivant le tournoi à la télévision. Je trouvais sur le moment ses propos empreints d’une certaine tristesse.

En le voyant me parler, je comprenais cette attitude réservée envers un inconnu, moi, et de surcroît sur ce qui était sans doute plus qu’une blessure. Ce garçon avait déjà connu un paquet de douleurs morales plus encore que physiques. Le premier, le pire, en finale de la Coupe Davis 2002 contre la Russie et Michael Youzhny lors du match décisif où il avait mené deux sets à zéro, 5-2 et 30-0… Sa carrière avait alors oscillé dans le même schéma, entre hauts et bas. Avec des immenses promesses et des gigantesques désillusions, comme à nouveau en Coupe Davis et un match de quarts de finale perdu en 2008 contre James Blake après cette fois deux balles de match.

Et puis fin 2010, le fond du trou. Un genou qui lui dit stop et une opération invraisemblable du tibia qu’un chirurgien lui brise puis reconstruit. Et quinze mois de convalescence, de souffrances, d’une rechute à la 750e place mondiale, mais surtout d’un espoir fou, presque inhumain en un futur vivable. Et ce mois de mai 2012 où Roland-Garros lui offre l’occasion qui ne se présente qu’à une frange très réduite du genre humain. Celle de la résurrection d’entre les morts. Mais qu’il faut saisir quand on l’aperçoit d’aussi loin, d’un endroit qui ressemble à la tombe.

Et Paulo, le maudit, a saisi cette chance. Pourquoi ? Finalement lui seul le sait et n’ose peut-être l’avouer. Car ce qu’il a expliqué (« Je voulais simplement rejouer« ) depuis quelques jours,  ne me convainc pas. Je veux dire que je crois que ce garçon voulait plus que cela, beaucoup plus. Il voulait revivre, exister à nouveau. Mais autrement. Après sa victoire hallucinante sur John Isner ce jeudi sur le Philippe-Chatrier, PHM a lâché à Nelson Montfort puis ensuite à toute la presse que peu lui importait au terme de cette lutte inouïe de près de six heures que la victoire fut au bout. Que l’important était d’avoir retrouvé tout simplement l’usage habituel et parfaitement fonctionnel de son corps après en avoir connu la fin clinique.

Non, Mathieu a trouvé sans doute pour la première fois, inconsciemment ou non, en se battant, en rejouant, en gagnant, la joie de vivre.

Non, non, non, Ribéry n’est pas agaçant !

Il y avait eu le Prix Citron, décerné dans les allées de Roland-Garros depuis les années 1970, au joueur de tennis le plus… En opposition avec le Prix Orange, décerné au joueur le plus sympathique du circuit, tout le monde avait compris qu’il était question lors de cette remise de récompense de se foutre de la tronche du plus antipathique, du plus énervant, du moins fair-play des tennismen (ou tenniswomen) professionnels.

C’était une sorte de défoulement général, dont le principe était né paraît-il dans le cerveau d’un publicitaire (qui avait certainement trouvé un moyen d’en retirer une notoriété pour un client fabricant de jus divers). On n’avait bien sûr pas eu le courage ou la bêtise de qualifier ce « vainqueur » de joueur le plus bête, ou le plus con… mais chacun traduisait. Deux ou trois des plus fameuses têtes de pioche de l’époque trustaient année après année cette couronne quelque peu baroque, et s’en gargarisaient en général, sentiment absolument logique vu leur épouvantable mentalité …

Comme Jimmy Connors, Ivan Lendl et Andre Agassi (et pas curieusement ce cabochard de McEnroe…). Et puis dans les années 1990, avait surgi le roi, l’empereur du genre, le Chilien Marcelo Rios, invectivé, sifflé dès son entrée sur les courts de la totalité des stades du monde et jusqu’à sa sortie, vainqueur ou non. Un phénomène de détestation jamais égalé depuis envers un garçon au comportement négatif à l’envi, injures à l’adversaire ou l’arbitre et même au public, comportement antisportif sans répit, fausses blessures… etc. Et bien entendu cinq fois Prix Citron, dont quatre fois de suite de 1996 à 1999… Record en cours.

Pas beau de se défouler sur Ribéry…

Cette année, la mode semble s’étendre au sport tout entier, voire à l’ensemble de la société civile puisque Ségolène Royal vient de se voir décerner le pompon de la personnalité politique la plus… agaçante. Et Franck Ribéry celui du sportif éponyme. Et l’affaire n’est pas loin de… m’agacer ! J’ai comme tout le monde mon opinion sur l’ami de Zahia. Et je crois bon de ne pas l’étaler. Dire de Ribéry qu’il est agaçant me parait en effet tout à fait, comment dirais-je… inapproprié ! Bon, puisque vous insistez, je m’explique un peu. Ribéry est donc au même titre que la candidate socialiste malheureuse de 2007 un être agaçant dans l’esprit de nos compatriotes. Il les énerve donc, les irrite, les dérange, les exaspère. Mais pourquoi ?

Mais pardi, l’attaquant de l’équipe de France a du mal à exprimer ce qu’il ressent, ce qui lui-même le dérange, notamment depuis ses déboires extra-sportifs. Ribéry souffre de ne pouvoir traduire ce mal-être des gens qui souffrent. C’est freudien, et par là-même très compliqué, voire subtil… Et voilà pourquoi les gens lui en veulent. De ne pas savoir, ou pouvoir, appliquer le précepte le plus fondamental de notre civilisation « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire viennent aisément« .  Je suis complètement sûr (« à moitié » serait plus vrai, et « pratiquement pas » correspondrait en fait) qu’à l’instar de Jack Bauer, ce paralysé de la parole et de l’émotion alors qu’il joue avec un talent admirable avec ses armes de poing, Ribéry ne parvient pas à hisser son langage au niveau de celui de ses pieds. D’où cette dichotomie (attention, pour certains autres fâchés avec le dictionnaire, ce mot n’a aucun rapport avec ce qui aurait pu survenir entre Ribéry et Zahia…), cette incompréhension entre la star et son public. Allo Sigmund…

Alors, un peu d’empathie, d’indulgence, sondés aimés. Voyons donc qui est le second sur la liste… Karim Benzema ? Aïe ! Bon, là, ça m’agace de me répéter…

PS (Post scriptum…): Il y en a un en revanche qui ne serait pas loin de m’agacer, l’ancien triple sauteur et néo-rappeur Teddy Tamgho

Li Na, Bartoli et 400 millions de Chinois

Pour les medias, nulle autre matière n’est plus fondamentale que l’interview, l’ « ITV » comme on la nomme dans les rédactions. Plus que toute autre information, tout rédacteur en chef de télé, presse, radio ou internet, la traque en permanence, et en rappelle constamment l’urgence, la nécessité absolue à ses journalistes ou correspondants. A Roland-Garros, ce culte de l’interview constitue même, depuis l’émergence de l’image dans les années 1980, la sève consubstantielle à la vie des chaînes, des stations, des journaux ou des sites.

C’est bien simple, un match à la Porte d’Auteuil sur France Télévisions dure le plus souvent moins de temps que celui qui lui est consacré avant, pendant et après, en entrevues, débats, parlotes, avec ou sans les intéressés, leurs entraîneurs, parents, sponsors, amis, masseurs ou copains de classe… La presse n’est pas en reste. Tenez, je viens de compter dans L’Equipe le nombre de gens réquisitionnés pour étoffer le papier de la présentation de la demi-finale de Marion Bartoli… Pas moins de six anciens ou actuels joueurs, joueuses, entraîneurs, ont été sollicités pour donner leur avis sur la vedette du jour. De cette litanie tautologique (« Marion progresse, est plus intelligente, pugnace, solide, frappe mieux, retourne bien« …etc), on ressort, certes informé en exhaustivité, mais un peu saoulé, comme à la sortie de la lecture d’un dictionnaire de synonymes. Que Bartoli soit en forme, on s’en doutait un peu… Mais il fallait absolument au quotidien sportif, lui et d’autres, rassurer ses lecteurs, les convaincre encore plus de l’évidence, leur marteler que la numéro 1 française… l’est bel et bien, et avant tout l’expliquer et le justifier.

A Roland-Garros, l’interview doit tenir le pèlerin bien assis dans son canapé…

Juste avant Bartoli-Schiavone, on a assisté en direct à une belle démonstration de technique… de l’interview, de sa mécanique et de ce que tout le monde peut en tirer. La Chinoise Li Na était opposée à la Russe Maria Sharapova. Pas de match sur le plan médiatique entre l’inconnue et la diva. Mais la première l’a emporté et la capricieuse perdante a filé du court sans un mot pour Nelson Montfort. Vite, trouver du croustillant pour meubler et conserver le pèlerin (français) à l’antenne avant le choc franco-italien tant attendu. Et l’on croit dénicher, pour nous en dire un peu plus au sujet de la mystérieuse finaliste, la pépite idéale, l’ambassadeur de Chine en France. Qui, ô surprise, parle impeccablement la langue de Molière. Mais, aïe, le diplomate en est un vrai, un professionnel du message à faire passer quelles que soient les questions : La Chine adore le tennis, quatre cents de millions de mes compatriotes ont regardé le match à la télévision, la Chine ceci, la Chine cela…« . L’ambassadeur est fort, très fort, opportuniste surtout. Le coup des « quatre cents millions de Chinois » (pourquoi pas quatre cent un…?) est un coup de maître et va, c’est certain, se répercuter partout pour le plus grand bien de l’image de l’ancien empire du Milieu. Chiffres parfaitement invérifiables et slogan d’enfer, voilà un coup de pub magistral. Séguéla doit en faire couler sa teinture de rage…

Plus classique, Nelson Montfort se rue ensuite sur Li Na à qui il soutire in english of course les invariables banalités (« mon adversaire a bien joué, je n’ai pas lâché…« ) d’après-match que sa rédaction lui commande depuis quinze ans. Là, les deux interlocuteurs font le métier. Sans accroc, sans surprise. Tout pour plaire au spectateur dans son canapé. Un amiral Nelson parfait pour barrer son micro, et une questionnée tout sourire bien sûr, qui n’oublie jamais de féliciter sa victime ou de remercier le public. Du sur-mesure, de la joie, de la tenue, du sport quoi… et un peu d’audimat !