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Juan Hernandez, c’est lumineux

Il est à part. Comme on dirait différent, original, singulier. Je pèse mes mots mais le rugby n’a peut-être jamais avant lui produit un talent aussi extraordinaire. Il faudrait dire en dehors de l’ordinaire car Juan Martin Hernandez ne fait rien comme les autres. Son drop après la sirène à Castres n’en est qu’une preuve supplémentaire, la première depuis son retour en France.

On l’avait un peu oublié après son départ du Stade Français à la fin de la saison 2008-2009. Avec quelques raisons, étant donné la distance équivalent à la moitié d’un méridien terrestre séparant Paris de Durban, mais aussi le peu de temps de jeu qu’il avait effectué aux Natal Sharks en raison de pépins de santé continuels. Et Juan Martin Hernandez est vite revenu, comme un symbole, là où il donne tout son éclat, dans la ville-lumière. Ou tout du moins pas très loin et en tout cas sur les bords de la Seine, à Colombes, au Racing-Métro 92. »El Mago« , comme il a été surnommé par ses compatriotes argentins, sait tout faire dans son sport. Et bien, très bien, parfois même encore mieux que ça. Il va jusqu’à tutoyer ceux que les profanes ne peuvent imaginer et appellent le génie, sans autre explication rationnelle. Ballon en main, ou au pied, Hernandez initie des mouvements et imprime des effets si peu communs qu’adversaires, spectateurs et même partenaires s’en perdent de réaction ou d’extase.Réinstallé en France depuis seulement quelques semaines, on attendait de l’arrière-centre-ouvreur qu’il sorte des lapins de son chapeau dès sa première (ré)apparition en Top 14 il y a quinze jours à Toulon ou la semaine dernière contre Clermont. On n’avait vu que quelques tours de prestidigitation avec, il faut l’avouer, des trucs un peu éventés. Normal. Houdini ne pouvait s’extraire de ses cages que les poignets et les chevilles dérouillées.A Pierre-Antoine, ce dimanche, Hernandez a visiblement retrouvé la plénitude de ses membres. Pendant quatre-vingt minutes, quatre pénalités, une transformation et quelques attitudes prometteuses. Et puis, le bruit de la sirène marquant la fin du match sur le score de 31-22 pour le CO. La fin pour vingt-neuf joueurs, pas pour le trentième. Hernandez, à 25 mètres en face des poteaux castrais, récupère la passe de son demi de mêlée Lorée. Une passe de maçon. Le ballon est injouable, Hernandez se retrouve dos au but avec un adversaire dans les pattes. L’Argentin exécute alors un demi-tour puis un pas de côté. Le coup du mystificateur. Tu me vois, tu ne me vois plus. Plus personne entre lui et les perches. Il arme son pied droit. Trois points. Les derniers du match (31-25) et celui, inespéré dix secondes plus tôt, du bonus défensif pour le Racing. Lumineux.