Les concurrents du marathon viennent de prendre le départ au stade de Colombes.

Paris 1924, les débuts du sport spectacle

C’était hier. Avant-hier même. Les Jeux Olympiques modernes avaient trente ans mais étaient loin d’être majeurs. Paris allait leur offrir une véritable naissance, ou plutôt une renaissance.

Les sept éditions précédentes de l’olympisme, version Coubertin,  s’étaient plus ou moins embourbées. Trop novateur le baron ! En étendard, ses idées iconoclastes sur le muscle et le sport – l’avenir selon lui de la jeunesse du monde – effrayaient les réactionnaires.

Le fondateur des JO modernes garde un souvenir épouvantable de leur premier passage dans la capitale française en 1900 pendant l’Exposition universelle. Une « foire ». Coubertin aurait même préféré Lyon pour 1924. Mais il n’est plus le seul maître à bord du vaisseau olympique comme il l’a été pendant quasiment trois décennies.

Et Paris, sa ville natale, va accueillir presque à contrecœur pour lui la fleur athlétique de la planète. Les événements vont paradoxalement jouer en faveur des Jeux, qui pour la première fois créent un choc vraiment universel. A la vitesse du temps de l’époque. C’est à dire pour nous, homo numericus, à un rythme d’escargot.

Pour la première fois, les journalistes (700) du monde entier suivent les compétitions. La photographie est mise à l’honneur. Le CIO y veille lui-même. On soigne enfin l’image des Jeux. Et les sportifs sont le plus souvent à la hauteur.

Nurmi, Ritola, Weissmuller et bien d’autres entrent dans la légende. Par leurs exploits mais aussi et surtout par l’écho formidable, magnifié, qu’en reproduisent les journaux, le cinéma qui en mémorise les gestes et la radio qui réalise là ses premiers reportages en direct.

Le_Miroir_des_sports 12 juillet 1924 Finale 200 m

Le sport ne va plus seulement amuser, il va passionner. Charles Pierre Fredy de Coubertin, l’aristocrate anglophile, insiste depuis toujours sur le couplage de l’art et du sport. Il fera tout pour mêler les concours d’art (littérature, architecture, sculpture, musique) au spectacle du stade. Sans réussite d’ailleurs mais, comme d’habitude avec lui, avec des conséquences à long terme. Si des artistes chantent ou peignent le sport, c’est qu’il appartient de nouveau à la société, au monde, comme il appartenait à l’hellénisme.

A Paris, sous l’ère du nouveau bon président Doumergue, les prémisses d’un autre théâtre, celui du geste sportif se font jour. Certes, la foule remplit rarement le stade de Colombes, trop loin sans doute du cœur de la capitale. Mais la piscine des Tourelles, dans le 20e arrondissement, fait le plein en permanence durant une semaine entière.

On fait beaucoup, et comme on peut, pour les spectateurs qu’on transporte par tramway, et qu’on informe en temps réel, enfin, avec un nouveau système de sonorisation et un affichage électronique du dernier cri.

Malgré tous les défauts de leur adolescence, les Jeux de Paris s’impriment dans les colonnes, les films et surtout l’imaginaire collectif. On retient les records et surtout les images, la légende. Johnny Weissmuller et son allure inimitable de dauphin aux bras moulinant, surplombant l’eau, impressionne le monde.

Johnny Weissmuller crawl

Au point que l’immigré autrichien sans papiers devenu américain, se fera happer par Hollywood pour une seconde carrière dans le rôle de Tarzan.

Coubertin, en tant que président du CIO, ne survivra pas après 1924 à ces Jeux Olympiques qui commencent d’une certaine manière à le dépasser. Une incongruité tant l’avant-gardisme du Français fut puissant. On a peine à croire qu’il éprouvait une aversion au spectacle du sport, considérant que les Jeux devaient être avant tout ceux des sportifs. On connaît mieux sa détestation des femmes en action. Ou, c’est le moins qu’on puisse dire, son manque de vision, sur le régime nazi qu’il poussera avant de mourir à organiser les Jeux de Berlin…

Les successeurs du baron ne manqueront pas d’exploiter le filon olympique. Avec un sens bien davantage aigu de la rentabilité. Et quoi qu’on en dise une mesure assez juste du spectacle sportif. Sur ce plan, tout, ou presque, est né sur les bords de la Seine en 1924. Neymar, Curry ou Bolt seraient inspirés de temps à autre de se recueillir à Lausanne sur la tombe du rénovateur des courses et lancers de l’Antiquité.

Publicités

Helen Wills, une glaciale et invincible Américaine à Paris en 1924

Miroir Sports 23 juillet 1924 victoire Helen Wills
Le style d’Helen Wills disséqué dans le Miroir des Sports

 

Surnommée « Poker Face » : jamais un sourire même après la victoire, jamais de démonstration d’émotion, tout simplement dira-t-elle parce que « je n’ai pas d’émotion » !

Le tournoi féminin de tennis des Jeux de Paris en 1924 est avant son début orphelin de Suzanne Lenglen, la diva du jeu et championne olympique en titre qui, malade, a déclaré forfait. La personnalité et le talent de Suzanne écrasent alors son sport tout entier. Son aura fait de l’ombre à tous, y compris aux hommes comme au légendaire Bill Tilden qui la déteste.

Le journal « Le Matin » du 17 juillet 1924

Helen Wills, la jeune Californienne de dix-huit ans contraste singulièrement avec la Française à l’expression gestuelle permanente. On surnomme Helen Poker Face. Jamais un sourire même après la victoire, jamais de dialogue avec ses adversaires, jamais de démonstration d’émotion, tout simplement dira-t-elle parce que « je n’ai pas d’émotion » !

Helen se nourrit entre les matches de « l’atmosphère de Paris » qui lui laissera un « souvenir absolu de perfection et de bien-être« 

Elle dédaigne les photographes qui se verront chassés du court lors de ses matches au motif qu’ils la déconcentraient. En réalité, l’Américaine, vainqueur en finale de la Française Didie Vlasto, avouera plus tard s’être émue d’autre chose que de ses opposantes dans un tournoi qu’elle enlève, avec celui du double dames, avec une facilité déconcertante. L’étudiante en arts à Berkeley se nourrit entre les matches des charmes de la capitale française, de « l’atmosphère de Paris« , qu’elle découvre et visite avec sa mère, avec tant de passion qu’elle attrape en marche le train de retour de sa délégation.

Soixante ans après son triomphe, celle qui, devenue Helen Wills-Moody par son mariage et aux yeux de beaucoup la plus grande championne américaine de tennis du XXe siècle, avouera avant de disparaître en 1998, que Paris lui avait laissé un « souvenir absolu de perfection et de bien-être« . Ce qui n’avait pas été le cas du site olympique de tennis, dont Hazel Wightman, entraîneur et amie de la championne, n’avait pas hésité à dire « qu’on ne pouvait pas avoir choisi un endroit plus laid« .

Le court avait été construit au milieu d’un champ de la grande banlieue parisienne, attenant au tout neuf stade olympique de Colombes, érigé dans la précipitation sur les terrains du Racing Club de France, et après bien des hésitations de la ville de Paris, soucieuse de ne pas ébranler ses frêles finances.

Le tennis sera rayé des sports olympiques après Paris – le professionnalisme s’ingérant trop au goût du CIO – et fera, officiellement, son retour en… 1988.

Après son triomphe à Paris, Wills va devenir après Lenglen la deuxième star absolue du tennis féminin

Helen, se coiffant d’une casquette-visière qui fera beaucoup pour sa légende, et avec son grand coup droit et un service qui pour la première fois chez les femmes fait des ravages, va vite devenir la deuxième star absolue du tennis féminin. Les faiseurs d’événements, journaux et organisateurs en tous genres, ne s’y trompent pas. Et, à grands coups de trompettes médiatiques et financières, elles se font face en 1926, à Cannes, lors du premier « match du siècle », que la Française emporte au bout de l’épuisement et du suspense devant le plus grand parterre de têtes couronnées de l’histoire du sport.

En 1924 c’était pareil !

Rien de neuf. Les jeux Olympiques fascinaient déjà nos hommes de presse il y a cent ans, nos medias dit-on aujourd’hui. Mais aussi les hommes politiques.

Le 20 octobre 1920, dans le Miroir des Sports, l’un des journaux de l’époque faisant autorité, à l’image de notre Equipe, l’auteur de l’article, Gaston Vidal le député de l’Allier et accessoirement président de la puissante organisation de l’USFSA – grand ordonnateur du sport français -, invoquait des arguments que l’on retrouve quasiment mot à mot dans les plaquettes de la candidature de Paris 2024 :

[…] elle (La France) les demande aussi parce qu’elle est sûre de pouvoir les organiser aussi bien, sinon mieux que toute autre nation, et que, nulle part ailleurs, ils n’auront un aussi grand retentissement qu’à Paris. Car la France est toujours la France et il n’y a qu’un Paris dans le monde. […].

Gaston Vidal y allait même presque plus fort que Chirac, Sarkozy, Hollande, Delanoë et Hidalgo réunis :

[…] Ceci prouve combien la clientèle sportive est devenue extraordinairement dense, et c’est pourquoi, pour le Stade qui doit servir de cadre à un spectacle aussi exceptionnel que les Jeux olympiques, il faut voir grand, très grand, beaucoup plus grand que tout ce qui a été fait jusqu’à présent, même à Stockholm et à Berlin. Il faut un Stade qui puisse contenir cent mille personnes. Et il faut ce Stade sinon au centre même de Paris — Glarner a parlé du Champ de Mars, de l’hôtel Biron — du moins immédiatement aux portes même de la capitale et à un endroit où aboutissent de nombreux moyens de communication. […]

Et Vidal de conclure :

« Nos édiles sont à présent suffisamment avertis de l’importance prise dans la vie publique par l’activité sportive, pour se rendre compte du bénéfice moral et matériel énorme que tirerait la capitale du choix de Paris comme siège de l’Olympiade de 1924. »

En 2017, rien de nouveau sous le soleil de l’olympisme, de la politique, de la rhétorique et de la communication.

 

 

En 2017, c’est quoi le sport ? (1)

Se fier à Platon pour répondre semble un peu fou. Mais se fier au toujours moderne Platon est toujours raisonnable. Dans la vaste caverne du sport aujourd’hui éclairée de si nombreux côtés, la lumière est parfois forte ou tamisée. Les réalités ou les illusions dépendent des points de vue.

Le sport est d’abord un mot. Et un mot est signifiant, et ô combien changeant, comme le disait l’incompréhensible mais indispensable Roland Barthes, le philosophe des mots. En cela, le sport de 2017 n’est évidemment déjà plus celui du début de notre siècle et encore moins celui de Coubertin ni bien sûr de l’Antiquité.

Que l’on questionne aujourd’hui qui l’on veut, le sport ne fait plus penser à son étymologie : desport (divertir) et desporter (s’ébattre), ces verbes du moyen-âge français – oui français – dont cinq lettres seront plus tard piquées par la perfide Albion, et voulant dire en quelque sorte se défouler du labeur infernal pour les populations rurales des temps anciens.

En 2017, le sport est entré en sociologie. Il n’est plus accessoire à l’homme. C’est une activité humaine, comme le travail, avec ses valeurs. Même si les philosophes chagrins ne le considèrent pas comme « essence », autrement dit, en langage intelligible, qui ne se suffirait pas à soi-même…

Tout ça est bien gentil. Mais si l’on interroge l’économiste du coin argenté de la caverne, le sport c’est du fric. Son poids est grand, énorme : 2% du PIB mondial généré, par le biais d’industries mondialisées ! Pindare, le poète grec des Jeux Olympiques, et Coubertin le poète français des Jeux de maintenant, s’en étrangleraient dans leurs vers et proses, tant leur sport était éloigné du nôtre.

En 2017, le sport est, comme partout, « en marche ». Des centaines de millions d’humains se sont d’ailleurs mis à la marche – la marche sportive -. Mus par les conseils de la communauté médicale et scientifique, convertie lentement depuis ses précurseurs « hygiénistes » aux bienfaits de l’effort sur le corps. Ces savants poussent parfois presque au crime…

A suivre…

Monaco tendance !

Les Monégasques ont chaque jour davantage tout pour plaire. A leur casino, leur douceur balnéaire, leur très chic Grand Prix en ville, leurs princes et princesses, leur incomparable (inexistante) fiscalité et leurs appartements ensoleillés avec vue sur port et yachts, il ajoutent désormais leur séduisante équipe de foot.

Paris en crèverait presque de rage. Avec un demi-milliard d’euros de budget, le PSG court cette saison après ces « pauvres » Monégasques, au budget trois fois moindre, mais qui le devancent en Championnat et qui ont su, eux, réussir des prouesses aux quatre coins de l’Europe.

Le Rocher devient tendance. Comme le stade Louis II auquel on finit par trouver des charmes insoupçonnés de chalet tranquille mais très efficace contre les avalanches sportives (Barcelone et autres plus menus désastres). La Tour Eiffel passerait presque pour un objet de décoration has been. De surcroît, les joueurs de la Principauté sont remarquables et sympatoches. Certains sont même – oui c’est incroyable – français !

Et on se demande maintenant si Dmitry Rybolovlev, le multi-milliardaire russe, ne joue pas tout seul plus habilement du football qu’un multi-milliardaire Etat du Golfe, pourtant désormais rompu à toutes sortes de joutes économiques, sportives et d’influences. La réponse est dans la question. Ce roi du potassium et de l’oligarchie Poutinienne a sans doute autant dépensé de roubles, de dollars et d’euros que ses rivaux moyen-orientaux mais il a su bien mieux tirer profit du contexte local.

Monaco file droit vers les demi-finales de la Ligue des Champions, emmené par un attaquant dont on n’avait pas admiré chez nous autant de qualités de vitesse et d’habileté réunies depuis des lustres. Le jeune Mbappé, 18 ans et très majeur talent, dribble moins mais aux meilleurs moments que Verratti et marque moins mais aux meilleurs moments que Cavani. Cette loi s’applique en gros à tous ses camarades.

Et un plus petit Prince que celui de l’Emirat se réjouit enfin qu’on ne le brocarde plus à propos d’un Etat où les footballeurs venaient depuis trois quarts de siècle toucher sans effort les plus rémunérateurs congés payés du monde.