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Anelka et vérités cousues de fil Blanc

L’affaire Anelka et la concomitance de son interview avec l’annonce de la liste des « nouveaux Bleus » de Laurent Blanc m’inspire quelques réflexions sur la communication « de crise » des sportifs…

J’y reviens souvent, trop peut-être, mais le sport est devenu, comme pléthore d’autres domaines, une affaire de communication. Et dans la communication, au sens médiatique du terme, il y a ce que l’on appelle des communicants depuis que Jacques Séguéla en est devenu le premier pape dans les années 80. Le publicitaire avait compris que les moyens modernes permettaient à toute chose, concept ou individu en voie d’extinction, de désintérêt ou en détresse, de regagner l’intérêt perdu, voire de redevenir lumineux ou à la mode.

Vu la réussite initiale du publicitaire lors de la campagne de François Mitterrand, transformé de dinosaure de la IVe république en président relooké et progressiste, on n’a cessé de copier sa méthode. L’astuce, géniale, mais il fallait y penser, était de savoir faire passer au grand public, peu féru d’Emmanuel Kant, des idées simples et fortes. Une affiche, par exemple, un visage devant un clocher de village, accompagnée d’une phrase, la plus tarte possible mais que capte n’importe quel cerveau. Le monde du sport s’y est très vite mis. Agences de comm’, agents de joueurs, avocats spécialisés et responsables de la communication ont fleuri autour des stades et des stars. Un joueur ou un sportif en souffrance n’avait plus, contre espèces sonnantes, qu’à se faire concocter un « plan » par un nouveau David Copperfield de l’image pour redorer son blason.

La vertu ou le vice importent peu. Ce qui compte, c’est de jouer la bonne carte.

Les exemples ne manquent pas. Eric Cantona, le Bruce Lee de Manchester, a retourné son image de bad boy en quelques pubs humoristiques et décalées. Zidane, qui aurait dû pâtir de son coup de boule en finale de la Coupe du monde, a su rebondir en usant parfaitement d’une parole appropriée, compréhensible du plus grand nombre, et en se faisant le chantre de grandes causes. Chaque semaine, un footballeur, un rugbyman ou un tennisman tente de se reconstruire une virginité. Henry, Bastareaud ou Gasquet ont connu ces derniers temps les affres de la honte publique pour des comportements scandaleux. A peu de chose près, ils ont retrouvé grâce aux yeux non seulement de leurs admirateurs mais parfois de leurs détracteurs. Et toujours à l’aide de discours bien léchés, d’excuses tardives mais larmoyantes qui parviennent à émouvoir le pèlerin.

Anelka a déjà trouvé un début de réhabilitation

Et c’est au tour aujourd’hui de Nicolas Anelka de tenter le même genre de manœuvre. Le jour de l’annonce de la liste des non coupables de l’équipe de France de Laurent Blanc, dont il ne fait évidemment pas partie, une interview (dont j’ai tendance à penser qu’elle a été très légèrement retravaillée, retouchée, re…) du charretier d’Afrique du Sud est opportunément parue dans la presse. Habile. Frères, conseillers, agent et journalistes amis ont été mis à contribution. Sommet de l‘intervention : « Si Laurent Blanc avait été le sélectionneur des Bleus en Afrique du Sud, nous n’en serions pas là aujourd’hui ». Si j’avais été totalement idiot, je le suis probablement un peu, j’aurais applaudi. Car la question de savoir si Anelka serait proscrit à vie a été inévitablement posée au nouveau sélectionneur quelques heures après la parution de l’article. Et Blanc, pas fou lui non plus, mais pris entre deux feux (les résultats de l’enquête fédérale sur les mutins de Knysna et des injures d’Anelka à Domenech ne seront connus que dans quarante-huit heures), s’en est sorti par une pirouette  : «Je n’ai pas d’éléments qui me permettent de dire aujourd’hui que la porte est fermée pour Nicolas Anelka». Et hop, le tour est joué. Le Nico doit bien rigoler et surtout être satisfait du boulot de ses as du marketing comportemental. Parce que, si Blanc ne le reconvoque plus, Anelka aura au moins eu la satisfaction de ne pas avoir été, pour une fois, traîné dans la boue. Une étape, l’air de rien, vers un commencement de début de réhabilitation… CQFD (enfin, CQJVD, ce que JE voulais démontrer…).

Dans tout ça, je ne sais toujours pas qui aura le dernier (gros) mot…