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Une statue pour nos Karabatic !

Aux grands hommes, la patrie doit être reconnaissante. Ce qu’ont fait nos Bleus du handball en remportant un quatrième titre mondial après un titre olympique et deux continentaux est tout simplement unique dans l’histoire du sport français. Qu’on leur érige à tous une statue…

Plus de doute, il faut leur rendre la monnaie. Car ces gars-là ne sont pas des héros, ce serait un peu gros de leur affubler ce statut que les morts de nos guerres se doivent de garder. Mais les Karabatic, Omeyer, Fernandez, Guigou, Gille et cie sont entrés ce dimanche à Malmöe dans la vraie légende du sport tricolore.

Les Experts, vrais fabricants français de bonheur et d’allégresse !

Au moins autant que la bande à Jacquet de 1998, celle de Claude Onesta est une authentique fabrique nationale de bonheur et d’allégresse. Les Experts n’ont jamais autant justifié leur surnom. La fin de match face au Danemark en finale a dépassé en suspense et en intensité tout ce dont ces artistes nous avaient déjà gavé depuis quinze ans ! C’est tout dire. Rattrapés à deux secondes de la fin du temps réglementaire, ils n’ont pas sourcillé, pas baissé la tête. Au contraire, ils ont puisé dans ce caprice du destin un regain de rage et d’énergie. Et ont repris l’avantage dès l’entame de la prolongation alors qu’ils étaient en infériorité numérique. Et tout ça, comme toujours, comme si ce destin n’était pas capable de les renverser, grâce à leur état d’esprit. Incomparable.

Mais ce qui est le plus inouï dans cette aventure, la plus belle et la plus longue du sport hexagonal, c’est que les petits jeunes, Barachet, Accambray ou Sorhaindo, sont venus s’incruster avec une vaillance et une audace incroyable dans ce groupe de vieux guerriers jamais rassasiés. Ah ! Karabatic et son bras d’or qui a tenu la baraque de l’attaque au moment décisif de la finale, ah ! Omeyer et son arrêt en platine irrigué à une minute de la fin de la prolongation, ah ! Fernandez et ses deux buts de Titan en seconde partie de la prolongation, ah ! Bertrand Gille…Il est temps, vraiment temps que justice soit rendue à ces entonneurs éternels de Marseillaises. Une statue pour tous. Non, merde, un obélisque…

Handball, parent pauvre du sport français

On les surnomme les Experts. Pour leur art consommé de la victoire impitoyable, infaillible. Depuis sa campagne olympique victorieuse à Pékin, notre équipe de France de handball a marqué son époque, voire l’histoire de sa discipline et du sport français tout entier, si elle confirmait ces jours prochains sa mainmise en remportant un quatrième titre mondial.

Mais en France, le handball n’est pas le foot, ni le rugby ou même le basket. Son déficit de popularité et d’image est encore énorme, notamment par rapport au premier nommé. Ces jours-ci, la différence est apparue plus criante que jamais, et surtout injuste. Nos Bleus ne sont ni plus ni moins que la plus formidable sélection de sport collectif française de tous les temps. C’est incontestable, avec dans leur armoire à trophées, en ne comptant que les plus glorieux, quatre titres mondiaux, deux titres européens et une médaille d’or olympique, le tout en en peu plus de quinze ans. Inégalable dans l’hexagone. Et par dessus le marché, elle est extraordinairement spectaculaire, possédant dans ses rangs des artistes incomparables qui vont jusqu’à susciter l’admiration de leurs plus ardents adversaires.Et pourtant, et pourtant. Les Karabatic, Omeyer, Abalo, Narcisse ou Fernandez, sont des inconnus ou presque du très grand public. Et quasiment des grands sponsors du sport. Preuve la plus évidente de ce désintérêt injuste en diable, les unes des médias et des journaux depuis le début du Mondial en Suède ont bien du mal à se focaliser sur la bande à Onesta. Sans parler des grand-messes du 20h, totalement aphones, L’Equipe a fait son gros titre sur elle la veille de l’inauguration de l’épreuve et lui a consacré une semi-une le lendemain avant son premier match. Depuis, uniquement des petits titres ou photos en première page. Et quatre unes sur Lille, la fabuleuse formation de L1 de football ! Pendant que nos Bleus marchaient sur l’eau pour atteindre avec leur maestria habituelle les deml-finales de la compétition.

Trois cent mille euros pour une finale mondiale…

Plus incroyable, la télévision ignore ou presque les performances de nos phénomènes de la petite balle ronde. Les trois grandes chaînes nationales (TF1, France Télévisions et M6) ne retransmettent jamais (hors Jeux olympiques) de rencontres de l’équipe de France. Ou lorsqu’elles en sont contraintes ou forcées, c’est à dire quand il y a une finale mondiale ou européenne en jeu et que la loi – oui, vous avez bien lu, la loi – les y oblige ! Exactement comme si les Bleus du foot avaient dû attendre le France-Espagne de l’Euro 1984 ou le France-Brésil du Mondial 1998 pour connaître les joies d’être vus par les téléspectateurs !Cette année, c’est Canal +, presque comme d’habitude, qui suit les Bleus au Championnat du monde. Et qui se gargarise, autosatisfaction oblige, des chiffres d’audience (670 000 téléspectateurs de moyenne par match) qui feraient sourire, ou plutôt pleurer, en foot ou en rugby ! Et donc, nos « grandes chaînes » toujours aussi méprisantes, sortent du bois au moment où le loup (audience trop faible) n’y est plus… Et avec un zeste risible d’hypocrisie, France Télé par la voix de son patron des sports, Daniel Bilalian, se dit « intéressée » par la finale, autrement dit par le rachat des droits pour l’ultime match, en présence bien entendu de la France. Tiens, dites un prix pour voir… Cinq millions d’euros ? Non. Deux ? Non. Un million ? Toujours pas. La bonne réponse est… Trois cent mille euros ! Soit environ la moitié du coût… d’une étape du Tour de France ! Pauvre handball… Mais il faudrait peut-être dire aussi, pauvres directeurs des programmes…

Car il faut tout de même avoir la vue bien basse pour ne pas constater la valeur des anciens Barjots, puis Costauds, et désormais Experts. Tous les pays étrangers amateurs de handball se les arrachent depuis plus d’une décennie, l’Allemagne et l’Espagne en tête, où ils font les beaux jours de Kiel, Hambourg ou Barcelone. Avec des hauteurs de salaires que seuls, en France, Montpellier ou Chambéry peuvent encore prétendre suivre. S’il existait une dernière mesure de l’estimation des Experts, ce serait celle de leur entraîneur, Claude Onesta. Laurent Blanc, celui des Bleus du foot, n’a-t-il pas porté aux nues ce technicien hors pair et à la fois modeste, puisque sachant reconnaître ses fautes (comme après le match nul concédé en fin de match face à l’Espagne) alors qu’il trône sur le toit de son sport. Une vertu rarissime chez les patrons d’équipe nationale…

Mais qu’est-ce qui pourrait changer la donne et, ne serait-ce qu’un tantinet, faire bouger les billes ? Eh bien, essayer. Seulement une fois. De montrer dans nos petites lucarnes une grande équipe de France…