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JO 2012 : France Télévisions déjà à la roue des Jeux

Je me réjouissais de voir cette première journée des Jeux Olympiques. De déguster ces sports trop rares à la télé, cette mosaïque de disciplines qu’on oublie pendant quatre ans mais pour la seule raison qu’elles sont moins « bankable » que les sacro-saints foot, tennis ou rugby.

Non, j’ai vu ce samedi matin sur France 2 et France 3, et quasiment en intégralité, la première partie de la 21e étape du Tour de France, pourtant terminé dimanche dernier sur les Champs-Elysées. France Télévisions nous avait vendu depuis des semaines comme elle sait si bien le faire « la magie des Jeux » et nous a offert pendant des heures du vélo à Londres, rien que du vélo. Au mépris de la natation, de l’escrime, de l’aviron (et j’en oublie) qui nous ont été servis froids le plus souvent, c’est à dire en différé.

On n’a par contre rien raté, comme sur la Grande Boucle, de l’avant-départ de la course en ligne du cyclisme, de la première demi-heure de course en intégralité, des commentaires passionnants de Thierry Adam sur le réglage des selles… le tout à plus de cinq heures de l’arrivée ! Pendant que, scène sans le moindre intérêt, Michael Phelps, la petite grenouille US, effectuait ses premiers crapotages dans le bassin… Ce qui bien entendu ne méritait que le « magnéto » quinze ou vingt minutes plus tard !

Messieurs, il va falloir vous mettre au jeu, aux Jeux, oublier les trop vieux réflexes. Les JO, vous savez, c’est une occasion, une très belle occasion, de sortir des sentiers battus. Vive le cyclisme, soit, mais vive le(s) (autres) sport(s), comme nous dirait votre sémillant Gérard Holz…

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C’est quoi les Jeux Olympiques ?

C’est une idée farfelue née dans le cerveau d’un homme à peu près « normal » et mise en mots il y a cent vingt ans, le 25 novembre 1892 à la Sorbonne. Par Pierre de Coubertin. Le fluet bonhomme demande qu’on l’aide à « réaliser cette oeuvre grandiose […] qu’est le rétablissement des Jeux Olympiques ». L’idée du siècle à coup sûr.

Avec le temps, les Jeux « rénovés » par le baron ne se démodent pas. Quinze jours d’épreuves tous les quatre ans dont on commente partout les hauts faits et les malheurs à perte de voix, d’encre ou désormais de milliards de milliards d’octets.

Aujourd’hui et depuis 1896, on se bat pour les organiser, on se damne pour une médaille, et on s’écharpe pour en retransmettre les images. L’événement est devenu si universel qu’il ne l’est plus vraiment. Chaque pays s’en approprie comme il peut une part, chaque athlète une miette en fonction de ses moyens.

Comme tout, les Jeux sont du rêve. Rêve de gloire pour les athlètes, c’est humain. Rêve tout court pour les autres, c’est humain aussi. Car tout est fait aux Jeux pour que le(a) meilleur(e) soit sacré(e). Et le meilleur, pour le peuple, c’est un modèle, une icône, c’est l’Histoire.

A Londres, pour la trentième fois dans l’ère moderne, il y aura des vainqueurs et ce que nous appelons des injustices, c’est à dire des perdants éplorés… Il y aura aussi des histoires singulières, des tweets, des faits plus ou moins politisés, des scandales, de l’argent, du sexe et autres potins coquins. De quoi alimenter la chronique d’un monde qui ne le serait pas vraiment sans les Jeux.

Et puis enfin zut, ces Jeux sont français, et c’est toujours ça que les Anglais n’auront pas !

Annecy, candidature « baltringue »…

Déconfiture, fiasco, humiliation, la France s’auto-flagelle depuis ce mercredi 17h17 et l’enveloppe ouverte par Jacques Rogge qui contenait le nom de la ville choisie pour l’organisation des Jeux Olympique d’hiver en 2018, Pyeongchang, Corée du Sud.

Sept voix pour Annecy, la candidate française. Sur 95. Mais sept voix sur quatre-vingt quinze, c’est en l’espèce déjà beaucoup… Beaucoup pour la candidature française la plus bâclée de l’histoire. Pour ne pas tomber à zéro voix, j’imagine que Guy Drut et Jean-Claude Killy, les deux membres français du CIO, ont du glisser leur bulletin en faveur de la ville haut-savoyarde, ainsi que le Prince Albert et trois ou quatre autres francophiles convaincus…

Bâclée, me risquai-je… Nulle, ridicule, aurais-je pu ajouter puisque la France a été capable d’oser présenter un dossier où aucun, je dis bien aucun, des éléments ne lui était favorable. Tête pensante déconnectée, budget raboté, adhésion populaire inexistante, volonté politique invisible, tout était si mal fagoté que le désastre était annoncé depuis le début.

Et le résultat était doublement connu d’avance pour une raison qui est absolument toujours la même. L’alternance des continents est en effet une règle non écrite mais intangible dans les faits, et avec l’émergence de l’Asie, l’Europe ne pouvait obtenir deux fois le sésame de suite (Sotchi en 2014).

Les Jeux Olympiques ne sont pas une fille facile !

Alors, pourquoi avoir démarré une aventure si piteuse avec aussi peu de chances de réussite ? Là, on tient un début de réponse. Une candidature est désormais affaire de long terme. Une victoire en « one shot » est devenue impossible. Trop de villes, trop de pays veulent les JO depuis trop longtemps. L’olympisme, c’est un fait, et c’est probablement l’un de ses plus grands mérites, ne se laisse pas culbuter sur un coin de table. Il faut préparer de loin son rendez-vous, choisir le meilleur restaurant, déployer le meilleur de sa conversation, puis ne commettre la plus petite faute de goût dans l’escalier avant d’envisager que la promise puisse, peut-être, vous faire entrer…

Pyeongchang venait pour la troisième fois proposer ses charmes en tenue de gala, Londres en avait fait autant pour les JO d’été… etc. Annecy a fait à Durban un petit numéro de dragueur de « baltringue » et en est évidemment sorti la queue entre les jambes… On aurait bien sûr aimé une séduction plus raffinée, « à la Française ». Ce sera pour plus tard, si Annecy veut toujours conquérir sa dulcinée.

Samaranch, le « parrain » du sport

Le « Don Corleone » du sport. Ni plus ni moins, voilà qui était Juan-Antonio Samaranch, décédé ce 21 avril à l’âge respectable de 89 ans. C’est ça, c’est le mot, le parrain de l’olympisme.Dans mon livre, l’Argent dans le Sport, j’avais tenté de dresser un portrait de l’ancien président du CIO.Vous me pardonnerez si j’en cite des extraits significatifs, un peu longs, mais je l’espère « éclairants »:Son élection à la tête du CIO:…Le couronnement de Samaranch avait en fait été une drôle de revanche personnelle. Son propre pays devenu démocratique l’avait mis à l’index en l’éloignant pour se « débarrasser » de cet ex-dévot du Gaudillo. En lui attribuant en 1977 le peu recherché poste d’ambassadeur à Moscou, Samaranch avait pendant trois ans ruminé sur cet affront. Il avait préparé dans un pays aux méthodes ressemblant à celles qu’il employait jadis sous Franco un retour triomphal sur le devant de la scène. Sa présence dans les lieux même du conclave, l’apport incommensurable de Dassler et de Guelfi l’avaient déposé sur le trône que personne ne lui aurait promis quelques années auparavant. Dans le livre instructif (1) que lui consacrent les trois premiers journalistes à s’être enquis de son passé trouble, l’histoire suivante est contée : « Lui téléphonant un jour pour le féliciter de ses succès, un vieil ami lui déclare tout à trac :  J’ai deux choses à te dire. Une chose agréable et une désagréable […] La première, bravo, car tu es devenu l’un des hommes les plus importants de la planète. La deuxième, jamais je n’aurais pensé qu’un tel miracle fût possible ! »…Ses relations avec Horst Dassler, le véritable chef de « bandes »:…Dassler, au coup de sifflet final de la Coupe du monde de football 1982, est le chef de l’orchestre du sport. Obéissent à sa baguette absolument tous les décideurs : Au CIO, à la FIFA, dans les Fédérations plus modestes comme l’IAAF (Athlétisme) où il a manœuvré comme jamais pour y caser Primo Nebiolo, un Italien cupide et assoiffé de pouvoir, Coca-Cola le bailleur de fonds chez qui le deus ex machina Nally est constamment terré…. Mais il reste une ultime marche : le contrôle absolu des finances de l’olympisme, le dernier totem sur terre qui n’a pas encore été « vendu ». Le Vatican se sucre bien en écoulant des milliards de bondieuseries en toc, pourquoi ne ferait-on pas de même avec les images du 100 m et de la descente des Jeux ? Dassler parle de « la marque la moins exploitée au monde ». Une société, ISL (International Sports & Leisure), va faire sauter un verrou qui cadenassait les JO dans un carcan d’épicier. Car la Charte olympique interdit encore les profits. Voire. On ne peut commercialiser les JO ? On peut s’arranger pour les louer. ISL sort du néant en 1982, et l’on se propose derechef d’aller voir Samaranch pour qu’il accepte de saucissonner les Jeux en tranches et de commercialiser les cinq anneaux ici et là à Coca, Brother, Visa, Federal Express… Samaranch, qui on le sait est pour le moins redevable à Dassler de sa situation de châtelain du CIO, approuve sans réserves ce beau projet. L’air de rien, le Catalan offre le contrat exclusif d’intermédiaire jusqu’en 2000 à ISL sans même consulter d’autres concurrents (comme IMG) : « Dassler a été proche du CIO, mais je ne vois pas où est le problème ». Le président de l’ACNO (Association des Comintés Nationaux Olympiques) Mario Vasquez Rana, plus grosse fortune du Mexique et qui rentrera dans le grand cénacle du CIO en 1991, œuvre grandement à l’assemblage. En quelques mois l’argent afflue. Le TOP (c’est le nom du programme, en anglais The Olympic Program) réunira plus de cent millions de dollars pour les Jeux de Séoul en 1988. Les plus grosses entreprises du monde entrent pour la première fois dans des Jeux que Coubertin avait juré de ne jamais sacrifier aux marchands. Ce qui avait pourtant été fait en 1984 à Los Angeles par le directeur du Comité d’Organisation, Peter Ueberroth, premier organisateur de Jeux « privés » (cinq cent millions de dollars d’apports des entreprises, deux cent quinze millions de bénéfices). A ces mêmes Jeux, l’amateurisme avait disparu du vocabulaire olympique.Dassler disparaît brutalement en 1987. Sans son timonier, Adidas traversera des tempêtes mais retrouvera le calme et la flamme financière après l’épisode Tapie. ISL prospérera un temps. Artificiellement. En acquérant tout et n’importe quoi, comme le championnat de football chinois acheté pour 1,8 milliard de francs, et en s’adjugeant le titre de championne du monde des droits sportifs. La valorisation de cette entreprise aux comptes opaques à un prix de douze milliards de francs en 1998 lui vaudra des commentaires acerbes d’experts financiers. La valeur sera finalement ramenée à zéro. La faillite du groupe ISMM (International Sports Media & Marketing (avec ce nom les choses étaient encore plus claires !) auquel ISL avait été rattachée, sera prononcée en 2001.L’olympisme, lui, se porte bizarrement. En une quinzaine d’années, de 1984 à 2000, la richesse du CIO s’est accrue démesurément et les chiffres que personne ne connaît vraiment ne parlent même plus aux oreilles des spécialistes. Dans le même temps, la corruption relative aux désignations de villes organisatrices est devenue monnaie courante. Juan Antonio Samaranch ne dérogera jamais aux mauvaises habitudes de son passé. Goût du secret et de l’intrigue, dévoiement systématique des principes affichés, affairisme, faveurs et largesses aux puissants généralisées, travestissement des chiffres, fraudes sportives, mépris de la démocratie, seront érigés en doctrines par un homme tout à fait en accord avec son atavisme. En vingt ans de pouvoir, Samaranch métamorphosera le CIO en une sordide pompe à fric. Avec quelques attentions surmédiatisées pour le sport et les sportifs. Faire la liste des scandales, irrégularités, manipulations et malversations ayant jalonné l’ère Samaranch est une gageure. Les pots de vin de Salt Lake City n’en seront que l’écume. Les enjeux financiers aux JO , générés par les audiences de la télévision qui en font l’événement le plus suivi au monde, accroîtront les fringales des sportifs et de leurs fréquentations, plus mafieuses au fil des ans. Et le dopage n’en sera que la conséquence… Toujours plus vite, plus haut, plus fort.(1) Juan Antonio Samaranch, l’héritage trahi (Editions Romillat, 1991) par Jaume Boix, Arcadio Espada & Raymond Pointu.

Sport et Histoire

Avec ces Jeux, voilà que les titres des medias se remettent à accoler le sport à l’Histoire… « X entre dans l’Histoire », « Y pour l’Histoire »… etc.Un médaillé d’or est-il un héros ? Entre-t-il dans la mémoire collective d’une nation ou de l’humanité ? Que vaut un exploit sportif, si grand soit-il ? Ce qui est sûr, c’est qu’il est quelque part mesurable. Et que Pelé, Michael Jordan, Roger Federer, Usain Bolt ou Simon Amman ont visiblement écrasé la concurrence de leurs congénères.

Il y a cinquante ou cent ans, une action d’éclat sur les stades était anecdotique en comparaison de celles des généraux, des scientifiques ou des chefs d’état. Aujourd’hui,  merci la télévision, la Légion d’honneur fleurit sur les vestons des judokas, des footballeurs ou des handballeurs. O tempora ! O mores ! C’est une autre Histoire en quelque sorte.