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Platini, Noah, Rives, les tontons flingueurs !

C’est la vie, les anciens – les anciens sportifs, en l’occurrence – ont ce quelque chose en plus que les jeunes ignorent, le vécu. Le privilège de la sagesse en somme. Mais ces anciens n’en font pas toujours profiter les nouvelles générations. Ils jouent en particulier souvent les amnésiques quand il s’agit de lever le voile sur les mauvais côtés de leur passé ou de leur époque. Et se refont une virginité qui les entraîne à un surprenant aveuglement quand il s’agit d’évoquer les travers actuels du sport.

C’est ce qui se produit  notamment quand il s’agit de consultants, privés par contrat et par intérêt à long terme de la possibilité de casser du sucre sur un événement pour lequel leurs patrons ont payé le prix fort. Partant, on n’a jamais entendu un ancien champion du monde ou olympique parler sérieusement à l’antenne de dopage, de corruption, encore moins naturellement d’affaires de mœurs… Ni même, et c’est le plus gênant, de la violence. La plus visible, la plus criante, celle qui nous est servie par des ralentis à longueur de matches. Combien de centaines de fois n’ai-je entendu lors de tacles par derrière les deux pieds décollés à hauteur de tibia un consultant nous livrer avec un art consommé de la litote : « Ah oui, untel était très en retard sur cette intervention… », au lieu d’un « C’est un scandale, untel mériterait dix matches de suspension ».

L’autre catégorie d’anciens est celle des champions dont les liens avec le système sont soit ténus soit inexistants. Ou dont l’aura est telle qu’aucun propos ne peut la décrépir, si salé soit-il. Et ces derniers temps, on a vu et lu de jolis contre-exemples de la mémoire sélective. Les médias ont cru bon d’aller à la pêche aux déclarations choc. A croire que les réponses au malaise existentiel du sport d’aujourd’hui passent par l’expertise des vedettes de naguère. Ou alors, ces grands anciens ont-ils simplement encore l’envie d’exister, quitte à remuer un peu de boue. En tout cas, avec Michel Platini, Jean-Pierre Rives et Yannick Noah on n’a pas été déçus. La langue de bois n’a il est vrai jamais été tellement leur truc.

Mais là…C’est Michel Platini qui a tiré le premier sur le sujet très en vogue de l’équipe de France. De son fauteuil de président de l’UEFA, duquel il ne semble pas détrônable avant un moment, l’ancien capitaine des Bleus en profite pour livrer ses vérités au JDD. Pas tellement sur le plan sportif : « La grande question, c’est : est-ce que le footballeur, ou le sportif, doit être un modèle? Il n’est pas facile d’y répondre. Qu’un mec aille se taper une pute qui était mineure -et sans le savoir, je pense- c’est son affaire. Le problème, c’est avec sa femme. De mon temps, il y avait plus de journalistes que de joueurs qui allaient aux putes« . Au moins, c’est dit…Sur le même chapitre tabou, Yannick Noah s’est montré dans les colonnes du Parisien aussi franc que Platoche : « Si je sortais des tiroirs toutes mes histoires, je serais mort. A un moment, il faut être un peu solidaires, tu ne laisses pas un mec se faire lyncher comme ça parce qu’il est allé voir un tapin. » Au plan purement sportif, l’ancien vainqueur de Roland-Garros a en outre taillé le plus beau costard de l’année aux Bleus et à leur patron: « Moi, je crois surtout que c’est cette équipe qui n’aime pas le public. On ne peut pas demander aux gens d’aimer une équipe alors que celle-ci ne donne rien, rien. A commencer par son porte-parole, Raymond Domenech, qui est un mec plein de qualités mais qui n’aime pas le public« . Du brutal !

Enfin, Jean-Pierre Rives n’a pas mégoté lui non plus dans l’anathème. Revenant sur l’affaire Pierre Berbizier, le grand blond s’en est pris violemment à l’entraîneur du Racing-Métro qui s’en était pris vertement aux arbitres à l’issue de la défaite de son club, le Racing-Métro 92 lors du barrage de Top 14 contre Clermont : « Je trouve les propos de Pierre Berbizier déplacés et même franchement minables. On n’a pas le droit d’insulter les gens comme il le fait… [Le Racing] est en droit d’attendre une autre promotion que les propos insultants d’un coach qui voit des complots partout, est fâché avec la terre entière, mais qui souffre surtout d’un problème avec lui-même. Quand on veut monter au mât de cocagne, il faut avoir le cul propre… Et pour un type qui veut donner des leçons de morale à tout le monde, je trouve son comportement extrêmement grave. »

Moi je dis, on aimerait entendre ça plus souvent. Un peu de bruit peut déboucher les oreilles. Comme dans les tontons flingueurs…

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