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Si le bonheur existe, il est à Clermont !

C’était probablement la plus grande malédiction du sport français, celle qui planait décennies après décennies sur un seul club. Sans que l’on puisse l’expliquer autrement que par ce que les anciens nommaient sortilèges ou actions du démon. Mais qu’avait pu faire Clermont de si monstrueux pour s’attirer tant de malheurs, tant de désillusions en presque cent ans d’existence ?

L’ASM est championne de France de rugby. Enfin. Jamais ce mot n’avait paru correspondre aussi exactement à la réalité. Enfin. Rendez-vous compte que la première finale de Clermont remontait à 1935… Perdue. Comme les neuf suivantes. Dix échecs, dix déceptions. Toujours le Bouclier de Brennus dans les mains de l’adversaire. Le bonheur comme une chose que l’on ne pouvait pas connaître, qui était éternellement promise aux autres.

Et les trois dernières saisons, pires peut-être si c’était possible, que les précédentes, avec trois finales consécutives et autant d’échecs, qui avaient pourtant suivi des saisons exemplaires. J’avais rencontré les joueurs il y a trois ans dans les sous-sols du Stade de France après leur finale perdue contre le Stade Français. Des Jaunards déjà d’une tristesse infinie. Ils avaient vécu encore deux fois ce cauchemar.

Samedi, l’éternité du malheur auvergnat s’est achevée à 22h30 sur la pelouse de Saint-Denis. Et au coup de sifflet final, les colosses jaunes ont pris la mesure de l’événement, pleurant comme des jeunes communiants. Cette fois de joie, de bonheur, de soulagement. Des sentiments mêlés, immenses comme les volcans d’Auvergne.

Perpignan, c’est vraiment le pied

L’ovalie à Perpignan, c’est enraciné dans la terre et ça fait partie de l’atmosphère. D’ailleurs, on s’y passionne autant pour le XIII, avec les Dragons Catalans, que pour le XV avec l’USAP. Le truc en plus à Perpignan, c’est ce qu’on appelle la catalanité, cette unité de culture propre à la Catalogne, qu’elle soit française ou espagnole.

Et bien entendu, le club joue de son identité à fond. Porter le maillot Sang et Or (prononcer Sank et Or, les couleurs de la Catalogne) signifie se revêtir d’un oripeau de fierté. Impossible de ne pas le respecter sous peine de ne plus jamais le mériter. Et voilà pourquoi dans l’histoire de ce club, chaque époque de crise a été suivie de redressements spectaculaires. Le dernier en date remontant à il y a seulement deux ans.

C’est peut-être en cette fin d’hiver 2007, dans la petite station pyrénéenne de Matemale, que le club a fabriqué le ciment du socle sur lequel l’équipe d’aujourd’hui peut se reposer et espérer soulever un deuxième Bouclier de Brennus consécutif après avoir couru après pendant cinquante-quatre ans.

L’histoire dit que les joueurs, qui ne mettaient plus un pied devant l’autre depuis de longs mois,  s’étaient alors échangé leurs quatre vérités dans la promiscuité de leurs chambrées, le temps exécrable ne leur ayant pas permis de passer le nez dehors. En était ressortie une bonne vieille remise en question et des envies de se mettre minable sur le terrain. Résultat, une victoire à Paris à Jean-Bouin, où le Stade Français était invaincu depuis quatre ans, et dans la foulée une série record de matches victorieux puis une participation inespérée trois mois plus tôt aux demi-finales.La saison suivante, une idée bizarre avait germé dans le cerveau du président Paul Goze, engager le meilleur joueur du monde et star des stars du rugby, le All Black Dan Carter. Il fallait, disaient les dirigeants, trouver l’homme qui savait « tuer » les matches. Les sponsors roussillonnais avaient été mis à contribution pour régler les émoluments du n°10 le plus cher de la planète.  Carter avait débarqué à Aimé-Giral après avoir constaté que les jours de pluie à Aimé-Giral étaient aussi rares que ses échecs au pied et que les supporters lui voueraient une admiration sans borne. Un contrat de sept mois qui devait conduire au Stade de France. Mais le talent de Dan avait son talon d’Achille, celui de sa cheville gauche. Quatre matches joués, pas un de plus… On se disait alors à Aimé-Giral que la malédiction poursuivait trop bien son œuvre…

Mais non. Carter avait bel et bien inculqué une âme à l’USAP. Sans être sur le terrain, il accompagnait ses coéquipiers en civil et les encourageait du banc de touche ou de la tribune. Et l’équipe paraissait curieusement aussi forte, peut-être plus. Et le Bouclier avait été ramené triomphalement au Castillet. Jérôme Porical avait réalisé en demie puis en finale un sans faute dans ses tentatives de pénalité, un peu comme si Carter téléguidait à distance ses coups de botte.

Un an après, le même arrière a passé sept buts (en huit tentatives) en demi-finale, qui ont terrassé le Stade Toulousain… Carter est reparti depuis longtemps en Nouvelle-Zélande. Les ondes doivent encore très bien passer…