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Mormeck-Klitschko, ou l’art de moins en moins noble de la boxe !

Ce n’est sans doute pas un hasard. Plus aucune chaîne en France ne veut de la boxe, du moins sans en payer un prix raisonnable, nous dirons même déraisonnable dans le mauvais sens du terme. Ce samedi, Jean-Marc Mormeck visait pourtant le titre de champion du monde des lourds face à Vladimir Klitschko, un exploit inédit en cent cinquante ans de noble art dans l’hexagone…

Mais personne du côté de nos médias, hormis la virtuelle défunte Orange Sport, n’en a voulu. Comme si cet exploit n’était possible que dans un autre monde. Celui de Mormeck précisément, à peu près seul à en rêver depuis six mois. Et encore. Ses paroles enregistrées sur le grand écran de la gigantesque Arena couverte de Dusseldorf, juste avant le combat, avaient sonné faux, tellement faux ! Le quadragénaire y croyait sans doute autant que Jean-Paul Belmondo ou Jean Reno, présents au bord du ring, et dont les visages trahissaient l’angoisse du condamné dans sa cellule au petit matin…

Mormeck a été exécuté par l’Ukrainien. Une terrifiante démolition en à peine quatre rounds. Le Français n’a pas esquissé le moindre coup de poing avant d’être cueilli sans effort aucun par un adversaire dont la supériorité manifeste n’avait nul besoin d’une telle facilité. De miracle, il n’y en a donc pas eu. Et les deux protagonistes, comme la boxe (surtout française, je veux dire celle de France, ou en France), n’y ont rien gagné, sauf quelque menue monnaie, heureusement pour eux, mais malheureusement… Non, pas de miracle. Il n’y en a qu’un ou deux par siècle d’ailleurs dans ce genre d’opposition, comme quand des phénomènes du genre de Muhammad Ali ou Leonard terrassent des monstres (Foreman et Hagler) grâce à leur génie ou à leur vitalité surhumaine.

Pour Mormeck, le défi se ramenait au franchissement de l’Everest sans oxygène…

Mormeck a cru, on lui a fait croire, qu’il pourrait vaincre Klitschko. C’était beau mais en même temps un tombereau d’illusion (s). Sans faire le moins du monde injure à ce merveilleux champion, le défi se ramenait à un franchissement de l’Everest par un tuberculeux et sans masque à oxygène. Pas un spécialiste ni même boxeur, à l’étranger ou en France, y compris les plus optimistes ne donnaient Mormeck possible vainqueur… Trop petit, trop âgé, trop léger. Ils se bornaient tous, nos pugilistes (Vastine, Hazouz, Frénois, Mezacje, Lalaoui, Monshipour), à espérer… un miracle, un retournement du ciel en faveur du plus faible, du trop faible. Et tous ces espoirs en un seul homme pour redonner à la boxe en France ses lettres de noblesse, évanouies depuis en réalité Marcel Cerdan. Loin, très loin, trop loin !

Depuis que le noble art existe, le combat de trop fait « recette ». Celui-ci en est un supplémentaire. Et ce sport n’en a évidemment chez nous pas besoin, tant il manque depuis des années de têtes d’affiche, de mannes financières, de relais médiatiques. Comme l’on dirait dans les gazettes, ce combat n’a pas fait bonne publicité à la boxe. Il l’a plutôt enfoncé, affligé davantage. Mes commentaires sur twitter ont parfois déplu pendant le combat. Je ne raillais pas le courage de Mormeck, mais bien l’incroyable décalage, si visuel et si prévisible (voir plus haut), l’entre les deux combattants. Oui, mauvaise publicité. Pour un art dont il faudra des décennies pour qu’il redevienne un jour noble, en France.

Les sportifs sont-ils intelligents ?

Avez-vous déjà entendu un footballeur parler de littérature, un athlète aborder l’art abstrait ou un rugbyman reconnaître son goût pour les expositions de peinture ?

Mais quel rapport, m’objecterez-vous, avec ma question initiale ? Pas évident, suis-je tenté de répondre, tant il est vrai qu’un intellectuel ne présente pas forcément toutes les garanties de l’intelligence au sens ou l’entendait Montaigne, c’est à dire cette vertu du scepticisme positif qui doit rendre l’homme plus sage.

Et ceci dit, je devrais me taire en considérant que je me lance sur une voie bien délicate… Vous voyez le topo, affirmer que ce boxeur britannique, Dereck Chisora, auteur à lui-seul en vingt-quatre heures de trois âneries plus volumineuses encore que lui, est un imbécile fini… La tentation est quand même grande ! Rendez-vous compte, une gifle à son adversaire, Vitali Klitschko – avant le combat -, un crachat au frère de ce dernier et enfin – après le combat cette fois – une bagarre provoquée avec un autre et ancien boxeur (David Haye) parce que celui-ci avait eu l’affront de le critiquer… Donc, ce pauvre Chisora n’est certainement pas un futur Prix Nobel. Le débat n’avance pas franchement…

Correa, Pablo de son prénom…

Aujourd’hui, je lis dans L’Equipe l’interview de Pablo Correa, l’entraîneur d’Evian, et j’en retire une sensation inverse, agréable, rafraichissante. Cet homme, au travers de quelques phrases (l’interview est courte), me réjouit par sa philosophie, si j’ose exprimer ainsi des paroles de technicien du ballon rond… L’ex-coach de Nancy, réputé (quel terme atroce) théoricien du catenaccio, prône désormais les vertus du jeu d’attaque ! Tout simplement car, dit-il, « on (lui-même) évolue et parce que la situation n’est pas la même (à Evian)« …

Ah, le beau discours. Correa a visiblement réfléchi sur ses méthodes, sur son action, sur son nouvel environnement. Il a fait en somme jouer tous les paramètres pour mieux les faire concourir. Et tant pis si ça ne marche pas : « Je ne cherchais pas la progression, avoue-t-il. Je cherchais une nouvelle expérience« … Montaigne… Là, il me semble que l’on avance sérieusement par rapport au cas précédent ! Je veux dire que je crois être certain de savoir à qui va ma préférence quant à l’utilisation du quotient d’intellect ! Merci Pablo, pas P. mais C., et cela suffit à mon bonheur.

Je ne résoudrai malheureusement pas plus qu’un autre le problème posé en titre de ce billet de façon bien sûr provocante. Je raille suffisamment les propos des sportifs pour ne pas en rajouter, comme on en rajoute au sujet des politiques surtout en cette période d’élections. Mais, puisque vous l’attendez, je me lance. Oui, les sportifs ont un cerveau. Non, il ne s’en servent, généralement, pas bien… Ouf ! Je le dis, mais je ne dis rien…