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Stupéfiant Djokovic

On pensait ne jamais voir ça comme on pensait à l’éternelle pérennité du mur de Berlin. Enfin, on croyait, au pire, qu’un Rafaël Nadal en bonne santé ne céderait sur terre battue qu’un beau jour de sa retraite pour un tournoi des légendes, une fois son cinquantième anniversaire passé…

Mais l’événement est survenu plus vite que prévu. Plus vite, façon de parler bien sûr. Rafaël Nadal n’avait pas mangé une feuille de match sur un court en terre rouge depuis… sept ans. Nadal était bien l’ogre de l’ocre. Plus vorace encore que Borg, l’extraterrestre des années 70, ou Bruguera son compatriote, ou Muster l’Autrichien.

Il y avait bien eu quelques tentatives de putsch dans ce monde plutôt policé de la balle ronde pour arracher le sceptre au Majorquin. Mais les pauvres rebelles s’étaient cassé les boyaux les uns après les autres. Même sa majesté Roger Federer, qui était allé jusqu’à une certaine humiliation en voulant répondre coup pour coup au Titan à Roland-Garros, en avait pleuré de rage. Quant aux autres, ils y étaient parvenus une ou deux fois, mais Nadal était entré sur le court à chaque fois pratiquement sur une chaise roulante !

Ce coup-ci, ce dimanche à Madrid, chez lui en Espagne dans une arène de Madrid tout à sa cause, en forme olympique, Nadal a trouvé son maître. Pas vraiment celui qu’on aurait attendu il y a deux ou trois ans, où les grands visionnaires du tennis osaient sur un coup de folie parier à l’époque sur Nalbandian, Davydenko, voire Tsonga ou Monfils pour les plus mentalement atteints !

La métamorphose du fou Djokovic !

Le pourfendeur du mythe s’appelle Novak Djokovic, 23 ans et nouveau roi de la terre. Un Serbe un peu dingue, souvent horripilant,  mais qui a tout doucement, au fil des années, apprivoisé l’oiseau noir qui se baladait dans son cerveau. La bestiole ne vient plus trop le taquiner. Plus de raquettes détruites, d’abandons sans raison apparente, de blessures inexplicables. Bref, le garçon, dans sa vie, dans sa caboche, a chassé ses démons.Comment, on ne sait pas trop pourquoi. « Djoko » fait toujours du cinéma sur un court, grimace, se flagelle les membres avec son engin de travail ou geint, mais on ne le voit plus se noyer dans l’auto-destruction. Et son corps obéit sans plainte à la tête. Son service ne joue plus les sales traîtres, son revers est devenu un deuxième coup droit qui martyrise les plus résistants à la souffrance.

S’est-il persuadé que Nadal ou Federer les deux légendes vivantes, qu’il bat désormais plus souvent qu’à leur tour, n’ont que deux bras et deux jambes ? S’est-il inspiré des exploits au Moyen-Age du grand et fort prince Stefan de Serbie ou s’est-il abreuvé des ancestrales potions magiques des Haidouks, ces hordes de résistants à l’Empire Turc ?

La réponse est en lui. Djokovic n’est en tout cas plus le même. D’ailleurs, il n’imite plus ses collègues sur le court. C’est maintenant lui qu’on va devoir imiter.