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Malzieu, l’aigle blanc

Il y a des moments comme ça, où le temps lui-même se paume un peu dans son irrémissible écoulement. Alors tant pis pour elle, cette plus vache des dimensions de l’univers qui s’étire vers on ne sait quel but pour nous achever sans pitié. Et tant mieux pour nous, pauvres humains, quand l’un d’eux, comme Julien Malzieu à Saint-Denis lors de France-Italie, lui met une claque dans la gueule en la rendant carrément dingue…

Malzieu, le sorcier, le maudit, était vraiment l’un et n’était plus du tout l’autre sur une des aires de décollage de l’aéroport du Stade de France contre l’Italie. Ce garçon fait partie des joueurs de rugby pour qui tout semble facile, gracile. Mais si mince, si frêle, si oiseau le Clermontois, qu’il s’en abîme souvent les ailes ou les pattes…

Mais quand le temps (météo) est beau, et que la mer et les nuages redeviennent tranquilles, le volatile oublie tout et relance ses membres, sans effort, et reprend son vol à plein régime.

Dans l’en but, comme tombé du ciel, Malzieu vint se poser…

A la 35e minute, les conditions étaient semble-t-il idéales pour que ce foutu chronos mette son cycle pourri en veilleuse. Un rush de Picamoles sur la gauche, un battement de plume pour alerter de sa présence et Malzieu démarre, ballon emprisonné dans ses serres, bat des ailerons et s’envole. A une vitesse pareille, les obstacles peuvent paraître dangereux pour les observateurs. Pas pour le rapace à la vision si nette et à l’anticipation si aiguë. L’ailier – l’aigle blanc – file vers sa proie, repoussant de son bec en forme de bras les deux, trois et même quatre éléments contestataires.  Combinaison de vitesse du mouvement et de son instantanéité. Pour une fois, le temps-chronos est dans une merde pas possible. Jouissif…

Dans l’en but, comme tombé du ciel, l’oiseau vint se poser…

Diaw, Batum, Gelabale : l’Enfer, c’est vous…

Que j’aimerais voir nos Bleus gagner quelque chose un jour. Ou qu’au moins ils meurent sans regrets. Tant de promesses, tant de flammes, tant de coins de ciels bleus évanouis dans les limbes du néant depuis des années et des années… c’est comme si l’on nous condamnait, et eux les premiers, à l’Enfer éternel !

Mais quand je vois comme dans leur match contre l’Italie nos grands coqs revenir du diable et l’emporter avec un si  – éphémère – beau déchaînement de force, de félinité et de talent réunis, je ne crains plus Lucifer. Eux-non plus sans doute, les Boris Diaw, Nicolas Batum ou Mickael Gelabale, ces incroyables artistes des raquettes. Ils ne peuvent pas ne pas avoir conscience de leur potentiel, c’est impossible. Même un enfant surdoué se contemple dans le miroir. Mais comment les convaincre totalement, définitivement, qu’ils sont capables d’enfanter un chef d’oeuvre, un seul ?

Sans Parker, les apôtres Diaw, Batum et Gelabale mettent du temps pour trouver le chemin du ciel…

Ce dimanche, l’équipe de France a mis trois fois dix minutes pour comprendre que Tony Parker son soliste de génie, son Michel-Ange, avait pour une fois l’inspiration en berne. Sans le soleil, on n’aperçoit que des ombres effrayantes. Trois quart-temps de cogitation, de tergiversation, d’approximation… Et me voilà qui replonge dans la Divine Comédie et les affreux gardiens de l’Enfer, Belinelli, Bargnani, Galinelli, des monstres à flèches venimeuses…

… Et Diaw, Batum, Gelabale ou même leurs photocopies, Pietrus, Traoré ou l’improbable Tchicamboud, sont enfin sortis de leur peau dans le dernier quart-temps. Que leur dire pour qu’ils brisent maintenant toutes leurs chaînes, qu’ils trouvent le chemin de leur Purgatoire ?… Peut-être leur souffler que l’Enfer, c’est eux…