Archives pour la catégorie Roland Garros 2012

Tsonga était pourtant bien barré contre Djokovic…

C’est très rageant. A en pleurer même. Et il a chialé à grosses larmes sur le Central de Roland-Garros, Jo-Wilfried Tsonga. Quatre balles de match, là, dans le creux de la raquette, contre le numéro 1 mondial, comme quatre occasions de réaliser un immense destin. Et quatre fois, cette balle qui l’a fui, que son adversaire lui a fait maudire parce que lui, Novak Djokovic, à ces instants précis et vitaux, l’a mieux caressée, mieux dompté et en a fait l’objet de son triomphe.

Il était pourtant bien « barré », Tsonga, dans ce quart de finale. Deux sets arrachés sur le Central de Roland-Garros à l’invincible Serbe. Et cette fin de quatrième set, à 5-4 d’abord à deux reprises, puis une fois encore deux jeux plus tard et toujours sur service adverse à 6-5 en faveur du Français… Oui, ce devait être la fin, une belle fin. Mais ce fut plutôt la fin de la faim pour Tsonga. Et le début de la faim pour Djokovic, une faim de loup pour celui dont l’appétit pour la gloire ne semble plus connaître de limite.

Un Kinder pour Tsonga, mais ça ne repart pas…

Bien barré, parce qu’en ces quatre moments décisifs, « Jo » aurait bien eu besoin d’une énergie supplémentaire, du glucose d’une barre chocolatée dont il est depuis un an le « comédien » principal d’une pub devenue culte. Une réclame digne des plus sublimes nanars du genre et où notre meilleur joueur français se révèle un acteur si désolant qu’il en a très vite sur tous les réseaux sociaux et sur les stades acquis une cote de sympathie extraordinaire.

Quant à Djokovic, il est le meilleur joueur du monde depuis que ses médecins ont décelé dans son organisme une intolérance à une… protéine, le gluten, et qu’il n’en ingurgite plus un gramme… Rien ne se perd, ou plus exactement rien ne se gagne, tout se transforme…

Gasquet le météorite du tennis

L’heure de magie offerte aux spectateurs du Suzanne Lenglen ce samedi, de la fin du 2e set à la fin du match, par Richard Gasquet contre Tommy Haas valait très cher. Beaucoup plus cher qu’une simple place. Une exhibition de tennis peut-être jamais vue sur le court Suzanne-Lenglen que la Fédération Française pourrait sans complexe rebaptiser, et rien que pour cette stupéfiante démonstration,  – au lieu de celui de la Reine Suzanne – du nom du Roi Richard…

J’ai souvent décrié Richard Gasquet. Cet éternel gamin n’a pas irrité que mon humble personne mais plusieurs générations de champions anciens et modernes. Des dons incomparables mais une impression générale de gâchis renforcée par des prestations le plus souvent inabouties allant jusqu’à l’écoeurement de voir tant de talent inexploité. Gasquet ne sera sans doute jamais numéro 1 mondial. Mais il l’a été durant une heure contre l’Allemand, enquillant une invraisemblable série de quatorze jeux d’affilée pour l’emporter, et en y joignant une somme de coups tous plus ahurissants les uns que les autres et chacun dignes des plus grands artistes de l’histoire du jeu.

La plus belle heure de Gasquet ?

Des coups droits à la Andre Agassi, des revers à la Henri Leconte, des angles à la Miloslav MecirLe tout en soixante minutes chrono, de 17h à 18h, sans quasiment une seule erreur et sans… un sourire. Comme si les dix dernières années passées sur les courts par ce météorite du tennis avaient appris une seule chose au Biterrois, que les lendemains de fête avaient toujours été difficiles, très difficiles.

Comme de n’avoir que partiellement confirmé son statut de meilleur junior de la planète en 2002, de n’avoir pas donné suite aux espoirs nés de sa victoire à Monte-Carlo sur le grand Federer en 2005, d’avoir régulièrement laissé passer sa chance dans de grands matches un peu partout, y compris à Roland-Garros contre Andy Murray qu’il tenait dans sa raquette il y a deux ans, et qui sera son prochain adversaire lundi en huitièmes de finale. Ou de s’être laissé embarquer en 2009 dans une sombre histoire nocturne conclue par un contrôle positif à la cocaïne…

Ne cherchons pas de raison cartésienne à cette carrière en sinusoïde là où il n’y en a probablement pas. Gasquet est lui-même et cette heure de bonheur offerte par son génie sur le Lenglen suffirait à elle-seule à en rendre le souvenir inoubliable pendant très longtemps pour celles et ceux qui l’ont vécue. On ne demande à Gasquet qu’une seule chose, que cette heure n’ait pas été sa plus belle…

A Roland-Garros, Paul-Henri Mathieu, revenu d’entre les morts

J’ai croisé par le plus grand des hasards Paul-Henri Mathieu il y a quelques années. C’était dans une salle d’attente et nous patientions tous les deux sur notre chaise, le temps que notre tour vienne d’être reçu par notre rhumatologue. Je me suis permis de lui adresser la parole. Il venait de se blesser aux Internationaux d’Australie et fit une réponse polie à ma question à propos de cette blessure que j’avais apprise comme tout le monde en suivant le tournoi à la télévision. Je trouvais sur le moment ses propos empreints d’une certaine tristesse.

En le voyant me parler, je comprenais cette attitude réservée envers un inconnu, moi, et de surcroît sur ce qui était sans doute plus qu’une blessure. Ce garçon avait déjà connu un paquet de douleurs morales plus encore que physiques. Le premier, le pire, en finale de la Coupe Davis 2002 contre la Russie et Michael Youzhny lors du match décisif où il avait mené deux sets à zéro, 5-2 et 30-0… Sa carrière avait alors oscillé dans le même schéma, entre hauts et bas. Avec des immenses promesses et des gigantesques désillusions, comme à nouveau en Coupe Davis et un match de quarts de finale perdu en 2008 contre James Blake après cette fois deux balles de match.

Et puis fin 2010, le fond du trou. Un genou qui lui dit stop et une opération invraisemblable du tibia qu’un chirurgien lui brise puis reconstruit. Et quinze mois de convalescence, de souffrances, d’une rechute à la 750e place mondiale, mais surtout d’un espoir fou, presque inhumain en un futur vivable. Et ce mois de mai 2012 où Roland-Garros lui offre l’occasion qui ne se présente qu’à une frange très réduite du genre humain. Celle de la résurrection d’entre les morts. Mais qu’il faut saisir quand on l’aperçoit d’aussi loin, d’un endroit qui ressemble à la tombe.

Et Paulo, le maudit, a saisi cette chance. Pourquoi ? Finalement lui seul le sait et n’ose peut-être l’avouer. Car ce qu’il a expliqué (« Je voulais simplement rejouer« ) depuis quelques jours,  ne me convainc pas. Je veux dire que je crois que ce garçon voulait plus que cela, beaucoup plus. Il voulait revivre, exister à nouveau. Mais autrement. Après sa victoire hallucinante sur John Isner ce jeudi sur le Philippe-Chatrier, PHM a lâché à Nelson Montfort puis ensuite à toute la presse que peu lui importait au terme de cette lutte inouïe de près de six heures que la victoire fut au bout. Que l’important était d’avoir retrouvé tout simplement l’usage habituel et parfaitement fonctionnel de son corps après en avoir connu la fin clinique.

Non, Mathieu a trouvé sans doute pour la première fois, inconsciemment ou non, en se battant, en rejouant, en gagnant, la joie de vivre.