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Ce que Paris 2024 ne devra pas copier de Paris 1924

Ô tempora ô mores, se plaignait le latiniste distingué. Les temps changent, les mœurs demeurent souvent. Les Jeux Olympiques ont de toute époque fabriqué du bon et du moins bon, du vrai et du fallacieux…

On conspirait énormément pour espérer gagner un droit formidable…

Il y a cent ans, le système de désignation de la ville-hôte des Jeux ressemblait assez à celui d’aujourd’hui. On conspirait énormément pour espérer gagner un droit formidable, celui de devenir tous les 1.460 jours l’Olympie des temps modernes.

Notre baron de Coubertin, qui avait créé le Comité international olympique (CIO) trente ans plus tôt, et qu’il dirige encore d’une main de fer dans un gant de velours, fait des pieds et des mains pour que Paris ré-accueille, après 1900, son enfant prodigieux. En juin 1921, c’est chose faite en vue de l’été 1924 malgré une opposition interne farouche. Il arrache de son cénacle la décision mais il sent qu’il n’a plus le vent en poupe et promet qu’il se démettra de sa fonction l’année suivante.

Un certain sieur Paul Pelisse présente avec force arguments les justifications des sommes qui seront engagées pour les Jeux de 1924

Au sénat, le 7 juillet 1922, un certain sieur Paul Pelisse, rapporteur de la loi nouvellement votée sur les crédits des futurs JO, présente avec force arguments les justifications des sommes qui seront engagées par l’Etat, c’est à dire vingt millions de francs de l’époque. Il ne manque pas de déplorer en termes polis l’abandon récent des dix millions promis par la ville de Paris, qui ne veut plus dépenser un centime. Les édiles de la capitale invoquaient avec il est vrai juste raison que de telles dépenses juraient avec la situation précaire des Parisiens trois ans seulement après la Grande Guerre. Pelisse supplie en termes tout aussi polis l’approbation des sénateurs pour qu’ils n’imitent pas la pingrerie et la mésentente de leurs collègues de l’assemblée d’édiles de la ville-lumière.

Et, on ne peut s’empêcher d’admirer la rhétorique de l’orateur que les promoteurs du Comité de Paris 2024 envieraient : « Nous pensons que, sans exagérer, il est indispensable de consentir à la préparation olympique française des sommes assez élevées, car, s’il est bien que la manifestation olympique soit éclatante et donne-satisfaction à l’hospitalité française, il est indispensable que, recevant des étrangers, nous figurions dans les différentes manifestations, non pas seulement d’une façon honorable, mais d’une façon victorieuse« .

« Nous pensons qu’il ne faut point agir avec parcimonie à l’occasion des jeux de 1924…une manifestation triomphale pour la race… qui laissera le monde dans l’étonnement et l’admiration. »

Mr Pelisse grimpe encore dans les trémolos de l’emphase : « Nous pensons qu’il ne faut point agir avec parcimonie, de même avec luxe, à l’occasion des jeux de 1924 qui peuvent être l’occasion d’une manifestation triomphale pour la race et, par suite, une oeuvre de propagande qui laissera le monde dans l’étonnement et l’admiration. »

Enfin, ce que Anne Hidalgo, Tony Estanguet ou même Emmanuel Macron n’avaient même pas osé clamer, Mr Pelisse l’ose, en se jetant dans le lyrisme le plus échevelé : « […] qu’il s’agissait, enfin, de laisser des installations qui, non seulement fussent pratiques, mais constituassent de véritables monuments contribuant à la beauté de Paris, ainsi qu’ont contribué à l’embellissement des cités toutes les arènes de l’antiquité, qu’elles soient en Grèce, qu’elles soient en Italie., qu’elles soient en Afrique, qu’elles soient en France, là où le génie romain s’est exprimé. »

Le superbe village olympique de Paris en 1924, construit à proximité du stade de Colombes.

Le Miroir des Sports 19 juillet 1924 Les spectateurs du tennis manquent de confort

 

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En 2017, c’est quoi le sport ? (1)

Se fier à Platon pour répondre semble un peu fou. Mais se fier au toujours moderne Platon est toujours raisonnable. Dans la vaste caverne du sport aujourd’hui éclairée de si nombreux côtés, la lumière est parfois forte ou tamisée. Les réalités ou les illusions dépendent des points de vue.

Le sport est d’abord un mot. Et un mot est signifiant, et ô combien changeant, comme le disait l’incompréhensible mais indispensable Roland Barthes, le philosophe des mots. En cela, le sport de 2017 n’est évidemment déjà plus celui du début de notre siècle et encore moins celui de Coubertin ni bien sûr de l’Antiquité.

Que l’on questionne aujourd’hui qui l’on veut, le sport ne fait plus penser à son étymologie : desport (divertir) et desporter (s’ébattre), ces verbes du moyen-âge français – oui français – dont cinq lettres seront plus tard piquées par la perfide Albion, et voulant dire en quelque sorte se défouler du labeur infernal pour les populations rurales des temps anciens.

En 2017, le sport est entré en sociologie. Il n’est plus accessoire à l’homme. C’est une activité humaine, comme le travail, avec ses valeurs. Même si les philosophes chagrins ne le considèrent pas comme « essence », autrement dit, en langage intelligible, qui ne se suffirait pas à soi-même…

Tout ça est bien gentil. Mais si l’on interroge l’économiste du coin argenté de la caverne, le sport c’est du fric. Son poids est grand, énorme : 2% du PIB mondial généré, par le biais d’industries mondialisées ! Pindare, le poète grec des Jeux Olympiques, et Coubertin le poète français des Jeux de maintenant, s’en étrangleraient dans leurs vers et proses, tant leur sport était éloigné du nôtre.

En 2017, le sport est, comme partout, « en marche ». Des centaines de millions d’humains se sont d’ailleurs mis à la marche – la marche sportive -. Mus par les conseils de la communauté médicale et scientifique, convertie lentement depuis ses précurseurs « hygiénistes » aux bienfaits de l’effort sur le corps. Ces savants poussent parfois presque au crime…

A suivre…

Monaco tendance !

Les Monégasques ont chaque jour davantage tout pour plaire. A leur casino, leur douceur balnéaire, leur très chic Grand Prix en ville, leurs princes et princesses, leur incomparable (inexistante) fiscalité et leurs appartements ensoleillés avec vue sur port et yachts, il ajoutent désormais leur séduisante équipe de foot.

Paris en crèverait presque de rage. Avec un demi-milliard d’euros de budget, le PSG court cette saison après ces « pauvres » Monégasques, au budget trois fois moindre, mais qui le devancent en Championnat et qui ont su, eux, réussir des prouesses aux quatre coins de l’Europe.

Le Rocher devient tendance. Comme le stade Louis II auquel on finit par trouver des charmes insoupçonnés de chalet tranquille mais très efficace contre les avalanches sportives (Barcelone et autres plus menus désastres). La Tour Eiffel passerait presque pour un objet de décoration has been. De surcroît, les joueurs de la Principauté sont remarquables et sympatoches. Certains sont même – oui c’est incroyable – français !

Et on se demande maintenant si Dmitry Rybolovlev, le multi-milliardaire russe, ne joue pas tout seul plus habilement du football qu’un multi-milliardaire Etat du Golfe, pourtant désormais rompu à toutes sortes de joutes économiques, sportives et d’influences. La réponse est dans la question. Ce roi du potassium et de l’oligarchie Poutinienne a sans doute autant dépensé de roubles, de dollars et d’euros que ses rivaux moyen-orientaux mais il a su bien mieux tirer profit du contexte local.

Monaco file droit vers les demi-finales de la Ligue des Champions, emmené par un attaquant dont on n’avait pas admiré chez nous autant de qualités de vitesse et d’habileté réunies depuis des lustres. Le jeune Mbappé, 18 ans et très majeur talent, dribble moins mais aux meilleurs moments que Verratti et marque moins mais aux meilleurs moments que Cavani. Cette loi s’applique en gros à tous ses camarades.

Et un plus petit Prince que celui de l’Emirat se réjouit enfin qu’on ne le brocarde plus à propos d’un Etat où les footballeurs venaient depuis trois quarts de siècle toucher sans effort les plus rémunérateurs congés payés du monde.

 

Federer, enfin parfait !

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En reprenant Bossuet et en en changeant un peu l’objet de son oraison, on pourra dire au sujet de Roger Federer au crépuscule de sa carrière que  » la seule simplicité d’un récit fidèle pourrait soutenir sa gloire « .

 

L’éloquent orateur du siècle de Louis XIV n’aurait pu mieux parler de celui dont depuis plus d’une décennie on qualifie de plus grand joueur de tennis de tous les temps. Mais dont on attendait paradoxalement une sorte de preuve définitive, absolue, éternelle de ce titre un peu pompeux et médiatique.

 

La preuve est faite en ce 29 janvier 2017 où, désormais à partir de cette date, il suffira de revoir le triomphe à Melbourne, après ses dix-sept précédents Grands Chelems, du plus fameux des originaires de la Confédération Helvétique.

 

Roger Federer a vaincu Rafaël Nadal mais a surtout surpassé son propre talent que chacun tenait déjà pour le plus grandiose de l’histoire. Encore fallait-il que ce Suisse, passé de garnement doué dans sa jeunesse dorée au génial maestro des années de maturation, impose enfin, s’impose enfin comme un génie au mental en roc et à la stratégie d’un Jules César ou d’un Clausewitz. Il y avait auparavant toujours eu un Nadal, un Djokovic, un Del Potro ou quelques autres très inspirés rivaux, pour instiller un doute ultime sur sa capacité à contourner ses obstinations.

 

Cette fois, Federer, à 35 ans, et au quasi-terme d’une carrière unique, a sans doute surtout vaincu son entêtement à vouloir, par exemple, rivaliser avec le coup droit de Nadal, qui l’avait détruit des années durant à Roland-Garros et même en 2009 à Wimbledon, où il régnait en dieu.

 

Dieu, il ne l’est pas bien entendu, mais immense, inégalable et inoubliable, oui. Et exemplaire sans contestation puisque les grands hommes savent mieux que les autres qu’il y a toujours mieux à faire. Mieux que Federer…

Il n’y a rien de nouveau sur l’Olympe

Du haut de ses trois mille ans, l’Olympe vous contemple aurait dit Napoléon à ses vaillants combattants du sport.

Les Jeux ont-ils changé depuis les exploits légendaires de Milon de Crotone et Leonidas de Rhodes ? Pas tant que ça. C’est encore et toujours un morceau de gloire auquel les athlètes font une cour endiablée.

Que nous, pauvres hommes, ayons désormais marché sur une lune devenue si proche, ou que la terre soit devenue si petite alors qu’Aristote le Grec la voyait si grande, n’a rien révolutionné ou presque de nos étroites perceptions. La vue des humains est, malgré Blaise Pascal et son observation sans télescope électronique des deux infinis, toujours aussi courte.

Aux odes sublimes de Homère et Pindare ont seulement succédé les louanges criardes de peuples amourés de sportifs que le soleil des podiums entêtent à approcher.

Peu importe le flacon, pourvu qu’ils aient l’ivresse, tant qu’ils soient, spectateurs, téléspectateurs, internautes, commentateurs, politiciens.

Hier à Rio, les Jeux ont continué leur course. Sans répit ni philosophie grecque ou esprit Coubertinien. On a sifflé Renaud Lavillenie dans un stade qui ne comprenait d’évidence pas, parce que son patriotisme mal placé l’avait amené jusqu’au chauvinisme le plus imbécile, que le sport puisse être le plus noble des spectacles, c’est à dire une lutte sans merci mais juste ou « bêtement » morale.

Et le Français n’a sans doute pas lui non plus compris qu’être grand signifie courir ou plutôt sauter vers la quête de la sagesse. Le recordman du monde du saut à la perche aurait du accepter qu’un adversaire l’ait battu, quels que soient les éléments contraires. Comme son collègue Pierre-Ambroise Bosse, à la réaction bien plus altière face à la défaite.

Dans la baie magique de Rio, la nageuse Aurélie Muller a aussi manqué à l’âme olympique en mettant la tête sous l’eau de sa concurrente italienne sous le mur d’arrivée du 10 km en eau libre. Et nos chantres médiatiques ont bien entendu entonné l’hymne si radoteur et pénible d’une prétendue injustice contre la nation. Disqualifier un athlète tricolore serait un crime contre Marianne. Et donner la parole à Philippe Lucas, l’entraîneur de la Française, sans même critiquer ses propos (« c’est un sport où on se donne des claques, alors une petite tape sur la tête… »), laisse sans voix.

Écoutons celle de Victor-Hugo qui, lui, aperçoit les marques des temps : « les temps primitifs sont lyriques, les temps antiques sont épiques, les temps modernes sont dramatiques. »