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Je demande un déontologue pour sauver ce pauvre Zlatan

Il y a donc maintenant des « déontologues« . C’est officiel. Le déontologue exerce donc le métier tout à fait noble de redresseur de torts en éthique, morale, et tous défauts imaginables en terme de conscience. Je demande tout aussi officiellement au gouvernement ou à mon préfet ou à mon maire pourquoi je n’ai pas ce monsieur ou cette dame comme chef direct.

Je réclame donc de toute urgence un déontologue pour me dire si je contreviens ou non aux bonnes règles de l’humanité. Et parce que je suis un citoyen respectable, une sorte de vulgum pecus de base, et que je le veux également pour les autres, j’exige qu’on nomme un déontologue pour chaque sport et chaque discipline.

Il est en effet inadmissible, selon moi et mes idées qui s’égarent le plus souvent dans la fausseté, que le cas, en football par exemple, d’un tacle par derrière aboutissant à un bris immédiat des ligaments croisés du genou (six mois à un an d’arrêt de l’accidenté) ne soit pas immédiatement étudié par un déontologue ayant fait six ans (ou douze pour encore plus de sûreté) d’études spécialisées en la matière. Je souhaite également qu’une autorité de cette nouvelle espèce se penche sur quantité d’autres cas qui me paraissent à moi, barbare en tout, trop compliqués à résoudre.

Trouver un appartement à Zlatan Ibrahimovic ne peut être résolu que par la déontologie, voire l’ontologie…

On m’a convaincu. Je suis désormais persuadé qu’un déontologue averti, et pas du tout nommé à des fins médiatiques ou démagogiques, aurait l’autorité intellectuelle et morale pour s’attaquer avec succès à des problèmes de type du fair-play financier, de la video dans le football, de la violence des supporters, des doigts d’honneur d’entraîneurs, du dopage…

On irait plus vite, c’est certain, avec l’emploi intelligent de personnalités géniales, pour éradiquer en une semaine ces grands fléaux ou pour faire comprendre en une minute à peine à dix millions de jeunes écoliers, lycéens et petits sportifs ce qu’ils doivent faire pour le bien de leur avenir et de l’humanité.

Oui, vive la déontologie, vivent les déontologues. C’est la solution universelle, ce sont eux qu’il nous faut. Je réclame d’ailleurs un déontologue agrégé de sciences sociales et immobilières et qui serait idéalement titulaire d’un Masters à Harvard en ballon rond et économie financière, qui aurait toute capacité pour solutionner le problème frappant épouvantablement depuis des semaines Zlatan Ibrahimovic, redoutable attaquant du PSG mais piètre lecteur d’annonces. Le malheureux ne parvient pas à trouver un pied à terre à Paris… C’est déontologiquement insupportable. Ontologiquement même…

PSG : Zlatan Ibrahimovic, les dessous d’une interview

Il m’est toujours plaisant de lire une interview, surtout celle d’un sportif. Celle de Zlatan Ibrahimovic dans le quotidien anciennement appelé L’Auto m’a éveillé ce matin, comme disait Montesquieu, avec « une espèce de ravissement »…

D’emblée je l’avoue et vais m’en expliquer, je n’ai pas lu la chose en dévoreur d’information. Déformation intellectuelle ou professionnelle, je ne sais pas et ne veux pas le savoir, et dès la lecture du titre de la première page « Les gens veulent que Paris échoue« , il m’est apparu que je ne lirai pas cette interview au premier degré voire au deuxième…

J’ai immédiatement pris le parti d’en observer l’architecture, les fondations, les étages et les pièces de construction. Comme l’on dit depuis que la presse existe, cet entretien est avant tout un « coup », pas un scoop (Zlatan ne dit strictement rien de nouveau ni de stupéfiant).

Le phénomène Zlatan suffit à lui-seul…

Le prétexte de cette ITW comme on l’appelle dans le jargon, le match de Ligue des Champions du PSG contre Kiev du lendemain, est évidemment futile puisque totalement écarté. Non, bien sûr, c’est le phénomène Ibrahimovic qui en est le sujet central et exclusif. D’ailleurs on nous présente d’abord dans un encart la star comme elle est apparue aux intervieweurs. Ou plus exactement, je crois, comme on aurait voulu qu’elle nous apparaisse. La nuance peut apparaître subtile mais il me faut vous dire que ce genre d’introduction (annoncer au lecteur le contexte de l’entretien et l’aspect de son interlocuteur et ce qu’on l’on croit apercevoir de son état d’esprit du moment) est un exercice assez vain et faussement informatif. Présenter ainsi une star comme simple et accessible, franche ou usant de « sincères sourires » n’entraîne pas à mon avis à l’objectivité, déjà bien malmenée…

Derrière l’interview, des messages quelque peu subliminaux

Car une interview de ce genre n’est pas comme on peut le croire de loin une conversation banale et à bâtons rompus entre intervieweur et un interviewé. C’est un peu plus compliqué. Incontestablement, « Ibra » est le personnage incontournable du paysage sportif du moment dans l’hexagone. Mais il a fallu bien entendu l’attirer dans ses filets. Avez-vous remarqué qu‘il n’est question dans l’interview du salaire de la star que l’espace d’une question, une seule… Pas de hasard, Balthazar, l’évidence saute aux yeux, le grand Suédois a donc dirigé à sa façon, celle de l’homme fort, les débats. Avec les vraisemblables renforts préalables de son agent, son avocat et son attaché de presse (pardon le Directeur des medias !) du PSG. Pas question de s’étendre sur le sujet qui a déjà beaucoup fâché microcosme et macrocosme et peut fâcher à nouveau par une bête étincelle.

Il a donc fallu « orienter » cette interview sur un autre sujet. La personnalité du bonhomme y suffit largement. L’Equipe le sait, le lecteur le sait et en redemande. CQFD. Même « réduite » à ce thème, l’affaire est vendeuse pour le journal. Même si je n’ai personnellement rien appris du contenu de cette interview. Et c’est normal. Ibrahimovic et son entreprise, je veux dire son entourage très intéressé à ses performances et son rendement financier, se doivent de le présenter comme le personnage qu’ils veulent qu’il soit. C’est à dire un  champion à la fois atypique et malgré tout exemplaire malgré ses écarts. D’où une litanie de justifications déjà évoquées dans son livre, d’arguments essentiellement positifs et surtout pas de trop longues complaintes ni de remarques acerbes comme « Ibra » sait si bien les distiller lorsqu’il est livré à lui-même…

Au final, ces milliers de signes (on parle de nombre de signes et pas de lignes dans les rédactions) issus de la parole de l’attaquant du PSG ont produit une « titraille » assez accrocheuse. Je dis « assez » parce qu’évidemment Zlatan n’a pas fourni la matière suffisante à un « gros » événement médiatique. Délibérément. A l’image de tous ses collègues, Ibrahimovic utilise la presse en fonction des situations. Celle du moment, relativement paisible (pas de frasques, buts à gogo, employeur satisfait), s’inscrit dans un pur entretien d’image auprès du public, un entretien du « mythe » (comme le « Pour être bon, il faut être en colère »), le bon vieil opium du peuple des supporters. Mais à l’instar de ses collègues , Cristiano Ronaldo ou Wayne Rooney, Ibra utilisera un jour les colonnes de presse pour entamer un bras de fer avec ses dirigeants, faire monter les enchères…

Ce n’était qu’une prise de contact entre la star du foot et le journal star du sport. Zlatan avait clairement intérêt à faire passer son  message à la suite des polémiques nées de son salaire (dont le très « sincère » : « Je ne cours pas après l’argent » !). Mais pas trop fort, et L’Equipe l’a bien compris, autre subtilité, en ne le reprenant pas en une, se ménageant quelque part la confiance de sa nouvelle pépite des tirages…