648x415_renaud-lavillenie-finale-saut-perche-15-aout-2016

Il n’y a rien de nouveau sur l’Olympe

Du haut de ses trois mille ans, l’Olympe vous contemple aurait dit Napoléon à ses vaillants combattants du sport.

Les Jeux ont-ils changé depuis les exploits légendaires de Milon de Crotone et Leonidas de Rhodes ? Pas tant que ça. C’est encore et toujours un morceau de gloire auquel les athlètes font une cour endiablée.

Que nous, pauvres hommes, ayons désormais marché sur une lune devenue si proche, ou que la terre soit devenue si petite alors qu’Aristote le Grec la voyait si grande, n’a rien révolutionné ou presque de nos étroites perceptions. La vue des humains est, malgré Blaise Pascal et son observation sans télescope électronique des deux infinis, toujours aussi courte.

Aux odes sublimes de Homère et Pindare ont seulement succédé les louanges criardes de peuples amourés de sportifs que le soleil des podiums entêtent à approcher.

Peu importe le flacon, pourvu qu’ils aient l’ivresse, tant qu’ils soient, spectateurs, téléspectateurs, internautes, commentateurs, politiciens.

Hier à Rio, les Jeux ont continué leur course. Sans répit ni philosophie grecque ou esprit Coubertinien. On a sifflé Renaud Lavillenie dans un stade qui ne comprenait d’évidence pas, parce que son patriotisme mal placé l’avait amené jusqu’au chauvinisme le plus imbécile, que le sport puisse être le plus noble des spectacles, c’est à dire une lutte sans merci mais juste ou « bêtement » morale.

Et le Français n’a sans doute pas lui non plus compris qu’être grand signifie courir ou plutôt sauter vers la quête de la sagesse. Le recordman du monde du saut à la perche aurait du accepter qu’un adversaire l’ait battu, quels que soient les éléments contraires. Comme son collègue Pierre-Ambroise Bosse, à la réaction bien plus altière face à la défaite.

Dans la baie magique de Rio, la nageuse Aurélie Muller a aussi manqué à l’âme olympique en mettant la tête sous l’eau de sa concurrente italienne sous le mur d’arrivée du 10 km en eau libre. Et nos chantres médiatiques ont bien entendu entonné l’hymne si radoteur et pénible d’une prétendue injustice contre la nation. Disqualifier un athlète tricolore serait un crime contre Marianne. Et donner la parole à Philippe Lucas, l’entraîneur de la Française, sans même critiquer ses propos (« c’est un sport où on se donne des claques, alors une petite tape sur la tête… »), laisse sans voix.

Écoutons celle de Victor-Hugo qui, lui, aperçoit les marques des temps : « les temps primitifs sont lyriques, les temps antiques sont épiques, les temps modernes sont dramatiques. »

 

 

France's Denis Gargaud Chanut celebrates after competing in the Men's C1 final canoe slalom race at the Whitewater stadium during the Rio 2016 Olympic Games in Rio de Janeiro on August 9, 2016. / AFP PHOTO / OLIVIER MORIN

La folle journée française

C’est sans doute la plus dingue journée de l’histoire olympique française. Une journée de ouf comme on dit dans toutes les cours d’école.

Il ne s’était rien passé ou presque depuis l’ouverture des Jeux côté français. La moiteur brésilienne sans doute ou bien une nonchalance typiquement gauloise, ou même un sentiment très français de se faire passer les médailles autour du cou avant de les avoir gagnées…

Lacourt plonge dans le marigot

Et puis, ce mardi, tout a explosé un peu partout. La délégation française a pris un coup de chaud et la fièvre est montée tout au long de la journée. A la piscine, les propos chuchotés pendant la nuit aux radios par Camille Lacourt sur le dopage des Chinois et des Russes, relayés par le phénix des bassins Michael Phelps, ont enflé puis enflammé le monde de la natation et du sport tout entier déjà bien écorné par les scandale récents des athlètes russes et autres sportifs chargés de stupéfiants comme des mules.

Tout d’un coup, les médailles pleuvent

Après cet embrasement médiatique facilité jusque là par le rachitisme de nos places sur les podiums, ces derniers ont vu nos représentants les envahir en quelques heures. Une médaille d’or et une d’argent en cent vingt minutes au concours complet, discipline dont on parle moins en quatre ans sur les chaînes d’info que pour un seul entraînement hivernal du PSG.

Dans le bassin d’eau de vitesse, à peine un enchaînement de Laurent Luyat plus tard, le céiste (pour l’épreuve de C1) Denis Gargaud Chanut, connu de sa famille et de son chien, a succédé au légendaire Tony Estanguet, dont le troisième titre à Londres en 2012 dans cette même épreuve avait permis aux commentateurs sportifs français de ne plus confondre qu’une fois sur deux le slalom monoplace avec l’aviron.

Et en début de soirée, une quatrième puis une cinquième médaille, à l’escrime (Gauthier Grumier) et au judo (Clarisse Agbegnenou), tombaient dans notre escarcelle. On pouvait enfin regarder sans rougir de honte le si sérieux tableau des médailles où nous étions la veille surclassés par vingt-six nations, dont le Vietnam, Taïwan et le Kosovo. Ne manquaient plus à ce rythme que Monaco et le Vatican…

Agnel visé, Paire perd et sort

Pour clore cette journée de malade, on apprenait que c’était Yannick Agnel qui l’était. Le champion olympique du 200 m de Londres avait déjà annoncé sa retraite après ces Jeux où il avait quasiment coulé deux jours auparavant sur l’épreuve qui l’avait sacré, mais promis qu’il participerait au relais 4 x 200 m et viser une médaille d’équipe.

Mais patatras, le grand Yannick déclarait forfait dans la nuit de lundi à mardi et le staff tricolore avait du réveiller son remplaçant Damien Joly, qui se préparait pour le… 1500 m, pour qu’il se rase et s’apprête à nager douze heures plus tard. Résultat, notre relais complètement déstabilisé par une nuit d’agitation et de doute, s’est littéralement noyé dans la piscine.

Le jeune et prometteur Jordan Pothain a alors confié au micro de notre Nelson Montfort national et international qu’Agnel les avait « abandonnés ». Sidéré d’un tel crime de lèse-majesté, même proféré si poliment, Nelson s’en est pratiquement étranglé, interrogeant à nouveau le jeune impétrant rebelle, qui lui confirmait ce sentiment de trahison. Dans la nuit, Agnel se fendait d’un déni lors d’une conférence de presse solitaire. Ambiance…

En fin de soirée, cette ambiance pourtant généralement si feutrée au club France se plombait d’une seconde affaire en une demi-journée. Benoît Paire était officiellement sommé de ranger ses raquettes et shorts, faire sa valise illico et quitter le QG de l’équipe de France. Pour « nombreux manquements aux règles de vie » (« On le l’a pas vu à Rio, ou quasiment pas… ») selon Arnaud Di Pasquale, le DTN. Une première dans l’histoire de l’olympisme français. Le fantasque joueur, d’ailleurs plutôt satisfait et soulagé de s’en aller, venait de se faire éliminer par l’Italien non moins fantasque Fabio Fognini, après un match où aucun membre du staff de l’équipe de France de tennis ne s’était déplacé.

Cinq médailles, un pavé dans la mare et deux beaux scandales, la France est enfin la France à Rio.

 

Rio pollution

Si tu vas à Rio…

Si tu vas à Rio… n’oublie pas de faire un retour en arrière ! Depuis 1896, c’est la 29e édition des Jeux olympiques de l’ère moderne. Personne ne sait d’ailleurs s’il faut orthographier avec des minuscules ou pas cet événement majuscule de notre époque.

Personne ne se penche trop non plus sur ce que représente une olympiade, qui est en réalité une période de quatre ans qui encadre le début des épreuves olympiques dans une ville et celui de la suivante.

Chacun sait en revanche que c’est le baron de Coubertin qui a repensé, réinventé, réaménagé les anciens Jeux, ceux de l’Antiquité en Grèce. Malin, le Pierre Français. Mais jamais reconnu de son vivant à la hauteur de gloire de son entreprise gigantesque. Sans doute la plus gigantesque depuis les légendaires travaux d’Hercule-Héraclès qui auraient inspiré justement ces jeux antiques en leur donnant avec son pied une unité de longueur de stade.

Géants ces Jeux, parce qu’ils aimantent davantage que tout autre événement sur notre belle et hideuse planète. Ils résistent à tout et à tout le monde, sont chaque fois plus populaires et suivis, suscitent toujours davantage de ferveur et de folie.

Au Brésil, chaque pays présent tirera les émotions qu’il souhaite en tirer. Depuis les Jeux de Barcelone, plus aucune chaîne de télévision qui en détient les droits ne diffuse les mêmes images que ses concurrentes. Les Jeux sont devenus un immense gâteau dont on goûte les parts ici et là. Un match de poule de hockey sur gazon électrisera cent millions d’Indiens, on n’en verra pas une seconde en direct à Paris ou à Kinshasa.

Les Jeux rénovés devaient être selon Coubertin un rassemblement de la jeunesse du monde, destiné à la fortifier, à l’éduquer, à la ramener à la Raison du siècle des Lumières. Ils sont aujourd’hui un symbole que toutes les autres couches de la population mondiale s’approprient, utilisent, déforment et exploitent le plus souvent.

Quand on organise les Jeux, on doit les cuire à sa sauce mais aussi et surtout à celles du temps, la plus goûteuse du moment étant celle de l’environnement.

Rio, comme Pékin, a mis le paquet afin de montrer des Jeux propres, écologiques. Dès sa nomination pour cette XXXIe olympiade (il n’y a pas eu de Jeux à trois reprises en raison des guerres mondiales, donc 3 ôté de 31 égale 28, cf. plus haut), la ville a promis et juré que ces Jeux seraient verts. Comme à Pékin, ce sera un festival de pollution autour et en dessous des bras ouverts du Christ de Corcovado.

Mais, et c’est leur force inouïe, on ne rapetisse jamais les Jeux. Plus l’éclat des anneaux brille, plus il aveugle. On s’est esbaudi à Londres il y a quatre ans et à Pékin il y a huit ans, on apprend aujourd’hui qu’il y avait 98 athlètes dopés en Angleterre et en Chine.

Mieux, la Russie a instauré pour ses athlètes en 2014 à Sotchi lors de ses Jeux d’hiver un système de dopage et de dissimulation de ce dopage. On remettait aux contrôleurs des échantillon de sportifs sains ! Le CIO a mis trois ans à découvrir l’escroquerie. Les lunettes de l’organisme olympique suprême n’ont jamais été très bien adaptées sur les nez de présidents d’ailleurs étrangement atteints de myopie, presbytie, daltonisme et autres graves problèmes oculaires…

Le XXIe siècle sera olympique ou pas, aurait pu dire Malraux. Pour Paris 2024, mais c’est une autre histoire, l’essentiel sera de participer… victorieusement.

 

 

pogba-bras-d-honneur-video_5617565

Bras et droits d’honneur

« C’est un peu court jeune homme »…

Cyrano n’est pas Pogba et vice et versa. Dans la ligne droite des comportements aussi niais que stupides de nos petits héros du football, il s’est encore produit ce mercredi d’Euro 2016 et de France-Albanie une scène digne de notre théâtre tragi-médiatico-comique du 21e siècle sportif.

L’affaire, c’en est une nouvelle, fait grand bruit. L’idole des jeunes footballeurs en herbe et des coiffeurs en vogue s’est autorisé pour célébrer sa joie et son soulagement du but de la victoire, inscrit par Dimitri Payet (2-0), de recouvrir par sa main gauche, en pleine course et le visage rageur, le biceps de son bras droit plié et relevé.

 

La capture d’écran du geste controversé, provenant du circuit intérieur de l’UEFA et extraite d’une video provenant d’une caméra isolée, a seulement été publiée le lendemain.

Ni une ni deux, le petit monde de la grande presse du 2.0 puis celle, en désuétude du papier, sont montés sur leur grands chevaux. A justes gros titres puisque les souvenirs des grossiers sieurs Dugarry, Anelka (dont la réaction sur l’affaire Pogba ajoute encore à son sens aigu de l’analyse de l’évolution du monde !) ou Nasri, entre quelques autres, leur revenaient en pleine surface.

Un peu courtes donc, ensuite, les explications de l’intéressé qui s’est justifié en précisant par communiqué qu’il n’avait fait qu’exécuter à l’adresse de ses parents et amis en tribune un mouvement de danse et de sarabande dont il serait un habitué. Et pourquoi pas un majeur tendu vers le ciel qui aurait signifié qu’il s’était cassé un ongle…

Soit, décrypter n’est pas si simple. D’ailleurs la chaîne cryptée BeinSport, propriétaire des droits de l’épreuve et par là-même gardienne de l’image positive des Bleus et de la bienséance, a parfaitement brouillé elle aussi son message, sommant par mail ses salariés de ne pas diffuser les images du garnement. La RTBF, neutre, s’est, elle, fait une joie de le faire et d’exhumer le document gênant.

Video bras d’honneur Pogba

Même si l’on n’est pas un expert des danses modernes, il ne faudrait pas prendre tous les observateurs pour des bigleux décérébrés. Paul Pogba danse mieux qu’eux, c’est certain, mais il sait mieux aussi qu’il venait de faire l’objet d’une campagne certes pas non plus subtile visant ses performances récentes en Bleu peu en rapport avec son talent, et que sa place sur le banc au début du match l’avait très vraisemblablement vexé au plus profond de lui-même. Plutôt que de réagir avec ses pieds, c’est à cette presse, éternelle et commode coupable, que le Turinois a très manifestement exprimé de ses bras son ressentiment.

Il apparaît donc, comme le nez immense au milieu de la figure de Cyrano, que le boniment du parfois génial Pogba est flagrant. Et que – vain souhait sans doute – l’Histoire, y compris celle du football, devrait être apprise et retenue surtout par les footballeurs. On ne parle point même de littérature mais, en citant encore la fin de la tirade du héros d’Edmond Rostand, on peut qualifier le conte de la nouvelle brebis égarée :  « sot ! »

Ali Atlanta flamme

Cassius, Muhammad, Clay, Ali, plus que de la boxe… (10)

Un peu de la légende de Muhammad Ali (1942-2016) dans mon livre « L’Argent dans le sport (Flammarion, 2004) :

« Ali aura certainement au bout du compte revivifié la légende de l’Amérique. Les croisades humanistes de ce Muhammad Ali désintéressé auraient pu faire écrire à Jean-Jacques Rousseau : « On a de tout avec l’argent, hormis des cœurs et des bons citoyens. »

 

« A peine revenu d’Afrique, tout juste sorti du bureau ovale à la Maison Blanche, Ali a entamé un stupéfiant périple qu’aucun boxeur ne s’était offert. L’appétit de Don King – maintenant chevillé aux gants d’or du phénix – pour toute forme d’argent digestible transporte Ali sur les cinq continents. « Je boxerai n’importe où, en Chine, en U.R.S.S, ou même sur la lune si on me donne de l’argent », mugit Ali. L’argent, non seulement on lui en donne, mais on le lui envoie sur des tapis rouges.

« Maintenant, ce sont les pays, les états, les gouvernements qui traitent avec le dieu de la boxe.« 

Avant Ali les mécènes, les businessmen, les journaux les ducs ou barons, la canaille enrichie, piochaient dans leurs caisses pour s’offrir les Sullivan, Dempsey et autres Louis. Maintenant, ce sont les pays, les états, les gouvernements qui traitent avec le dieu de la boxe. « Après le Zaïre, Herbert acceptera des rencontres similaires parrainées par les gouvernements de Malaisie et des Philippines, tandis que six autres nations au moins nous feront des offres. » se réjouit Ali. Herbert Muhammad, dans l’ombre de King mais toujours présent et à l’affût de pourcentages, prend donc son obole.

A Kuala Lumpur, en Malaisie pour l’occasion de la troisième défense du titre de leur poulain contre Joe Bugner, on butine gentiment un pot de miel d’un million cinq cent mille dollars. King et Herbert Muhammad qui avaient compris que Foreman, anéanti par son naufrage de Kinshasa, ne voulait pas d’une revanche, ils organisent une ahurissante conférence de presse une petite demi-heure après le combat de Kuala Lumpur. Joe Frazier a fait le déplacement et s’approche de l’estrade d’Ali qui vient d’annoncer qu’il va se retirer des rings. Le dialogue bien mis au point par les managers s’engage entre les deux hommes :

Ali : C’est mon dernier combat, Joe, cette fois tu arrives trop tard. Y en a ici qui ont envie de me voir combattre contre Joe Frazier ? (La foule répond : Ouiiii, Ali-Frazier ! Ali-Frazier !)

Frazier : Pas question que tu te retires. Tu as autant besoin de moi que j’ai besoin de toi.

Ali : Tu pars battu d’avance. Si on se rencontre, personne n’ira parier sur toi ; personne n’ira parier sur un Baptiste pour dérouiller un Musulman.

Frazier : C’est simplement parce que les gens sont bouchés. Ils se laissent avoir par ta grande gueule. Question fric, c’est pareil, t’es une grande gueule !

Ali : Tu veux qu’on fasse un marché ?

Frazier : Tout ce que tu veux, c’est d’accord.

Ali : Je vais te dire ce qu’il y a à la clé de notre combat : pour moi six millions de dollars et pour toi deux millions. Si tu me bats, je te donne un million sur ma bourse, et si c’est moi qui te dérouille…

Frazier : …Je te donne un million de ma poche. D’accord. Et maintenant, va dire à ton manager et à tes avocats de coucher tout ça par écrit, exactement comme on vient de le dire.

Une voix dans la foule : C’est vraiment décidé ?

Don King : C’est décidé.

Ali : Gare au gorille à Manille, cette fois je l’étrille et je le bousille !

Le « Thrilla in Manilla » (L’étrille à Manille) du 30 septembre 1975 rejoint dans le délire le « Rumble in the Jungle ». Le plus incroyable est que le match atteint des sommets, Ali et Frazier se donnent à fond et au-delà encore. Les témoins sur place,  au Garden de New-York par écran géant interposé, ou éparpillés par le pay-per-view (deux millions de dollars de recettes), hurlent leur bonheur ou leur effroi. Ali qui l’emporte après une démentielle guerre de coups dira : « J’ai vu la mort… »

Ali Frazier Manille

Le président despote Ferdinand Marcos copie Mobutu en arrachant les millions de dollars sur les finances nationales. Quatre vont s’empiler sur le compte d’Ali qui devient le sportif le plus riche de l’histoire. Don King ne sait plus ou donner de la tête pour rendre les combats crédibles tant les sommes proposées de tous côtés sont stupéfiantes.

La fin de carrière du « plus grand » s’apparentera à une interminable et souvent pathétique tournée d’adieux.

King, sans aucune pitié pour la santé de son faiseur d’or, y accumulera une fortune incomparable, prolongée bien après lui. Ali, rongé par les pilleurs de tous bords – Black Muslims, fisc, pensions alimentaires – ne jettera l’éponge qu’après avoir épuisé sa dernière goutte de sève.

Alors que sa maladie – un syndrome – de Parkinson est prégnante depuis plusieurs années, il perd son titre, le reconquiert et le cède définitivement en 1978. Les combats de trop il les livre, à trente huit et trente neuf ans, le corps enveloppé par des kilos qu’il ne plus comprimer. D’abord le 2 octobre 1980 contre Larry Holmes, pour huit millions de dollars, soit en une apparition le sixième des gains accumulés en vingt ans. Ses problèmes d’élocution et sa difficulté à se mouvoir sont manifestes.

Qu’importe. Pour prolonger la pompe à fric tant que faire se peut, le machiavélique Don King a enterré le rapport médical qui livrait l’inquiétant diagnostic dès 1977 : un net amoindrissement des réflexes du champion. Son ancien sparring-partner ne l’humilie pas en lui évitant un KO que tout autre lui aurait infligé. Une défaite – la cinquième en soixante et uns combats professionnels – contre Trevor Berbick referme le rideau sur la plus légendaire carrière d’un sportif ganté.

La maladie et la gloire éternelle

C’est peut-être sous ces derniers coups encaissés le 11 décembre 1981 que la maladie qui se déclarera sans équivoque en 1984 s’est irrémédiablement propagée dans son corps.

Ali dernier combat Berbick 11 decembre 1981

Ali combat ce nouvel adversaire  par sa volonté coutumière.

L’Amérique, en mal de symboles et oublieuse des flèches qu’elle lui avait plantées aux heures sombres du Vietnam, l’installe sur un piédestal aux Jeux Olympiques d’Atlanta en lui faisant allumer la flamme. Le geste du champion secoué par le tremblement, mais debout et digne, soulève une émotion sans égal. Plus fervent que jamais, Ali lutte pour la cause religieuse, l’enfance déshéritée, la recherche médicale. Sans aucune plainte à l’égard de sa souffrance qu’il affecte de réduire au prix de ses fautes.

Ali reçoit de G. Bush la médaille de la liberté en 2005
Ali reçoit des mains du président George W. Bush la médaille de la Liberté en 2005.

Ali aura certainement au bout du compte revivifié la légende de l’Amérique. Les croisades humanistes de ce Muhammad Ali désintéressé auraient pu faire écrire à Jean-Jacques Rousseau : « On a de tout avec l’argent, hormis des cœurs et des bons citoyens. » »