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Coupe Davis, les vrais enjeux

Pas d’illusion. Même s’ils ramènent le saladier d’Argent de Belgrade, les joueurs français n’en seront pas davantage les meilleurs du monde. Il est même relativement fréquent, comme cela a souvent été le cas par le passé, que les plus belles performances individuelles en Coupe Davis restent sans lendemain. Alors, pourquoi veulent-ils si ardemment s’emparer de l’un des plus vieux trophées du sport international ?

La gloire ? Depuis plusieurs dizaines d’années, la Coupe Davis n’est plus un événement suivi ailleurs que dans les pays concernés. La popularité du tennis s’est focalisée sur les grands tournois individuels. Serbie-France ne déchaînera les passions que dans les deux pays. Et encore. Guy Forget, Gaël Monfils, Gilles Simon, Michaël Llodra ou Arnaud Clément, voire Richard Gasquet, s’ils reviennent victorieux, ne descendront sans doute pas triomphalement les Champs-Elysées lundi.

Soyons réalistes. Côté tricolore, la victoire sera certainement plus prosaïquement synonyme de profits financiers. Bien plus appréciables que les auréoles de gloire d’antan des René Lacoste, Jean Borotra ou Henri Cochet, pauvres diables du sport qui en étaient quasiment de leur poche à chaque épopée tandis qu’ils étaient de véritables stars internationales! Les temps modernes ont fait basculer le phénomène en sens inverse.Les Français ne sont plus des gros bras sur le plan mondial depuis quatre-vingt ans !  Pas un seul numéro 1 mondial. Mais ils ont brusquement acquis une méthode collective dans les années 80 sous l’ère de Philippe Chatrier et avec l’émergence du phénomène Yannick Noah. Le pays a évidemment adhéré et les contrats publicitaires en simultané. Mais il a fallu que le vainqueur de Roland-Garros en 1983 prenne le capitanat pour que se produise le véritable déclic en 1991.

Gagner un seul match revient à gagner au Loto…

Puis, c’est Guy Forget, le bon élève, qui l’a relayé, avec moins de charisme mais beaucoup plus de diplomatie, et au moins autant d’efficacité. De quoi plaire à la Fédération, aux sponsors et surtout aux joueurs eux-mêmes, trop heureux de la possibilité de savoir qu’ils peuvent, en passant par la moulinette Coupe Davis et en produisant les efforts nécessaires au bon moment, devenir plus grands qu’ils ne sont généralement sur le circuit. Ce fut le cas entre autres d’Henri Leconte, en 1991, d’Arnaud Boetsch, en 1996, et de Nicolas Escudé, en 2001, tous devenus des « légendes » franco-françaises de la Coupe Davis. Les deux derniers en tout cas. Boetsch et Escudé ne sont jamais entrés pendant leur carrière dans les dix premiers mondiaux. Ils ont en revanche gagné au jackpot « Davis ». Un match, un seul (celui contre Kulti en sauvant trois balles de match pour Boetsch, celui contre Hewitt pour Escudé), leur a permis d’assurer leur vie d’après-tennis.

Il ne faut donc pas chercher plus loin la motivation des uns et des autres. La Coupe Davis est pour certains un Loto où les chances au tirage sont élevées …

Llodra remet la volée à la mode

Quel naufrage que la vieillesse, disait le général de Gaulle. En sport, la trentaine s’apparente souvent au troisième âge et rares sont ceux qui durent au-delà de ce cap. Plus exceptionnels encore, les champions qui s’améliorent après cette limite de fraîcheur. Michaël Llodra vient clairement d’entrer dans cette catégorie.

L’attaque, une tactique « oubliée »

Guy Forget ne s’y est pas trompé et a désigné le gaucher parisien pour la deuxième fois consécutive comme l’un de ses deux joueurs de simple de Coupe Davis. Le gaucher parisien a été une nouvelle fois épatant lors du premier match, contre Juan Monaco, de la demi-finale contre les Argentins. Mais pas épatant comme on l’entend dans le tennis moderne, c’est à dire en bombardant du fond de court. Mais en attaquant.Cette tactique « oubliée » par les joueurs depuis Stefan Edberg revient heureusement en grâce avec Llodra. Le plus drôle, c’est que lui-même n’y croyait plus vraiment. « On m’a fait comprendre autour de moi que je pouvais faire mieux si je changeais d’attitude », glissait-il avant ce France-Argentine. « On » ? Probablement Amélie Mauresmo, qui l’a conseillé à Wimbledon cette année. Ou Forget, qui sait ce que le mot offensive veut dire et peut surtout apporter quand on la pratique avec un tel talent.

Llodra ne monte plus en « chaussettes »

Parce que Llodra, sur le plan du service-volée, est sans doute l’un des joueurs du circuit qui en use le mieux. Et plus encore cette saison où il acquiert, l’expérience aidant et avec des certitudes nouvelles sur ses capacités, une sorte de plénitude. Résultat, son classement est au top de sa carrière (30e). Ce Michaël-là est même, exception faite de John Isner, celui qui monte le plus souvent au filet. Mais plus, comme auparavant, « en chaussettes ». Llodra s’est persuadé, ou s’est fait persuader, que ses attaques pouvaient être plus sûres, plus efficaces, en s’appuyant d’abord sur des services travaillés à la perfection ou sur des attaques portées à bon escient.Et comme Edberg, ou Sampras, – voyez la comparaison ! – Llodra possède un sens aigu de la volée, ce coup qui fait désormais peur même à certaines épées du jeu, comme Federer. Encore fallait-il qu’il se mette définitivement l’idée en tête que ce coup pouvait lui profiter face aux meilleurs. Contre Verdasco, 10e mondial, au tour précédent, Llodra avait rendu fou l’Espagnol en multipliant les montées à contre-temps. Contre Monaco, il a récidivé dans ses chevauchées vers l’avant, soixante-douze fois exactement !  Avec une réussite supérieure à cinquante pour cent, ayant pour effet de désorienter les réflexes de son adversaire.

Llodra, la trentaine florissante, coups et idées en place, peut remettre la volée à la mode.