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Lettre à Charlie Hebdo, pour la liberté et contre le fanatisme

Chers tous de Charlie Hebdo *,

Voici un extrait de l’article de Voltaire sur le mot « fanatisme », publié en 1764 dans le Dictionnaire philosophique portatif. Je pense que deux siècles et demi après, il n’y a, malheureusement, rien à retrancher à un constat que vos morts pour la liberté avaient établi eux-mêmes par leurs dessins. Comme eux, comme vous, comme nous, comme Voltaire, continuez et continuons le combat pour la Lumière […] :

« Le fanatisme est à la superstition ce que le transport (1) est à la fièvre, ce que la rage est à la colère. Celui qui a des extases, des visions, qui prend des songes pour des réalités, et ses imaginations pour des prophéties, est un enthousiaste; celui qui soutient sa folie par le meurtre est un fanatique.

[…] Lorsqu’une fois le fanatisme a gangrené un cerveau, la maladie est presque incurable. J’ai vu des convulsionnaires (2) qui, en parlant des miracles de saint Pâris, s’échauffaient par degrés malgré eux: leurs yeux s’enflammaient, leurs membres tremblaient, la fureur défigurait leur visage, et ils auraient tué quiconque les eût contredits.

[…] Il n’y a d’autre remède à cette maladie épidémique que l’esprit philosophique, qui, répandu de proche en proche, adoucit enfin les mœurs des hommes, et qui prévient les accès du mal; car, dès que ce mal fait des progrès, il faut fuir, et attendre que l’air soit purifié. Les lois et la religion ne suffisent pas contre la peste des âmes; la religion, loin d’être pour elles un aliment salutaire, se tourne en poison dans les cerveaux infectés.

[…] Les lois sont encore très impuissantes contre ces accès de rage; c’est comme si vous lisiez un arrêt du conseil (3) à un frénétique. Ces gens-là sont persuadés que l’esprit saint qui les pénètre est au-dessus des lois, que leur enthousiasme est la seule loi qu’ils doivent entendre. Que répondre à un homme qui vous dit qu’il aime mieux obéir à Dieu qu’aux hommes, et qui, en conséquence, est sûr de mériter le ciel en vous égorgeant? Ce sont d’ordinaire les fripons qui conduisent les fanatiques, et qui mettent le poignard entre leurs mains. Ils ressemblent à ce Vieux de la Montagne qui faisait, dit-on, goûter les joies du paradis à des imbéciles, et qui leur promettait une éternité de ces plaisirs dont il leur avait donné un avant-goût, à condition qu’ils iraient assassiner tous ceux qu’il leur nommerait.

[…] Les sectes des philosophes étaient non seulement exemptes de cette peste, mais elles en étaient le remède: car l’effet de la philosophie est de rendre l’âme tranquille, et le fanatisme est incompatible avec la tranquillité. »

* Ainsi qu’à toutes les victimes des attentats de Paris de janvier 2015, et plus généralement des victimes des intégristes de la religion et de la pensée depuis la nuit des temps.

1- transport = exaltation, ivresse, emportement
2- convulsionnaire
 = jansénistes fanatiques qui étaient pris de convulsions sur la tombe du diacre Pâris au cimetière de saint-Médard.
3- conseil
 = assemblée délibérative et exécutive

De Voltaire à Cristiano Ronaldo…

Ceci est une réflexion, pas une leçon ni un jugement. Quoique.

Monsieur Cristiano Ronaldo est triste, et il ne s’est pas privé de le montrer et de le dire. Par le truchement d’à peu près tous les outils dont dispose en 2012 un être humain au courant du monde qui l’entoure : télés, réseaux sociaux, presse classique et numérique, agents, signes cabalistiques…

A le voir si chagrin d’être si peu ou mal considéré je pensais à, pardonnez-moi de la comparaison, quelque exemple dans l’histoire de personnages accablés par la souffrance existentielle.  Comme cette malheureuse Mme du Deffand, correspondante du grand Voltaire qu’elle suppliait constamment de la tirer de sa mélancolie par des lettres de réconfort… Et le grand homme de s’acquitter de cette tâche épistolaire qu’il savait sans nul doute vaine mais qu’il effectua durant vingt ans…

Mme du Deffand était donc triste vers la fin de sa vie, surtout d’être aveugle, mais elle était aussi dotée d’une intelligence peut-être sans exemple, et d’une lucidité magnifique. A son « idole », elle écrivait qu’ « il faut être Voltaire ou végéter« … Et elle avait un peu raison.

Il déprime, l’attaquant du Real. Parce que… Il n’en a pas donné de raison… jurant sur Facebook qu’il démontrerait plus tard que l’argent, ou plutôt sa soi-disant soif d’argent qui n’aurait pas été appréciée par ses dirigeants, n’était pas la cause de son spleen ! Bref, on n’en a pas su davantage. Et Ronaldo connaîtrait un épouvantable cafard, une terrible dépression…

Le blues du businessman…

Bien sûr, je ne souscris qu’à moitié, et à vrai dire aussi peu qu’une bonne vieille dépêche de la Pravda, aux explications avouées sur son état de neurasthénie déclaré par le joueur de football le plus gâté du monde (toutes activités commerciales confondues)… Mais j’y crois cependant un peu, et c’est à ce stade de ma réflexion alambiquée que j’y vois un parallèle avec la dame pré-citée. Et que je ne saurais mieux et sérieusement recommander au Portugais de passer une demi-heure à consulter les conseils du reclus de Ferney à son amie désenchantée qui lui serinait que « le malheur de la vie était celui d’être né« …

L’auteur des Lettres Philosophiques lui répondait d’un ton aussi fataliste qu’utilitaire que « La vie est un enfant qu’il faut bercer jusqu’à ce qu’il s’endorme. » Voltaire avait la manière de philosopher sans le dire. Et Cristiano Ronaldo a celui, mais chacun ses dons, de dire sans philosopher…

Monsieur Ronaldo, il est je pense inutile de vous plaindre à vos 1.729.629 fans (en ce 6 septembre 2012) de votre mal-être. A moins que François-Marie Arouet ne se soit réincarné en l’un d’entre eux…