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McIlroy, fils de… McEnroe

Dans le tourbillon des événements qui se succèdent et finissent par se confondre, le temps joue  parfois les divas. Il prend la pose ou il accélère encore, comme ça, pour faire le beau. Les historiens en font des moments charnières. En golf, depuis deux ou trois ans, on commençait à bailler aux corneilles. L’homme, Tiger Woods, qui avait imprimé sa marque à ce sport pendant une décennie, en était assez bizarrement sorti et tout le monde s’ennuyait un peu en rêvant à des swings meilleurs.

Jeudi dernier, dès les premières balles frappées sur le parcours du Congressional Country Club, les minutes se sont soudain écoulées avec plus de célérité. Un gamin de 22 ans alignait à cet US Open les coups les plus fous, enquillant les birdies comme jamais peut-être, y compris le faramineux Tiger Woods, ne l’avait fait auparavant. Le temps avait cessé de suspendre son vol et clairement décidé de reprendre sa course folle en se glissant dans les mains de Rory McIlroy, éblouissant et écrasant vainqueur final du 3e Grand Chelem de la saison.

McIlroy réinvente le golf

Un phénomène ce jeune Irlandais. Rouquin bien sûr, la bouille pas complètement dégrossie, mais un mental de briscard et des coups, mes amis, des coups de dingue, sans référence connue. Des drives insensés, des approches au laser et des putts téléguidés. De la magie. Comme si le golf n’était pas né il y a environ cent cinquante ans mais un jour de juin 2011 au bout des doigts d’un garçon né à… Hollywood, Irlande du Nord.

Et cette apparition du nouveau génie de la petite balle blanche me rappelle étrangement celle d’un autre môme qui s’était aussi présenté, il y a trente-cinq ans, sur une herbe rase, mais raquette en main. Un certain John McEnroe, américain, lui, mais bien d’origine irlandaise, poil rouge, physique d’adolescent replet et caractère aussi infernal que ses services, avait cassé les codes du « lawn- tennis » sur le plus mythique court du monde, le central de Wimbledon, médusé de tant d’audace et d’inspiration. Big Mac gratifiait la gentry londonienne de mises en jeu effectuées dos au filet, de volées aimantées par les lignes mais aussi de dialogues épicés avec les arbitres tout à fait en contradiction avec les mœurs quasi-religieuses de la cathédrale… McEnroe avait osé défier le roi du lieu, Björn 1er, en chatouillant d’abord la barbichette du fabuleux chevalier suédois, fourbu par tant d’années de combats, et qu’il avait fini par faire tomber de son trône.

L’histoire de « Kid Rory » et « King Tiger » n’a pas encore vraiment commencé. Les greens de la planète prient pour qu’elle démarre…

Roger Federer, saluez l’artiste

Je ne sais pas si vous appréciez Roger Federer autant que moi, là d’ailleurs n’est pas la question. Mais ce qu’il y a de bien, de formidable, d’exceptionnel, avec Roger (je l’appelle toujours « Rogé », à la française), c’est qu’à mon avis cet homme-là est un modèle.

Je sais bien, on va me rétorquer: pas de charisme, pas de grimaces, pas de vagues, pas de drogue, pas de doigts d’honneur au public, bref on préférait McEnroe, Noah, Connors… au moins avec ceux-là on avait notre lot d’adrénaline même quand les gars jouaient mal. On se marrait bien, quoi. C’était avant et c’était fun, y avait du buzz.

Bon, avec Roger c’est un peu différent. Le Suisse ne fait que jouer au tennis, que dis-je, magnifier le tennis, lui donner un statut nouveau. Comme personne avant lui. Avez-vous vu le tie-break de la finale de l’open d’Australie contre Murray ? Fascinant. En tout cas, moi, ça m’a fasciné. J’avais l’impression que Federer s’amusait intérieurement avec son adversaire, cherchait finalement la difficulté, et voulait l’emporter dans la douleur. Certains anciens, très anciens, disaient la même chose de Bill Tilden, le génie américain des années 20 et 30 du siècle précédent (sept US Open de suite quand même): il ne trouvait de la jouissance que dans la difficulté, allant parfois  jusqu’à se faire mener largement pour toujours s’imposer au finish. C’était d’autant plus de plaisir.

Je reviens à mes moutons. Oui, Roger est un tantinet lisse quand on le compare à Safin ou même Tsonga. Moi, je m’en fous. L’Histoire du sport s’en foutra aussi, j’en suis sûr. Roger est seulement le plus grand artiste de la balle ronde de tous les temps. Admiration. Simplement.

Davydenko réussit enfin son pari

Il bat Roger Federer – enfin – après douze défaites contre le Suisse en autant de matches et va en finale du Masters. C’est tellement beau pour le Russe, tellement fort, qu’il ne lève même pas les bras à l’issue de la balle de match.

Il faut dire qu’il revient de loin Nikolaï Davydenko. Parce qu’en terme de pari, il sait de quoi il parle. En 2007, à Sopot (en Pologne), sa réputation en avait pris un sacré coup. Il avait abandonné en arguant une blessure au pied contre l’obscur Argentin Arguello (87e mondial. Davydenko 4e) après avoir gagné la première manche. Juste après qu’une somme de cinq millions d’euros (dix fois plus que les montants habituellement engagés sur un tel match sur internet) a été misée sur le web quelques minutes auparavant… en faveur d’Arguello ! De quoi éveiller les soupçons… et notamment de la société de paris en ligne (Betfair, en français « parier régulièrement !) qui avait pour la seule fois de son existence refusé de régler ceux qui avaient misé sur le vainqueur de ce match.

Davydenko, après de nombreux rebondissements et des tonnes de commentaires* le plus souvent défavorables dans la presse et par ses collègues sur sa personne (il a souvent sinon balancé des matches, du moins mis le minimum de volonté à les jouer à fond), a été blanchi par l’ATP en 2008.

Aujourd’hui, face au numéro un mondial, il a au moins montré qu’il voulait se battre sur un court avec la dernière énergie . On parie qu’il n’abandonnera pas en finale ?

*McEnroe avait évoqué la possibilité (dans une interview au Daily Telegraph) de la présence menaçante de la mafia russe dans ces histoires de paris truqués.