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Bolt, produit courant

Il est toujours souriant, détendu, cool… Usain Bolt n’a pas dérogé à son habitude ce 14 juillet où il était l’invité du journal de David Pujadas avant de fouler vendredi la piste du Stade de France. Le roi du sprint mondial n’avait d’ailleurs aucune raison de se stresser, le présentateur du 20 h lui ayant fourni l’occasion, quarante-huit heures après une interview à l’Elysée pas franchement incisive, d’un entretien parfaitement décontracté et à l’intérêt informatif frisant le record du monde de la nullité.

Information capitale : Bolt aime les nuggets de poulet…

Nous avons donc appris durant ces dix minutes historiques que la flèche jamaïquaine aimait les nuggets de poulet, qu’il se levait tard le matin, qu’il aimait la musique, qu’il ne considérait pas que les hommes noirs étaient plus rapides que les blancs, et deux ou trois autres confidences fondamentales du même tonneau. Rien d’autre. Ah si, mais cela ne pouvait être dit puisqu’il suffisait de le voir, le champion olympique arborait un superbe polo blanc floqué d’un logo noir ressemblant étrangement à celui d’une marque d’équipements sportifs mondialement connue. Je ne pourrais le jurer bien sûr, mais j’ai cru déceler dans ce logo si peu discret comme une sorte de hasard miraculeux…

David Pujadas est un garçon forcément curieux, son métier exigeant de posséder cette vertu incontournable. J’ai eu pourtant l’impression qu’il s’était exonéré des questions qui fâchaient. Comme celle portant sur l’actualité brûlante du champion olympique qui venait de menacer les organisateurs du prochain meeting de Londres en leur indiquant qu’il ne pourrait les honorer de leur présence. De trop lourdes taxes frappant les gains de sportifs étrangers sur le sol du Royaume-Uni. Le ministère des sports britannique, pas fou au point de priver les Anglais de la présence du phénomène deux avant les Jeux, étudiait ces dernières heures le moyen de faire une petite exception en sa faveur…

Un jour de fête, c’est un jour sans sujet qui fâche !

En y réfléchissant – pas excessivement longtemps – je pense que le Usain n’était peut-être pas venu tout seul dans les locaux de France 2. Qu’il était possible que cet entretien ait pu être au préalable orienté. Et que des amis, désintéressés, de l’homme-éclair, aient pu intervenir de façon à ce que les thèmes abordés ne viennent pas étioler le grand sourire de la star. Donc, pas de questions non plus sur la véritable santé du recordman du monde dont on sait que le talon d’Achille est… le tendon d’Achille. Ni sur ses gains considérables, les plus faramineux de l’histoire de l’athlétisme, Bolt engrangeant de six à huit millions de dollars par an depuis ses exploits de Pékin et passant beaucoup plus de son temps à parcourir le monde pour inaugurer les boutiques de ses partenaires que sur les pistes. Ni, mais il ne faut pas demander l’impossible, sur le tout récent contrôle positif de la dernière championne olympique du 100 m Shelly Ann-Fraser… Le dopage est évidemment un sujet sans intérêt. Le risque aurait été trop grand de gâcher la grand-messe du 20 h le jour de la fête nationale…

Christophe Lemaitre, en noir et blanc

En 2010. Nous sommes en 2010. Barack Obama est président des États-Unis. Nelson Mandela l’a été en Afrique du Sud.Usain Bolt est recordman du monde du 100 mètres et du 200 mètres. Il a succédé à Asafa Powell, Justin Gatlin, Tim Montgomery, et plus loin encore à Carl Lewis, Jim Hines…Christophe Lemaitre vient de courir le quart de piste en 10″03. C’est écrit, le jeune Français va descendre prochainement sous la barre des dix secondes. C’est une question de jours, de semaines tout au plus, tant le jeune homme de dix-neuf ans est pétri de talent. Mais en plus de courir vite, il court bien. Cela crève les yeux, Lemaitre a parfaitement assimilé le travail nécessaire à un élève doué mais devant absolument intégrer tous les paramètres d’une course aussi technique que le 100 m. Grâce à ce gros travail, très obscur mais indispensable, il jaillit désormais relativement vite des starting-blocks, puis met très rapidement ses grandes bielles (1,89 m) en carburation optimale. Ses performances sur 60 m cet hiver sont la preuve qu’il a franchi un nouveau cap en terme de mise en action. Et comme son accélération n’a pas encore trouvé de limites, la perspective de le voir réaliser des temps canon  sur la distance reine se rapproche à grands pas… Pas de secret, don et travail conduisent fatalement aux plus beaux exploits.Christophe Lemaitre n’est pas noir. Vous me voyez venir? Parce que la première observation qui vient à l’esprit des commentateurs, c’est que Lemaître pourrait être le premier sprinter de l’histoire… blanc, à courir le 100 m en moins de dix secondes. Nous sommes en 2010. Blanc ou noir. Noir ou blanc. Franchement, je m’en fous. Complètement.Il y a un peu plus d’un quart de siècle, en 1968 aux JO de Mexico, le monde entier avait appris que « la première finale olympique était 100% noire« . Quelle information ! Les blancs couraient donc soudainement moins vite que les noirs. Très instructif. Quelle avancée ! L’anecdote semblait assez intéressante pour faire la une des journaux.L’information parait cinquante ans plus tard toujours aussi passionnante, et cette fois avant même qu’elle se produise. Je me demande pourquoi. Pour se planquer de cet événement, les médias feront d’abord des choux gras du fait que pour la première fois un athlète européen crèvera le mur des dix secondes. Mais ce sera bien le fait qu’il ne soit pas de couleur qui fera l’événement.Et en 3010, un blanc ou un noir passera en-dessous des cinq secondes au 100 m. J’aurais bien aimé vivre mille ans pour voir ça…