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Julio Cesar, je te salue quand même…

Que c’est beau. Que c’est triste. On n’avait pas réussi à s’émouvoir de ce Mondial pendant trois semaines et voilà qu’en une journée les émotions, contradictoires, s’y sont soudain succédé à l’envi.

Ah, que j’ai eu mal pour ce pauvre Julio Cesar sortant de ses buts comme un pantin désarticulé. Le malheureux avait pourtant effectué une saison exemplaire avec l’Inter Milan et avec la Seleçao. Le Brésil avait trouvé un gardien de but. Pas commun au pays des portiers souvent décriés, ou du moins en décalage si flagrant de talent avec des joueurs de champ incomparables. Pas un accroc de la saison, disais-je, des arrêts magnifiques, un titre de champion d’Europe et une confiance en lui, sans borne, de tout un pays avant cette Coupe du monde.

Et pan, la mouche dans le lait, l’accident bête, celui qui arrive quand on ne l’attend pas, quand il est impossible même, parce que rien ne l’annonce. Surtout au moment ou le Brésil, à sa main, inspiré, mène un à zéro face à des Hollandais aussi pâles que depuis le début de la compétition. Mais toujours vivants et dont le lutin Sneijder balance un centre retors dans la surface de réparation… Fallait-il intervenir au milieu d’un magma de joueurs ou rester sur sa ligne ? Julio Cesar fait son choix. En un quart de seconde. C’est le temps de réflexe d’un être humain pour réagir à un stimulus. C’est peu.

Julio Cesar était sorti cinq cents fois de ses buts cette saison, sans un accroc…

Mais c’est le métier de gardien de savoir juger une situation d’ensemble en un délai pareil. Julio Cesar l’avait peut-être fait cinq cents fois cette année. Sans se tromper. Autrement dit surgir de ses buts et capter sans encombre un ballon aérien. En évaluant en une fraction d’instant la trajectoire de la balle, les déplacements de ses coéquipiers et adversaires. Pour lui, un simple réflexe pavlovien. Mais pas là. Ce coup-ci, en cette funeste 56e minute de quart de finale de Coupe du monde Brésil-Pays Bas, le fameux quart de seconde prend toute sa valeur de minuscule espace-temps pour le cerveau humain.Julio Cesar a flanché. Ses neurones ont inexplicablement dysfonctionné. A-t-il oublié un élément, un seul, du puzzle. Un souffle de vent s’est-il invité à l’exact endroit de la trajectoire du ballon ? Ce « Jabulani », objet de la controverse depuis le début de cette Coupe du monde, a-t-il été l’artisan du drame ? On ne saura jamais. Comme on ne saura jamais pourquoi l’un des lointains  prédécesseurs auriverde de Julio Cesar à ce poste, Barbosa, le maudit, a en 1950 commis l’erreur fatale de placement qui avait couté le titre au Brésil contre l’Uruguay. Ni comment Asamoah Gyan, quelques heures après, a tiré sur la transversale le penalty qui, à l’ultime seconde de la prolongation contre l’Uruguay, devait envoyer le Ghana en demi-finales du Mondial et aurait fait entrer l’Afrique en transes. Lui aussi était déjà presque un héros. Il avait transformé deux penalties pendant le tournoi. Ses nerfs étaient en fer, comme sa frappe de balle…Le destin est fragile capricieux, et surtout sans états d’âme.