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Yannick Agnel, D’Artagnan de Dubaï

Le beau mot que celui de relais ! Dans lequel la transmission d’une énergie constitue la substantifique moelle. Et nos petits Français, incapables depuis la nuit des temps d’aller au bout de cette acception, en ont enfin pigé le sens. Alain Bernard, Frédérick Bousquet, Fabien Gilot et Yannick Agnel, dans l’ordre de leur passage à l’exploit du 4×100 m nage libre des Championnats du monde en petit bassin, se sont sortis les doigts de l’eau de la piscine de Dubaï. Et la France s’est pour la première fois payé un relais en or dans une grande compétition. Petit bassin, certes, mais grosse performance. Devant les rois habituels de la discipline, Russie, Brésil et Etats-Unis.

Et pourtant, ces dauphins tricolores laissaient ces dernières années des regrets à tout le monde. De l’incompréhension même, voire un tantinet d’aigreur masquée eu égard au talent des impétrants, tous pétris individuellement d’une extraordinaire célérité de bras et de pieds. Car on les avait laissés battus, presque bêtement, à Pékin aux JO et à Budapest aux Championnats d’Europe, alors qu’ils étaient les plus forts. Mais pas les plus grands. Des défaillances certainement plus psychologiques que physiques leur avaient empêché de glaner de l’or.

Ce coup-ci, dans l’eau de Dubaï, on croit rêver, les quatre hors-bord étaient parfaitement réglés. Carénages hyper-affutés. Alain Bernard est parti le premier et n’a pas craqué, comme il l’avait fait de manière incompréhensible aux Jeux alors qu’il avait l’or individuel autour du cou. Bousquet, remis de ses oublis d’ordonnance, et Gilot, ont ensuite remarquablement accompli leur devoir. Sans toutefois placer leur cadet, Yannick Agnel en tête.

Le jeunot plongeait même à l’orée de son ultime relais assez loin du Russe. Agnel s’était bien manqué dans la matinée en terminant assez pitoyablement dixième des séries du 200 m libre. Un camouflet pour le grand prodige du demi-fond. Et peut-être désormais de toutes les distances. Ce gars-là n’est sûrement pas fabriqué comme tout le monde. Il est fait pour nager. Vite ou longtemps, peu lui importe, ce qui n’est pas commun, mais alors pas du tout. Comme si Usain Bolt pouvait gagner sur le tour de piste, Agnel peut sprinter beaucoup plus longtemps que les autres.

Il s’élance donc en dernier et commence sa folle remontée. Il a encore une demi-longueur de retard à 25 m du but. il allonge encore son interminable carcasse et mouline, mouline… Il touche le premier. Les Mousquetaires ont leur D’Artagnan…