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Nouveaux stades, on nous ment !

C’est le serpent de mer français. Les stades ont toujours chez nous été l’objet de discussions sans fin et le plus souvent stériles. Récemment, et après l’affaire du nouveau Jean-Bouin, ce sont les Fédérations Françaises de tennis et de rugby qui s’y mettent. Roland Garros, malgré des centaines de millions d’euros de rénovation depuis trente ans, ne convient plus à ces messieurs de la FFT. Pas plus que le Stade de France à ceux de l’ovale.

Il y a de quoi rigoler. Ou plutôt de pleurer devant les arguments avancés dans les deux cas. On nous dit du côté de la Porte d’Auteuil que la place n’est plus suffisante, qu’il faudrait des courts supplémentaires, un toit… et qu’il ne serait pas question d’argent dans tout ça (« que l’économie n’est pas un but en soi mais un moyen, dixit Gilbert Ysern, le directeur général de la FFT. Ce n’est pas qu’un effet de style de dire ça. Nous ne sommes pas dans une logique de rentabilité ») Je vais vous la dire, moi, la « logique », c’est que la Fédération sait parfaitement comment mettre la pression pour rentabiliser encore plus son bon vieux Roland, sa poule aux œufs d’or, qui lui ramène déjà des dizaines de millions d’euros par an et entretient grassement ses salariés depuis longtemps.Quand une telle pépite peut ramener encore davantage, il ne faut pas se gêner. Quelle que soit la solution trouvée pour l’avenir (Versailles, Gonesse ou toujours Roland, mais en plus vaste), il y aura presque un doublement des spectateurs en plus chaque quinzaine de fin mai-début juin pour le tournoi du Grand Chelem français. Et, partant, une colonne bénéficiaire largement accrue sur le bilan du trésorier. Donc, comme d’habitude, tous les lobbies de pression se mettent en marche (entre autres comme les députés UMP retournés par Nicolas Sarkozy, lui-même convaincu par… Bertrand Delanoë) mis en route par une Fédération habile à faire monter la sauce à droite ou à gauche. Comme vers la ville de Paris et son maire qu’elle menace sans le dire de quitter mais dont elle a forcément besoin pour mettre au pas les innombrables empêcheurs d’extension (écologistes, riverains, défenseurs des oiseaux du Bois de Boulogne…) au cas où elle resterait en place… Du coup Bertrand Delanoë fait l’effarouché et ne veut pas, évidemment pas pour des raisons électorales, que, après les Jeux Olympiques, Roland Garros dise adieu à la Ville lumière…

Et voilà que la FFR nous fait un sketch un peu similaire. Quoique déjà assez ancien. Cette fois,on veut nous convaincre qu’il est vital que l’équipe de France ait son enceinte à elle. Elle a pourtant le Stade de France. Mais là aussi, il nous est dit que l’écrin de Saint-Denis n’est pas dédié au rugby, qu’il manque un toit… et patati et patata. Pourquoi ne pas dire la vérité, toute simple. Encore une fois, ce n’est certainement pas pour les beaux yeux de la mariée que la Fédération nous sert ce plat. Alors pourquoi ? Ne cherchez plus. La FFR paie trop cher la location du SDF depuis 1998. Elle ne retire pas de bénéfices des matches du XV de France, à l’instar de ce que réalise la RFU en Angleterre où Twickenham est son partenaire privilégié. Cette situation est parfaitement ubuesque. Le Stade de France, qui est pourtant le siège d’un grand nombre d’événements polyvalents, ne compte pas de club résident depuis sa construction. Et doit par conséquent facturer des prix de location exorbitants pour rester à l’équilibre financier. Tout ça par la faute d’un aberrant contrat de fonctionnement qui stipule que l’absence d’un club résident doit être compensée par le versement d’indemnités payées par l’État, et donc vous et moi…

Du coup, la FFR en a marre, assez justement d’ailleurs. Elle n’hésite pas à monter le ton en faisant monter au créneau Serge Blanco lui-même, qui affirme que la décision a été prise de faire construire un stade (quatre sites seraient prêts à l’accueillir, à Bondoufle, Massy, Marne-la-Vallée et Sénart) pour le modique prix de construction de six cent millions de francs ! Toujours le bras de fer… Je serais prêt à parier que le loyer du SDF va baisser dans les prochains mois et que les dirigeants de l’enceinte dyonisienne se montreront soudain plus compréhensifs…

Imanol et son pied de nez au Munster !

Ces gars-là ne sont pas faits comme tout le monde. Depuis trois ans au moins, les joueurs du Biarritz Olympique, j’en suis témoin, ont vécu une sorte de chemin de croix. Jeu en berne, blessures incessantes, entraîneurs déboussolés, leaders en dépression et motivation dans les chaussettes. Trois saisons en enfer.

Et les voilà en finale de la Coupe d’Europe ! En battant le terrifiant Munster en demi-finale. On devrait dire en « terrassant » le Munster. Impensable il y a seulement quelques mois. C’était le temps où les avants Rouge et Blanc reculaient sur chaque mêlée et les arrières ne faisaient des passes qu’aux juges de touche… Le temps où Dimitri Yachvili butait à dix mètres de ses pompes. Le temps où Serge Blanco, revenu dans son fauteuil de boss du BOPB, prenait chacun de ses joueurs par le colbac dans le vestiaire: « Coco, si tu veux partir, tu prends tes affaires et qu’on ne te revoie pas à Aguiléra ».

Et comme par enchantement, ce dimanche, à Anoeta, chez leurs cousins basques d’au-delà la Bidassoa, les Biarrots ont retrouvé les vieilles valeurs. Vous savez, ces mots qu’on entend en campagne électorale ou que l’on lisait dans les bulletins de la Grande Armée. Solidarité, engagement, abnégation, combat. Des idées un peu à la con qui se perdent souvent dans l’air ou entrent par une oreille et sortent par l’autre. »Soldats, je suis content de vous« , aurait dit l’Empereur aux Biarrots. Parce qu’une bataille comme celle que les soldats du BO ont livré face à la quasi-invincible province irlandaise flanquée de sa Red Army (ses supporters), peu l’auraient gagné. Mais ces guerriers-là, il aurait fallu leur marcher sur le ventre pour les enterrer. Harinordoquy, le premier. La moitié des os du corps en morceaux et l’appendice nasal fragile comme du verre, Imanol a fait un pied de nez à la médecine et au Munster. La tête enserrée d’un masque de plâtre, le torse bandé d’élastoplasts pour soutenir ses côtes cassées, le troisième-ligne international aurait tout aussi bien pu assister au match de son lit d’hôpital, où il avait été opéré il y a huit jours à peine après deux fractures du nez ! Pas le genre de la maison. Plus d’une heure sur le terrain. L’heure du brave ! Dans tous les coups, dans tous les chocs.

Et l’exemple du roc Imanol a déteint sur ses potes. Pas spécialement géniaux, d’ailleurs. Mais inspirés par le mental qui renverse les montagnes. A l’image de Trevor Hall, dont la cuillère, oui une petite cuillère, qui a fait basculer le match et offert sur un plateau le festin du Stade de France à son club. Ou de Dimitri Yachvili, petite fourmi qui a accumulé les petits tas, de passes et de buts, pour en former finalement un plus précieux, un tas d’or.

Blanco n’a plus sommeil

Il y a tout juste un an Serge Blanco m’avait accordé un entretien. Sur le thème du Biarritz Olympique, dont il retrouvait juste le fauteuil de président. Et au terme de l’interview, alors que je lui souhaitais bonne chance, il m’avait confié d’un ton quelque peu mystérieux: « Vous savez il va se passer des choses l’année prochaine ! » Où, comment, pourquoi… je n’avais même pas eu le temps de lui demander des explications.

Je crois que je commence à comprendre le sens de cette phrase à la Nostradamus. L’ancien Pelé du rugby, comme le surnommaient les Anglo-Saxons, a semble-t-il pris à bras le corps les destinées de son club de toujours. Ce samedi le BO, auteur de son meilleur début de championnat depuis son Brennus 2006, est allé gagner son premier match de poules de Coupe d’Europe en costaud à Glasgow (22-18), en ne lâchant rien. Et Blanco, qui avait pris l’habitude de ne plus livrer ses impressions à chaud après les rencontres, a répondu en direct sur France 2: « Vous savez, on s’était endormis depuis deux ans, il est temps de se réveiller ».

Attention, Biarritz ne baille plus.