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Le XV de France est-il encore vivant ?

Dix mois. Il reste dix mois au XV de France pour se refaire une santé et prétendre à un parcours honorable à la prochaine Coupe du monde. Parce que, vu l’état actuel de la troupe de Marc Lièvremont et après une Tournée de novembre conclue par le désastre (16-59) face à l’Australie, tout ne va pas vraiment bien chez les Bleus, madame la Marquise.

Il y a même le feu. Un secteur de jeu, un seul, fonctionne à peu près correctement, la mêlée. C’est peu, très peu, trop peu pour rivaliser avec les meilleures équipes de la planète. L’énorme affront reçu des Wallabies au Stade de France l’a confirmé. Défense élastique, lignes arrières sans jus, jeu de mouvement apathique. Mais, et c’est sans doute le pire, on n’a pas vu samedi à Saint-Denis, pas plus que lors des deux matches précédents contre les Fidji et l’Argentine, de signes d’éclaircie. Tout le bagage acquis durant le dernier Tournoi des VI Nations a été laissé sur le quai.Il y a donc un problème. Un vrai, un gros. Il faut sans doute le pointer, sans ambages. Marc Lièvremont, l’entraîneur en chef, semble impuissant à fédérer son groupe. Il n’a en réalité jamais réussi à faire naître de la continuité dans une équipe de France qui ne sait plus se situer. Appeler une demi-douzaine de nouveaux pour une Tournée à moins d’un an de l’échéance cruciale n’a-t-il pas été un signe de défiance à l’égard, notamment, de Médard, Clerc, Mermoz ou Skrela ?

Lièvremont est-il vraiment l’homme de la situation ?

Lièvremont, désabusé voire désemparé, et les Bleus pourront-t-il se relever du non-match contre l’Australie ? Je crois sincèrement qu’ils auront du mal tant le chantier s’avère désormais ardu. Car le Trafalgar du Stade de France était quasiment annoncé après les deux précédentes sorties d’une mièvrerie consternante. Les promesses d’amélioration n’existent donc que sur le papier. Il reste aux Bleus cinq matches de compétition, ceux du prochain Tournoi, avant la RWC 2011 et deux ou trois rencontres amicales à suivre pour retrouver un semblant d’espoir…Que faire ? A l’évidence, les tests de cette fin 2010 ont été totalement improductifs. Lièvremont, puisque on n’imagine pas que l’ineffable et transparent président de la FFR, Pierre Camou, le limoge à si peu de mois du grand rendez-vous, n’a plus d’autres choix que de ne plus se poser de questions. Rappeler les joueurs d’expérience et attaquer le grand lavage des cerveaux. Car, et c’est à mon avis une autre évidence, les Bleus se sont pris pour des autres ces dernières semaines. Une maladie qu’ils attrapent de temps en temps et qui en font une nation bien singulière, capable du pire et, parfois du meilleur…

Lièvremont, l’anti-Domenech

On les a un temps comparés. Dans leurs attitudes et dans leur façon de faire. Moi le premier.Mais alors que l’un, Raymond Domenech, semble plus que jamais s’enfermer dans sa prison d’idée(s), l’autre, Marc Lièvremont, a eu, je ne sais pas vraiment comment, la lucidité de se libérer lui-même – tel Houdini – de son carcan.

Alors que Raymond se cabre devant le flot des critiques et s’entête à faire jouer les Bleus à contre-emploi, Marc a ravalé ses schémas initiaux d’entraîneur libertaire et fait évoluer ses méthodes de travail et même sa communication. Ses échecs, même s’ils ont alterné avec des coups d’éclat, l’ont certainement fait réfléchir. Et ses joueurs l’écoutent autant que l’inverse.

Oh, bien sûr, il s’est obstiné. Contre vents et marées, pendant deux ans, il a voulu battre tout le monde avec du beau jeu. Sans vrais résultats. Mais contre vents et marées aussi, il n’a pas dérogé à ses certitudes nées de ses années d’entraîneur des petits Bleus (comme Raymond !) et de Dax. On construit une équipe avec des bases. Avec une charnière Parra/Trinh-Duc par exemple, bien longue à devenir complémentaire mais à force de travail enfin clé de voute de l’édifice. Et surtout en s’armant d’un formidable paquet d’avants d’une quinzaine d’unités presque interchangeables. Merci au discret Didier Retière.Rien n’est définitif, certes, mais le Grand Chelem acquis samedi contre l’Angleterre, est évidemment un pas supplémentaire de franchi vers le chemin de la Coupe du monde 2011, objectif suprême. Mais, comme je le disais hier, que la route est longue avant le match d’ouverture contre la Nouvelle-Zélande dans son jardin ! Il reste deux tournées et un Tournoi.

En tout cas, dans trois mois on aura une première réponse. Raymond est-il le plus grand incompris de l’histoire du foot français ? Ou non.