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Paris sportifs, ou la quadrature du cercle de… jeu

Il y aurait donc un ver dans le fruit, du laid dans le beau et du pourri dans le vertueux royaume du sport. Celui du handball par-dessus le marché, tout neuf ou presque, je veux dire en terme de financiarisation, d’exposition médiatique, de droits d’image…

On nous dit ce jour qu’un match du Championnat de France (Cesson-Sévigné – Montpellier le 12 mai 2012) pourrait bien avoir été vérolé. Que des épouses ou proches de joueurs montpelliérains auraient parié – gros, trop gros – sur une défaite (28-31) sans doute connue d’avance. Et que l’affaire, entre les mains de la justice, est d’autant plus grave qu’elle concerne, au moins indirectement puisqu’elles y jouent, trois stars du club héraultais, dont Nikola Karabatic, emblème absolu du hand français et international.

Quoi d’étonnant ? Quoi de neuf sous le soleil des jeux d’argent ou des paris sportifs ? Rien ou pas grand chose, sinon le taux très élevé de célébrité des suspects. Que s’est-il donc passé de manière certaine ? Un ou quelques individus, comme dirait un enquêteur, ont misé sur un résultat dont ils n’avaient pour ainsi dire aucun doute. Une sorte de prémonition vieille comme le jeu, vieille comme la triche… Moins l’on doute, moins on risque et plus on peut gagner.

De la triche, donc. La faute à qui ? Aux tricheurs d’abord, bien entendu. Depuis qu’il existe, le sport en pâtit. Je parlais dans mon livre « L’Argent dans le Sport » de cette « tare appelée corruption ». Je dois en ajouter une autre, celle des paris sur des matches, des scores. Je n’en dénonce pas le principe, il faut bien s’amuser y compris en se ruinant. Mais comment encadrer à la perfection ce type d’activité ? Sauf à la rendre au bout du compte bien cadenassée pour rester ludique. C’est la quadrature du cercle de… jeu.

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JO, hand, foot et experts en modes…

La mode on ne peut pas la définir. C’est sa définition. Elle passe, elle reste, elle revient. Elle n’existe pas en fait, comme le temps…

Mais en deux jours, elle a fait son job la mode. Dimanche après-midi, nos handballeurs, nos Experts étaient devenus immortels d’un coup de baguette magique dont ils sont seuls capables. En France seulement, rassurons les rabat-joie.

Lundi, c’étaient des petits voyous, bringueurs, casseurs de matériel audiovisuel (privé) et dignes d’être rabaissés au rang de vils footballeurs… Ils étaient passés en mode, comme on dit maintenant, crétin.

Voilà donc que vingt-quatre heures après leur exploit unique dans les annales du sport français, on leur jette la pierre, on les fustige et on voudrait même les punir de leurs excès d’un jour et d’une nuit… Bon, je veux bien. Il n’est en effet pas très exemplaire de démonter un plateau télé ou comme, Claude Onesta, de se comporter en vulgaire chef de bande aviné et grossier. C’est inexcusable. Point.

Du coup, revanche posthume et immédiate des footballeurs de Knysna et d’Ukraine. Ou plutôt de ceux qui ne les avaient pas défendus  mais qui veulent attaquer les nouveaux coupables parce qu’ils seraient aussi coupables… La mode…

Il faut sanctionner les Experts, sans pitié, et leur « tirer les oreilles » !

Je vois un point commun entre le comportement des uns et des autres. Celui de la basse et bête vengeance envers les critiques sourdes que l’on prend toujours forcément mal. C’est humain. Je vois aussi une distinction. Les Experts ont sagement attendu d’être sacrée plus grande équipe de handball, et équipe tout court française, de tous les temps pour déraper. Les Bleus de Knysna et de l’Euro 2012, aussi peu irréprochables sur le terrain qu’en dehors, n’ont pas eu ce « tact »…

Par conséquent, et selon moi, il y a quelques barreaux d’écart entre les deux histoires sur l’échelle de la bêtise.

Dépassons si on le peut l’effet de mode, ce phénomène moutonnier qui peut nous entraîner avec la meute sur des sentiers dangereux. Et restons-en aux principes. Allez, un peu de discipline que diable.

Alors voilà, il faut sanctionner les Experts, vivement, sans pitié. Et, comme le dirait Noël Le Graët, leur « tirer les oreilles ».

Experts en galère, Toulouse la lose, vendredi soir noir…

Des soirées comme ça, je me s’en serais passé, mais alors très volontiers… Un vendredi soir où le noir a été noir, où nos fameux Experts n’ont rien expertisé d’autre que leurs insuffisances du moment et où nos Toulousains ont horriblement gloussé en terre anglaise !

Comme tout le monde, je les voyais toujours beaux comme des dieux, les Onesta‘s boys… Même battus d’entrée par les Espagnols, ils avaient redressé leur couronne de rois du handball contre les Russes. Et c’était affiché, comme deux et deux titres mondiaux font quatre étoiles sur leur maillot, ils allaient définitivement se remettre en selle contre les pauvres Hongrois et se qualifier les doigts dans le pif pour le deuxième tour. Une formalité…

Et quasiment dans le même temps, le Stade Toulousain, l’immense, l’incomparable Stade Toulousain, quatre étoiles aussi de champion d’Europe sur son poitrail, allait lui aussi en faire voir pour son dernier match de poules de H Cup à son adversaire du soir, Gloucester, huitième du championnat d’Angleterre, déjà éliminé et jeté en pâture dans la gueule du loup de l’ovalie continentale. Qualification annoncée en quarts de finale, à domicile de surcroît. Une formalité…

Les Bleus de Karabatic perdent leur « hand »…

Ah, et pourtant, avec une expérience comme la mienne, des décennies de coups de Jarnac imprévisibles au compteur, des milliers d’heures de vol et de coups tordus au stade ou devant mon poste, j’aurais du l’anticiper, la prévoir, la soirée pourrie… Les Experts ont commencé par me faire faire une tronche… Karabatic, Fernandez, Omeyer, Gilles, Dinart & Cie,des gars en or pourtant, en platine irridié même, dignes de figurer avec le mètre étalon à Sèvres. Mais non, tous en chewing gum, d’un coup d’un seul. Matés, tordus par la Hongrie (23-26).  Qualifiés, certes, mais partants avec zéro point au tour suivant… Autrement dit à poils ou à peine en caleçon, une chance sur cent, pas davantage, de conserver leur titre…

Le Stade Toulousain pas à la noce !

Et les Toulousains, une heure plus tard, qui coincent à leur tour. Deuxième mauvaise blague. Chez des rosbeefs ! Le mien en tout cas ne passe pas en ce vendredi soir. Battus, laminés (24-34), les Haut-Garonnais, déphasés par vingt-quatre heures de mauvais karma (avion retardé pour cause de porte de secours défaillante, blessure d’avant-match de Vincent Clerc) mais aussi et surtout par les coéquipiers de Mike Tindall, le royal noceur. Vous vous souvenez, le mari d’une nièce de la Queen, auteur d’un spectacle de cocufiage caractérisé de sa jeune épouse sous les caméras de surveillance d’une boite de nuit néo-zélandaise, scène ayant fait un buzz universel pendant la dernière Coupe du monde… Ce même Tindall qui avait ensuite connu l’humiliation de trop, suprême, face aux Bleus de Thierry Dusautoir en quarts de finale… Vengeance, vengeance. Toulouse, vaincu, mais qualifié par le miracle d’une défaite (8-9) des Harlequins au Connacht, petite et Ô combien courageuse province irlandaise. Mais, total final de points oblige, un quart de finale à l’extérieur face à un gros morceau et des chances de s’en sortir aussi réduites que les Français du hand…

Une statue pour nos Karabatic !

Aux grands hommes, la patrie doit être reconnaissante. Ce qu’ont fait nos Bleus du handball en remportant un quatrième titre mondial après un titre olympique et deux continentaux est tout simplement unique dans l’histoire du sport français. Qu’on leur érige à tous une statue…

Plus de doute, il faut leur rendre la monnaie. Car ces gars-là ne sont pas des héros, ce serait un peu gros de leur affubler ce statut que les morts de nos guerres se doivent de garder. Mais les Karabatic, Omeyer, Fernandez, Guigou, Gille et cie sont entrés ce dimanche à Malmöe dans la vraie légende du sport tricolore.

Les Experts, vrais fabricants français de bonheur et d’allégresse !

Au moins autant que la bande à Jacquet de 1998, celle de Claude Onesta est une authentique fabrique nationale de bonheur et d’allégresse. Les Experts n’ont jamais autant justifié leur surnom. La fin de match face au Danemark en finale a dépassé en suspense et en intensité tout ce dont ces artistes nous avaient déjà gavé depuis quinze ans ! C’est tout dire. Rattrapés à deux secondes de la fin du temps réglementaire, ils n’ont pas sourcillé, pas baissé la tête. Au contraire, ils ont puisé dans ce caprice du destin un regain de rage et d’énergie. Et ont repris l’avantage dès l’entame de la prolongation alors qu’ils étaient en infériorité numérique. Et tout ça, comme toujours, comme si ce destin n’était pas capable de les renverser, grâce à leur état d’esprit. Incomparable.

Mais ce qui est le plus inouï dans cette aventure, la plus belle et la plus longue du sport hexagonal, c’est que les petits jeunes, Barachet, Accambray ou Sorhaindo, sont venus s’incruster avec une vaillance et une audace incroyable dans ce groupe de vieux guerriers jamais rassasiés. Ah ! Karabatic et son bras d’or qui a tenu la baraque de l’attaque au moment décisif de la finale, ah ! Omeyer et son arrêt en platine irrigué à une minute de la fin de la prolongation, ah ! Fernandez et ses deux buts de Titan en seconde partie de la prolongation, ah ! Bertrand Gille…Il est temps, vraiment temps que justice soit rendue à ces entonneurs éternels de Marseillaises. Une statue pour tous. Non, merde, un obélisque…

Handball, parent pauvre du sport français

On les surnomme les Experts. Pour leur art consommé de la victoire impitoyable, infaillible. Depuis sa campagne olympique victorieuse à Pékin, notre équipe de France de handball a marqué son époque, voire l’histoire de sa discipline et du sport français tout entier, si elle confirmait ces jours prochains sa mainmise en remportant un quatrième titre mondial.

Mais en France, le handball n’est pas le foot, ni le rugby ou même le basket. Son déficit de popularité et d’image est encore énorme, notamment par rapport au premier nommé. Ces jours-ci, la différence est apparue plus criante que jamais, et surtout injuste. Nos Bleus ne sont ni plus ni moins que la plus formidable sélection de sport collectif française de tous les temps. C’est incontestable, avec dans leur armoire à trophées, en ne comptant que les plus glorieux, quatre titres mondiaux, deux titres européens et une médaille d’or olympique, le tout en en peu plus de quinze ans. Inégalable dans l’hexagone. Et par dessus le marché, elle est extraordinairement spectaculaire, possédant dans ses rangs des artistes incomparables qui vont jusqu’à susciter l’admiration de leurs plus ardents adversaires.Et pourtant, et pourtant. Les Karabatic, Omeyer, Abalo, Narcisse ou Fernandez, sont des inconnus ou presque du très grand public. Et quasiment des grands sponsors du sport. Preuve la plus évidente de ce désintérêt injuste en diable, les unes des médias et des journaux depuis le début du Mondial en Suède ont bien du mal à se focaliser sur la bande à Onesta. Sans parler des grand-messes du 20h, totalement aphones, L’Equipe a fait son gros titre sur elle la veille de l’inauguration de l’épreuve et lui a consacré une semi-une le lendemain avant son premier match. Depuis, uniquement des petits titres ou photos en première page. Et quatre unes sur Lille, la fabuleuse formation de L1 de football ! Pendant que nos Bleus marchaient sur l’eau pour atteindre avec leur maestria habituelle les deml-finales de la compétition.

Trois cent mille euros pour une finale mondiale…

Plus incroyable, la télévision ignore ou presque les performances de nos phénomènes de la petite balle ronde. Les trois grandes chaînes nationales (TF1, France Télévisions et M6) ne retransmettent jamais (hors Jeux olympiques) de rencontres de l’équipe de France. Ou lorsqu’elles en sont contraintes ou forcées, c’est à dire quand il y a une finale mondiale ou européenne en jeu et que la loi – oui, vous avez bien lu, la loi – les y oblige ! Exactement comme si les Bleus du foot avaient dû attendre le France-Espagne de l’Euro 1984 ou le France-Brésil du Mondial 1998 pour connaître les joies d’être vus par les téléspectateurs !Cette année, c’est Canal +, presque comme d’habitude, qui suit les Bleus au Championnat du monde. Et qui se gargarise, autosatisfaction oblige, des chiffres d’audience (670 000 téléspectateurs de moyenne par match) qui feraient sourire, ou plutôt pleurer, en foot ou en rugby ! Et donc, nos « grandes chaînes » toujours aussi méprisantes, sortent du bois au moment où le loup (audience trop faible) n’y est plus… Et avec un zeste risible d’hypocrisie, France Télé par la voix de son patron des sports, Daniel Bilalian, se dit « intéressée » par la finale, autrement dit par le rachat des droits pour l’ultime match, en présence bien entendu de la France. Tiens, dites un prix pour voir… Cinq millions d’euros ? Non. Deux ? Non. Un million ? Toujours pas. La bonne réponse est… Trois cent mille euros ! Soit environ la moitié du coût… d’une étape du Tour de France ! Pauvre handball… Mais il faudrait peut-être dire aussi, pauvres directeurs des programmes…

Car il faut tout de même avoir la vue bien basse pour ne pas constater la valeur des anciens Barjots, puis Costauds, et désormais Experts. Tous les pays étrangers amateurs de handball se les arrachent depuis plus d’une décennie, l’Allemagne et l’Espagne en tête, où ils font les beaux jours de Kiel, Hambourg ou Barcelone. Avec des hauteurs de salaires que seuls, en France, Montpellier ou Chambéry peuvent encore prétendre suivre. S’il existait une dernière mesure de l’estimation des Experts, ce serait celle de leur entraîneur, Claude Onesta. Laurent Blanc, celui des Bleus du foot, n’a-t-il pas porté aux nues ce technicien hors pair et à la fois modeste, puisque sachant reconnaître ses fautes (comme après le match nul concédé en fin de match face à l’Espagne) alors qu’il trône sur le toit de son sport. Une vertu rarissime chez les patrons d’équipe nationale…

Mais qu’est-ce qui pourrait changer la donne et, ne serait-ce qu’un tantinet, faire bouger les billes ? Eh bien, essayer. Seulement une fois. De montrer dans nos petites lucarnes une grande équipe de France…