Archives du mot-clé mekhissi

Contador et Baala à la bagarre !

Si la musique adoucit les mœurs, le sport ce vendredi les aurait plutôt endurcis. Dans la montée de l’Alpe d’Huez, l’ambiance était à la corrida et aux échanges aigres-doux pour une fin de Tour de France pas franchement cordiale. A Monaco, quelques heures plus tard, on n’a pas plus assisté à des embrassades ou des poignées de main chaleureuses.

Non, ça n’était décidément pas vraiment un vendredi saint. Le Sieur Alberto Contador a lancé les hostilités en balançant un crochet du droit à un spectateur qui le serrait de trop près. L’énergumène en question s’était déguisé en médecin et courait au côté de l’Espagnol depuis quelques secondes en lui tendant un stéthoscope à hauteur de son torse, poussant la bêtise jusqu’à le toucher. Contador peut avoir tous les défauts du monde mais reconnaissons-lui d’avoir agi sur le coup certes un peu violemment mais certainement pas sans une bonne raison, claquer le beignet d’un crétin des Alpes…

Dans la même mythique montée de l’Alpe d’Huez, l’ami Thomas Voeckler, malmené et en passe de perdre son Maillot Jaune, a également montré un tempérament que l’on savait belliqueux mais qui s’est en l’occurrence transformé en vindicte. Des flots de supporters hollandais, à la panse bourrée de bière et au cerveau vide de cortex, l’ont copieusement insulté tout au long d’une bonne dizaine des fameux virages de la montée de légende. Excédé, et évidemment ulcéré de perdre le Tour, le petit Voeckler leur a lancé en plein effort et en hurlant un « Fuck you » des familles, expliquant l’arrivée franchie que ces supporters lui en voulaient depuis le jour où il avait pris le Maillot Jaune et où il n’avait pas attendu le Hollandais Hoogerland, héros malheureux dans sa chute dramatique. Voeckler, c’est un peu Astérix, il ne faut pas trop lui chatouiller les moustaches…

A Monaco, Baala et Mekissi ne se sont pas mariés…

Dans le stade Louis II, à l’atmosphère beaucoup plus feutrée que les folles après-midi de la Grande Boucle, le meeting Herculis a pourtant connu une partie de manivelles jamais vue en athlétisme. Après un 1500 m où deux Français venaient de prendre part, ces derniers ont entamé un dialogue que l’on croyait franc du collier vu leur proximité. Mahiedine Mekisssi s’approchait en fait très près de Mehdi Baala… Ce n’était plus une explication de texte mais de cons textes… Mekissi colle son front sur celui de Baala, qui réplique très vite par un mouvement de tête qui manque sa cible. Mekissi prend la mouche et décoche un coup de poing puis deux… Baala en fait autant et plusieurs  officiels doivent pour séparer les deux chenapans… sous les yeux du Prince Albert et de sa jeune épouse. Monte-Carlo est vraiment en ce moment l’endroit ou ça bouge…

Il faut les appeler »France »

Il y a des moments particuliers dans la vie où l’on ne croit plus ses yeux, où le cœur fait boum et où l’on ne sait plus trop pourquoi les choses tournent dans le bon sens. Cet été, il y aura eu un avant-Barcelone et un après. Avant, c’était moche, noir et cafardeux. On avait cauchemardé en juin, nos footballeurs nous avaient refilé la nausée. Et puis, en pleine déprime post-mondial, on a rallumé la télé. Comme ça, pour ne pas sombrer encore plus dans le nervous breakdown complet.Il y avait des championnats d’Europe d’athlétisme avec deux ou trois menus espoirs de médailles. On n’osait même plus parler d’or. Mais, comme on nous vendait au moins la présence prometteuse d’un grand escogriffe venu d’Aix-les-Bains et nommé Lemaitre, on se disait qu’on se prendrait quelques coups d’adrénaline salutaires pour notre moral réduit au stade du misérable.

Lemaitre, étalon or

C’était à Barcelone. Dès le deuxième jour, le mercredi, le grand blond en question de vingt printemps, nous faisait le coup de la belle bleue. On n’avait jamais vu sur une piste, de Lille à Menton, un type aussi pétillant. Le jeudi, on se disait que la fête de la veille était trop belle pour une saison sportive aussi pourrie. Mais non. Lemaitre était en fait l’étalon. Tout ce monde tricolore allait prendre une semblable mesure. De référence. Et pan, quatre médailles d’un coup. Dont trois inconnus, un balèze en or, Romain Barras, qui s’était battu comme un lion au décathlon, et un duo de petites flèches de poche, Mang et Soumaré, rigolardes comme pas deux. Incroyables ces filles, non seulement marrantes, mais avec des mots bizarres qui leur sortaient de la bouche : « On court pour l’équipe ». Tiens, ça commençait à contraster sérieusement avec certains autres baltringues millionnaires vus en Afrique du Sud en train de faire la sieste dans un car Pullman !Même chose le vendredi, le samedi et le dimanche ! A chaque fois pareil ! Deux, trois ou quatre médailles en trois heures… Et encore Christophe Lemaître, trois fois doré au total. Encore la petite Soumaré, qui ne s’arrêtait plus de se trémousser sur la piste et sur le podium, et qui s’arrachait les cordes vocales en rappant la Marseillaise. Et Diniz, le marcheur casse-gueule, qui après 50 km de lutte contre l’épuisement trouvait la force de faire une synthèse complète sur les vertus de l’effort et de l’esprit collectif…

Le bureau des pleurs se mue en palais de la rigolade

Dix-huit médailles je vous dis… Un truc pas normal, pas français. Le pauvre Nelson Monfort, bureau des pleurs depuis deux décennies, en perdait son latin. D’habitude, le Nelson n’osait même pas s’adresser aux Bleus en larmes qui passaient devant son carré d’intervieweur et nous servait son accent d’Oxford en invitant les vainqueurs, les autres, les étrangers. Là, tous les soirs foule dans sa loge, mais avec seulement du bleu du blanc et du rouge, et dans la langue de Molière : « Vous nous ravissez l’ami… On aime entendre ça, ma chère… »Et Lavillenie, le perchiste favori qui ne craque pas, et les frères siamois Mekhissi et Tahri qui partent seuls dès le départ du 3000 m steeple pour finir premier et deuxième… De la folie, je vous dis encore. Parce que j’oublie l’or du relais 4×100 m hommes. Les argents totalement inattendus de Darien au 110 m haies, de Gomis à la longueur, de Dehiba au 1 500 m… Et encore du beau bronze pour M’bandjock et le 4×100 m femmes, du bronze aussi pour Tamgho… une déception !Bon, j’ai remisé mon Lexomyl dans mon armoire à pharmacie. Je suis de nouveau à bloc. Ces gars et ces filles, il ne faut plus les appeler des Bleus. Ces athlètes enthousiastes, solidaires et pas payés (en comparaison d’autres) il faut les appeler les « France ». Et que la patrie leur soit reconnaissante.