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Roger Federer et le boson de Higgs…

Les larmes sans fin d’Andy Murray semblaient dire à la foule du Central de Wimbledon : « J’ai eu la terrible malchance d’être battu ici devant vous, mais la chance de ma vie c’est d’avoir eu l’honneur de jouer contre cet homme-là… » L’homme en question est suisse, riche et joueur de tennis, le meilleur que l’humanité ait enfanté.

Avec Roger Federer, tout est assez simple, comme de pousser une balle au-dessus d’un filet. On tape dans un objet qui se dirige toujours où on le veut, ou presque. Et si l’adversaire vous met des bâtons dans les roues, comme l’Écossais dans cette finale 2012 du plus prestigieux tournoi de la planète, on invente un nouveau procédé de jeu, comme Lavoisier sortait des nouvelles propriétés chimiques de ses éprouvettes.

A l’image de ce coup droit, tamis complètement ouvert, qui vient mourir dans une zone de gazon derrière le filet jamais touchée par quiconque. Ou comme ce lob du cinquième jeu, le plus long de l’histoire à Londres, du quatrième set, qui hantera longtemps les songes du grand échalas scottish et d’un public aussi énamouré qu’ébahi.

Pitié, Roger, dites-nous comment réussir une seule fois un coup droit comme celui-là…

Tiens, puisque l’on parle sciences, on connait encore mal ce qui génère dans le corps tant de perfection dans les gestes, les réflexes et la coordination de l’homme. On vient de découvrir le bozon de Higgs, cette particule élémentaire qui, paraît-il, serait la clé de la physique et de l’univers. Il serait temps de prévenir les savants qu’un élément plus fondamental encore existe sur les courts depuis des années. Et qu’on l’étudie d’un peu plus près… Parce que, c’est évident, Federer exerce sur une raquette des forces passablement mystérieuses, tout du moins inexpliquées jusqu’à présent.

Roger, par pitié, confiez-vous à nous. On ne le répétera pas, votre secret, c’est juré. Ne nous dites même pas comment remporter Wimbledon sept fois ou redevenir numéro 1 mondial… Dites-nous juste comment réussir, une fois, une petite fois seulement, un coup droit comme ça. Et on mourra tranquille, boson ou pas…

Gasquet dans les mâchoires de Murray

A s’en arracher les cheveux, à s’en mordre les doigts, à en pleurer de rage.Pendant deux sets et demi, Richard Gasquet a joué le feu, a fait hurler de dépit et de dégoût Andy Murray. Des services de Playstation, des retours de coup droit aimantés par les lignes, et des revers… Des revers de rêve, les amis… A en faire pâlir de jalousie Roger Federer, Alex Corretja et Cédric Pioline réunis.Avec ce revers, j’ai vraiment cru qu’il allait gagner, Richard. Et en trois sets. Il avait tout donné, tout risqué, tout fait. C’était un beau, très beau spectacle. Le public du Suzanne-Lenglen en rugissait de bonheur. Comme au temps où Henri Leconte sortait de son bras gauche des coups insensés, venus de nulle part, ne figurant dans aucun des manuels du tennis.

Deux sets à zéro, un break… C’était fait. En face, Murray grimaçait, s’invectivait. Se flagellait même avec sa raquette. On en oubliait à cet instant que Gasquet venait de disputer, et gagner, dix matches en onze jours. Qu’il était sans doute à la limite. Que derrière ses prouesses se cachait un corps à la limite de la casse. Que les forces jetées en finale de Nice quarante-huit heures plus tôt pour renverser Fernando Verdasco en finale étaient de trop pour croire à un nouveau miracle.

Il y a dans des rencontres comme celle-là, entre des champions au talent si exacerbé mais parfois si fragile, un petit espace de temps pendant lequel tout peut basculer. Où la tête rappelle tout d’un coup à un bras ou à une jambe des douleurs oubliées. Comme une goutte de sang repérée dans l’océan à des kilomètres par un requin, le mal est immédiatement décelé quelques mètres de l’autre côté du filet. Il n’y a plus un adversaire, il y a une proie…Murray est un squale. Sans pitié. Et sa pitance est maintenant à portée de mâchoire. Gasquet est blessé, plus d’hésitation. D’autant que le scénario de Wimbledon 2008 est bien ancré dans un coin de sa tête. Le même, exactement, deux manches et un break pour l’autre, et une blessure qui se réveille… Que la bête meure…

Roger Federer, saluez l’artiste

Je ne sais pas si vous appréciez Roger Federer autant que moi, là d’ailleurs n’est pas la question. Mais ce qu’il y a de bien, de formidable, d’exceptionnel, avec Roger (je l’appelle toujours « Rogé », à la française), c’est qu’à mon avis cet homme-là est un modèle.

Je sais bien, on va me rétorquer: pas de charisme, pas de grimaces, pas de vagues, pas de drogue, pas de doigts d’honneur au public, bref on préférait McEnroe, Noah, Connors… au moins avec ceux-là on avait notre lot d’adrénaline même quand les gars jouaient mal. On se marrait bien, quoi. C’était avant et c’était fun, y avait du buzz.

Bon, avec Roger c’est un peu différent. Le Suisse ne fait que jouer au tennis, que dis-je, magnifier le tennis, lui donner un statut nouveau. Comme personne avant lui. Avez-vous vu le tie-break de la finale de l’open d’Australie contre Murray ? Fascinant. En tout cas, moi, ça m’a fasciné. J’avais l’impression que Federer s’amusait intérieurement avec son adversaire, cherchait finalement la difficulté, et voulait l’emporter dans la douleur. Certains anciens, très anciens, disaient la même chose de Bill Tilden, le génie américain des années 20 et 30 du siècle précédent (sept US Open de suite quand même): il ne trouvait de la jouissance que dans la difficulté, allant parfois  jusqu’à se faire mener largement pour toujours s’imposer au finish. C’était d’autant plus de plaisir.

Je reviens à mes moutons. Oui, Roger est un tantinet lisse quand on le compare à Safin ou même Tsonga. Moi, je m’en fous. L’Histoire du sport s’en foutra aussi, j’en suis sûr. Roger est seulement le plus grand artiste de la balle ronde de tous les temps. Admiration. Simplement.

Bravo l’ATP !

Alors là, de mémoire d’observateur du tennis, on n’avait jamais vu ça !

Ce bon Roger Federer a de quoi se triturer les méninges avant le dernier match (ce soir) de sa poule et après l’avant-dernier disputé cet après-midi, remporté par Murray sur Verdasco. S’il bat Del Potro en deux sets, il se qualifie et élimine l’Argentin. Le plus drôle, c’est qu’il se qualifie aussi s’il perd, encore en deux manches. Dans ce cas, ce sera Del Potro l’autre qualifié.

Mais le plus inouï, c’est que le Suisse sera éliminé s’il perd en trois sets, Murray et Del Potro le devanceraient alors au set average.

Va comprendre Charles !

Alors, que vas-tu décider Roger ? Tu gagnes ou tu perds, en deux sets ou en trois ? Tu veux ou tu veux pas ?…

Y sont pas un peu concons les cerveaux de l’ATP ?

 

PS: je vous raconte la suite après le match.