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Jauzion, le plaquage du bout du monde

C’est leur gloire à eux. Le service des autres, l’esprit de sacrifice. Sans tambour ni trompettes. On ne les voit jamais ou rarement en une, mais ils s’en moquent ou paraissent s’en moquer. Leur fierté cachée, intime, c’est de collaborer, d’appliquer les consignes sans un instant faillir. On peut toujours compter sur eux dans la bataille parce que leur seul credo c’est de ne jamais baisser les armes, ne jamais céder.

En sport comme ailleurs, les grands soldats ont l’âme bien trempée, le sens du devoir et le revers de leur veste vierge de médaille. Yannick Jauzion, pour l’ensemble de son œuvre, mériterait enfin qu’on y accroche un galon…Ce dimanche, l’équipe de France n’a pas livré la performance de sa vie en Irlande. Elle a même été plutôt laborieuse. A deux minutes de la fin du match, elle se contentait pourtant de ses trois petits points d’avance (25-22) conquis par la grâce du pied de Morgan Parra et d’un éclair d’Aurélien Rougerie, architecte de notre seul essai, signé Maxime Médard, en terre celte. Et alors que la victoire semblait acquise, voilà le contre du XV du Trèfle né d’un ballon perdu, bête, à pleurer… Les Bleus concèdent quatre-vingts mètres de terrain et se retrouvent sous une pression démente. Le dénommé Sean Cronin hérite du ballon et fonce tête baissée vers notre en but. L’essai est là, au bout de sa charge…

Yannick Jauzion n’a pas été choisi par Marc Lièvremont pour débuter la rencontre. Le sélectionneur ne lui voue plus une confiance absolue. Le Toulousain est toujours impressionnant mais sans doute plus par à coups. Les années lui pèsent probablement un peu plus sur le paletot… Mais Jauzion est Jauzion. Il reste dix minutes à jouer et s’il faut aller à la guerre dix minutes, et rien que dix minutes, dans une vie, Lièvremont sait qui il faut appeler…Alors, le centre le plus respecté du rugby international entre sur la pelouse de l’Aviva Stadium. Sans états d’âme. Il se livre à fond. Il ne joue pas, il se bat. Il ne tente pas l’impossible, il fait l’équipier. Modèle…

Sean Cronin n’a plus qu’à littéralement glisser sur son erre pour aplatir… Jauzion est revenu de l’autre bout du terrain et est sur le point d’être pris à contrepied. L’expérience du vieux grognard lui commande le bon réflexe. Un coup de reins le replace sur sa gauche, ses bras se détendent instinctivement et enroulent la ceinture de l’Irlandais. Des bras en fer, qui ont tant servi à faire gagner le Stade Toulousain ou les Bleus… Cronin est bloqué, stoppé, son énergie se délite dans le choc. Le ballon lui gicle des mains, vers l’avant…

Trois-quarts centres, de France et d’ailleurs, je n’ai qu’un conseil : C’est Jauzion qu’il faut suivre.