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Boghossian, ennemi de Coubertin

Il fut un temps, plutôt pénible puisque long d’un siècle environ, où le sport se pratiquait derrière un rideau de fer. Celui, sans mur ni barbelés mais tout aussi hermétique, de l’argent. C’était le temps de l’amateurisme et du sport « pur » que le baron Pierre de Coubertin avait à lui seul incarné dans une entreprise d’une audace inouïe, la rénovation des Jeux Olympiques de l’Antiquité. Le socle du projet tenait en un seul mot, amateurisme. Comprenez : l’activité physique, si spectaculaire ou populaire soit-elle ne peut mériter aucune autre contrepartie que contentement du corps, prestige, voire gloire d’individu ou d’équipe.

C’était le temps où la récompense de l’effort ne pouvait, ne devait, se limiter qu’à des médailles, l’équivalent des lauriers d’Olympie. Coubertin l’avait gravé dans le marbre de la Charte Olympique, une table de la loi parfaitement immuable qui fixait le sport comme une occupation ludique, pas un métier. Le monde entier s’était aligné. Pour cent ans. Les rares contrevenants, l’athlète américain Jim Thorpe le premier, suivi à travers plusieurs générations par quelques autres mauvais élèves, avaient payé très cher leur désobéissance au dogme universel. Tous coupables d’avoir sous le manteau fait rémunérer leurs exploits sur les stades, souvent pour quelques misérables liasses de billets (60 dollars pour Thorpe !), on les avait punis pour l’exemple. Paavo Nurmi, Jean-Bouin, Suzanne Lenglen ou Guy Drut s’étaient vus couper leurs ailes en plein vol.

Comble du comble, l’argentier le plus hypocrite de l’histoire, Juan-Antonio Samaranch, lointain successeur de Coubertin à la tête du CIO, avait soudainement prononcé au début des années 1980 la fin d’un monde et décrété le commencement d’un autre, le professionnalisme. Plus de cadeaux en catimini. Monnaie officialisée, contrats en or, marketing, télés, sports bankable.

Les dribbles aventureux  de Boghossian et Cie en Tchétchénie…

En 2011, trente ans après JAS, le champion du monde 1998, Alain Boghossian, et quelques autres figures notoires du football mondial comme Diego Maradona, Jean-Pierre Papin ou Fabien Barthez, ont fait la semaine dernière un retour aussi troublant que tonitruant vers le passé. A Grozny, ils ont sur un terrain de football étalé leur gloire, leur image dit-on aujourd’hui, en oubliant que leur époque a changé, radicalement. Au point, qui fait littéralement tourner la tête, que les sportifs ne peuvent surtout plus se produire sans en retirer très officiellement beaucoup d’argent, mais que dans le cas contraire le fait leur est reproché…

Boghossian et sa bande ont non seulement fait les marioles en territoire plus que douteux, celui du président oligarque et présumé criminel tchètchène Ramzan Kadyrov, mais ils se sont cru obligés de faire croire qu’ils se produisaient en bons samaritains, pour la bonne cause… Et se sont vus offrir à la fin de leur pseudo-match, sous l’œil discret mais inquisiteur des caméras de Canal + notamment, des montres en or ou serties de diamant qu’ils ont fait mine d’accepter comme de simples breloques ! Duperie ubuesque, chacun – donateur ou récipiendaire – sachant naturellement de quoi il retournait, c’est à dire une rémunération (pas la seule) sonnante et trébuchante en service commandé, en l’occurrence et par-dessus le marché, d’une propagande éhontée…

Il fallait pour ces Pieds Nickelés réfléchir avant d’agir, une gageure, ou prendre conseil chez les grands anciens… Les Audemar-Piguet ou Cartier ont tourné et changé de mains dans les vestiaires du rugby amateur des dizaines d’années durant avant l’ère du professionnalisme. Il est vrai que les caméras se baladaient alors moins du côté des douches et que les langues se clouaient sur les palais. Sérieusement, l’heure n’est plus à l’amateurisme…