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Arthaud – Muffat – Vastine : les phares éteints !

On se demande souvent pourquoi le sport procure tant de joie et engendre tant de peine. Et évidemment pourquoi, à l’heure de leur disparition, les souvenirs de Florence Arthaud, Alexis Vastine et Camille Muffat restent et resteront si forts dans l’imaginaire collectif.

Bien davantage que tous les domaines routiniers de la vie, le sport, celui que l’on pratique et celui qu’on admire, attise spontanément le bouillonnement de nos émotions. A la nouvelle de l’arrêt brutal de ces trois merveilleux souffles de vie, nous prenons pour la énième fois la mesure de leur importance pour nos propres consciences.

L’exploit sportif nous appartient au même titre que leurs auteurs

Chacun à leur façon ces trois « héros » du sport, et donc de la vie, ont émerveillé en leur temps des foultitudes de gens « ordinaires ». En leur apportant quelque chose que nul ne peut d’un mot encore expliquer. Ce sentiment que l’exploit sportif nous appartient au même titre que leurs auteurs. Que la traversée de l’Atlantique d’Arthaud était notre traversée de l’océan inconnu et magique, que l’or de Muffat à Londres était une part de notre trésor ou que la défaite de Vastine aux mêmes Jeux de Londres était aussi une tragédie pour chacun de nos destins.

C’est un peu et beaucoup de ça le sport. Ça l’est en tout cas devenu au fil de sa part davantage grandissante dans un monde de plus en plus communicant et interactif, où ce sport si symbolique par sa force d’image et d’émotion s’est hissé, justement ou non, en l’un des phares de la civilisation.

Il y a sans doute de la poésie dans ces sportifs modernes. La poésie comme une fonction, vue par Victor Hugo en forme de vigie de la conscience humaine. Une telle inconscience qu’elle en est moins aveugle que celle du reste du genre humain :

Peuples ! écoutez le poète !
Écoutez le rêveur sacré !
Dans votre nuit, sans lui complète,
Lui seul a le front éclairé !
Des temps futurs perçant les ombres,
Lui seul distingue en leurs flancs sombres
Le germe qui n’est pas éclos.
Homme, il est doux comme une femme.
Dieu parle à voix basse à son âme
Comme aux forêts et comme aux flots !

 

 

Muffat et Agnel, les anti-stars…

Magnifique. La plus belle heure de la natation française s’est écoulée ce dimanche 29 juillet 2012 dans un calme… olympien. La grande Camille Muffat et le gigantesque Yannick Agnel ont nagé comme des dieux et n’ont jamais semblé si sereins.

Camille Muffat est montée sur la plus haute marche du podium après sa victoire au 400 m exactement comme si son triomphe coulait de source. D’une source tranquille mais que l’on imagine descendre d’un volcan tant cette fille si nature d’apparence a du bouillir intérieurement depuis des années. Mais la Muffat est comme ça, tout comme la Manaudou était autrement.

Une Laure Manaudou qui s’est évaporée ce même dimanche, avec le sourire, de la natation de niveau planétaire dans laquelle Camille Muffat est entrée de plain pied quelques heures après. La seconde lui a succédé sur le toit de l’olympe en décrochant l’or de la même distance huit ans après sa coéquipière en bleu blanc rouge. Mais Muffat, on le jurerait, ne fera pas sa star pendant les mois à venir malgré l’inévitable brouhaha médiatique qui va tenter de s’en emparer. Sans doute pas l’électriser.

Agnel nage le plus sublime 100 m de l’histoire de la natation française !

Et une Niçoise en a entrainé un autre, son compagnon d’entraînement Yannick Agnel et trois autres mousquetaires, Leveaux, Lefert et Gilot, vers les hauteurs les plus inaccessibles et enviées du sport. Après ses trois potes du relais 4×100 m qui avaient déjà fait un boulot de folie, Agnel a probablement nagé, Alain Bernard compris, le plus sublime 100 m de l’histoire de la natation tricolore. Parti deux mètres derrière Ryan Lochte, il est progressivement remonté sur l’ogre américain pour le dévorer dans les ultimes quinze mètres. Le cliché en parfait « négatif » de la course de Pékin…

Et Agnel, pas plus que sa camarade de la cité des anges, n’est un expansif. Intellectuel plutôt, puisque grand amateur de littérature devant l’éternel. Yannick n’a pas épanché la plus petite goutte de folie gestuelle ou verbale après son triomphe, au très grand dam de Nelson Montfort. Il est aussi comme ça, cette future immense anti-star de la natation bleu blanc rouge…

Muffat et Agnel, soldats inconnus de la natation…

C’est toujours pareil, on ne prend jamais vraiment conscience de l’instant présent. La France possède la plus formidable équipe de natation de son histoire mais la France ne le sait pas. Camille Muffat est la meilleure nageuse du moment dans le monde et Yannick Agnel n’est pas loin d’être son équivalent chez les hommes. Ils peuvent tranquillement aller acheter leur baguette le matin, l’émeute ne guette pas du côté de leur boulanger…

Et derrière ces deux-là, on se bat à des niveaux chronométriques jamais atteints chez nous. L’émulation générale est telle qu’Alain Bernard, le seigneur et mètre du cent, s’est fait éjecter sans ménagement de l’Eurostar pour Londres et Amaury Leveaux, le lymphatique et fêtard du sprint toutes disciplines, a jeté ses vilains démons au feu et pris le parti de la sainteté en embrassant les méthodes jansénistes de Philippe Lucas

Laure Manaudou, la distraite, fait toujours sa star

A Dunkerque, aux Championnats de France qualificatifs pour les Jeux de Londres fin juillet début août, on a un peu tout fait en même temps. On a renversé des statues (Bernard, Stravius, Rouault) et on en a relevé (Laure Manaudou, Leveaux). On a ri, on a pleuré, on s’est ignoré, pas mal chambré (entre Marseillais et Antibois), un peu méchamment chicané pour des places, mais on s’est embrassé… Les fans ont applaudi avec des oeillères Laure Manaudou, toujours aussi star mais toujours observée avec autant de circonspection par ses collègues. La diva les irrite non par la brillance retrouvée de ses performances  qui en fait à nouveau une médaillée olympique en puissance mais par ses galéjades parfois puériles, ses inconstances de caractère (affaire tweeter) ou ses choix quelque peu alambiqués (comme celui de mettre la pression sur ses dirigeants pour offrir une place sur 200 m dos à sa coéquipière Cloé Crédeville).

On a même parlé et évoqué sans trop les dénigrer les contrôles antidopage, de plus en plus rigoureux. Non que la suspicion plane, mais parce que ces jeunes gens, sauf mauvaise surprise toujours possible, ont au minimum moins à craindre dans ce domaine que leurs rivaux étrangers… Et la même Manaudou, encore et toujours elle, a eu le bon goût de davantage se plaindre de sa « petite » tête au lendemain des épreuves de Dunkerque que des contraintes du suivi des contrôles et de leur rigueur. La malheureuse a avoué qu’elle en avait manqué deux par distraction ces derniers mois. L’un par pur oubli, l’autre parce qu’elle était partie au restaurant avec des copains… Il ne lui reste plus qu’un joker (en cas de trois manquements, le dopage est sinon avéré du moins sanctionné comme tel…). Sinon, elle rejoindrait Jeannie Longo au vilain palmarès des bannis, mais sans espoir d’être ensuite « blanchie » comme son aînée sur deux roues…

Muffat, Agnel, et même Lacourt, nagent dans l’incognito…

Alors pourquoi tant d’incognito pour Muffat, Agnel  et même Camille Lacourt, pourtant plus rapide dossiste de la planète (ou pas loin) et allure et discours de gendre idéal ? Les raisons ne manquent pas, j’y viens et reviens sans cesse sur ce blog. L’espace médiatique est pris, dévoré, depuis des années par le football et à moindre échelle par le cyclisme, à vrai dire presque seulement représenté par le Tour de France. A tort ou à raison. Mais les lignes (d’eau…) bougent, peu à peu. Le rugby, par exemple, a gratté une belle partie de son retard sur le sacro-saint ballon rond, le handball est en train de le faire, l’athlétisme aussi. Et la natation devrait ne pas être en reste si Mademoiselle (pardon, Madame, puisque le qualificatif semble désormais effrayer on ne sait qui) Muffat et Messieurs Agnel et Lacourt, ou d’autres, ont la bonne idée de monter sur la plus haute marche à Londres… Car, naturellement, en sport comme ailleurs, on n’existe qu’en gagnant…

Pellegrini et Lacourt éclipsent Muffat et Stravius

On les observe, on les guette, on les admire, on en parle, on les jalouse, on les fait, on les défait, on les paie, on les entoure… Silvio Berlusconi, qui n’a pas toujours pratiqué un  langage de vérité, avait un jour donné une définition très juste de ce qu’il pensait être une star, dans le domaine du sport s’entend. Sur Ruud Gullit, son attaquant du Milan AC, il disait : « Quoi qu’il fasse sur un terrain, les spectateurs ne voient que lui. C’est pour cela que je l’ai engagé… »

A Shangai, après quatre jours de compétition aux Mondiaux de natation, les stars se voient. Bien. Trop bien peut-être pour certains de leurs collègues qu’on regarde souvent avec une sorte de commisération. Car en plus d’être des champions ou championnes du chronomètre, les super-nageurs attirent, aimantent invariablement caméras, micros et stylos. Et il ne reste aux autres que quelques miettes de célébrité.

Stravius premier « deuxième » champion du monde français de natation !

Jérémy Stravius, sacré hier premier champion du monde français en grand bassin de l’histoire, a tout fait, vraiment tout, pour gravir la marche la plus fantastique pour un sportif, la marche médiatique. Oui, champion du monde du 100 m dos ! L’exploit aurait du le propulser dans l’instant, comme Laure Manaudou après son titre olympique du 400 m, au firmament des gloires nationales. Mais non. Poseidon et Neptune n’étaient pas d’humeur mardi ! Le duo de divinités a fait toucher le mur d’arrivée dans le même centième à un autre de leurs protégés, Camille Lacourt, dernier dieu en date des éléments liquides, de l’encre de presse notamment.

Le grand, beau et riche Lacourt est donc aussi et, sans doute, « surtout », champion du monde. Lacourt est cité en premier dans tous les titres électroniques ou papier relatant le double exploit : « Lacourt et Stravius ceci, Lacourt et Stravius cela, Lacourt et… » Dans quelque temps, le Picard apprendra peut-être d’ailleurs qu’il avait touché le premier, au millième de seconde près… Mais le chronométrage s’arrête en natation au centième depuis plusieurs années. C’est comme ça, Stravius demeurera probablement comme le « deuxième » premier champion du monde français… Star, c’est un métier…

Muffat en a ras le maillot de Manaudou et Pellegrini

Pour Camille Muffat, déjà double médaillée de bronze à Shangai, la croisière est encore bien moins amusante. La « Calimero » de la natation française fait constamment la tronche. Circonstance atténuante de son humeur maussade, les questions posées par la presse à cette formidable athlète, championne du monde et d’Europe en petit bassin, tournent invariablement autour de ses collègues, plus célèbres, plus glamour, plus fiancées, plus tout… Il y a trois semaines, la moutarde lui est même montée au nez « Arrêtez avec Manaudou, moi c’est moi… ! » Ce coup-ci, c’est une autre diva, Federica Pellegrini, qu’on lui sert à toutes ses sorties de bassin en Chine : « Que pensez-vous de Federica, de son entraîneur Philippe Lucas… ? » D’autant que l’Italienne, qui buvait la tasse depuis des mois, marche au moteur de hors-bord Riva depuis quarante-huit heures. Deux médailles d’or et deux raisons de plus de coller le moral de la Française dans ses tongs… Nelson Montfort, le psychologue, enfonce le clou à l’issue de la finale du 200 m : « Cette fois, vous devez être heureuse de votre 3e place, Camille… ? »  Ben non, Nelson, l’amie Camille n’est pas la vôtre : « Non, je suis déçue, lui lance-t-elle », plus susceptible que jamais.

Avec ses deux breloques planétaires, Muffat fait encore moins la une en Chine que… la fiancée de Michael Phelps, Nicole Johnson, ancienne Miss Californie mais visiblement toute récente amie des arts plastiques… Ah, mademoiselle Muffat, c’est vraiment trop injuste…