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Arthaud – Muffat – Vastine : les phares éteints !

On se demande souvent pourquoi le sport procure tant de joie et engendre tant de peine. Et évidemment pourquoi, à l’heure de leur disparition, les souvenirs de Florence Arthaud, Alexis Vastine et Camille Muffat restent et resteront si forts dans l’imaginaire collectif.

Bien davantage que tous les domaines routiniers de la vie, le sport, celui que l’on pratique et celui qu’on admire, attise spontanément le bouillonnement de nos émotions. A la nouvelle de l’arrêt brutal de ces trois merveilleux souffles de vie, nous prenons pour la énième fois la mesure de leur importance pour nos propres consciences.

L’exploit sportif nous appartient au même titre que leurs auteurs

Chacun à leur façon ces trois « héros » du sport, et donc de la vie, ont émerveillé en leur temps des foultitudes de gens « ordinaires ». En leur apportant quelque chose que nul ne peut d’un mot encore expliquer. Ce sentiment que l’exploit sportif nous appartient au même titre que leurs auteurs. Que la traversée de l’Atlantique d’Arthaud était notre traversée de l’océan inconnu et magique, que l’or de Muffat à Londres était une part de notre trésor ou que la défaite de Vastine aux mêmes Jeux de Londres était aussi une tragédie pour chacun de nos destins.

C’est un peu et beaucoup de ça le sport. Ça l’est en tout cas devenu au fil de sa part davantage grandissante dans un monde de plus en plus communicant et interactif, où ce sport si symbolique par sa force d’image et d’émotion s’est hissé, justement ou non, en l’un des phares de la civilisation.

Il y a sans doute de la poésie dans ces sportifs modernes. La poésie comme une fonction, vue par Victor Hugo en forme de vigie de la conscience humaine. Une telle inconscience qu’elle en est moins aveugle que celle du reste du genre humain :

Peuples ! écoutez le poète !
Écoutez le rêveur sacré !
Dans votre nuit, sans lui complète,
Lui seul a le front éclairé !
Des temps futurs perçant les ombres,
Lui seul distingue en leurs flancs sombres
Le germe qui n’est pas éclos.
Homme, il est doux comme une femme.
Dieu parle à voix basse à son âme
Comme aux forêts et comme aux flots !

 

 

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Si je n’avais plus qu’une belle heure de sport à vivre…

Dans ce cas, je me flinguerais à coup sûr. Vu l’atmosphère nauséabonde du siècle et même des vingt précédents, et donc si je ne pouvais plus hurler aux loups de jouissance devant une demi-volée de revers croisée et amortie de Roger Federer, oui c’est certain je me buterais avec joie…

Blague à part, et c’en est une sans vraiment l’être que ce genre de question plilosophico-saugrenue de la dernière heure ou journée à vivre*, il faudrait bien s’offrir quelques ultimes plaisirs de vivant. De vrais plaisirs, ceux qui vous ôtent sur le coup toute autre pensée, y compris les pires, les noires, les infectes, les sanguinaires.

Donc, je me remémorerais ce type d’oeuvre d’art des stades puisqu’elles me feraient passer quelques moments de sérénité absolue avant de retrouver un néant pas trop sexy a priori. Et l’Art, comme le mastiquait Malraux, c’est tout ce qui est inutile. Inutile surtout à l’emmerdement terrestre.

Du cent mètres de Carl Lewis à France All Blacks : ma « plus belle heure » !

J’enchaînerais en revisionnant le cent mètres de Carl Lewis aux Championnats du monde de 1991. La plus belle mécanique de jambes de l’histoire du mouvement humain.

Je poursuivrai par quelques minutes de la conduite de balle de Franz Beckenbauer. Et de ses ralentis de frappe de l’extérieur du pied. Je serais alors toujours en extase à cinquante minutes de ma fin terrestre et m’en moquerais pourtant royalement. Impérieusement plus exactement, le libero du Bayern demeurant éternellement l’Empereur du ballon rond.

Je me paierais ensuite le luxe de revoir le but de Dominique Bathenay à Liverpool. Le plaisir de l’instant qui se prolonge des décennies. Une frappe à la Juninho, qui avait en mars 1977 une tétine dans la bouche et n’a en vérité, je vous le dis, rien inventé question frappes de mule flottantes.

Si le Divin me comptait encore une heureuse demi-heure, il faudrait qu’il m’accorde de dévorer les images d’un Michael Jordan déployant ses coudes puis déroulant son poignet avant que le ballon orange n’achève ses rotations par un switch dans un panier percé ad vitam aeternam par les mystères du lanceur magique de Chicago.

Et pour finir, je choisirais d’achever mon tour d’aiguille de Nirvana d’avant trépas par vingt minutes de France – Nouvelle-Zélande de la demi-finale de Coupe du monde 1999, les plus inouïes de l’histoire du ballon ovale, celles où les Français ont fait passer les All Black de vie à trépas.

De ces soixante minutes, Churchill m’aurait dit à moi, pauvre mortel : « C’est ta plus belle heure ».

Si je n’avais plus qu’une heure à vivre, de Roger-Pol Droit – Essai. Paru en 01/2014

Sport, la clarté dans la confusion…

Cette fois, je n’y pige plus rien. Suis largué, mis à quai. J’erre…

Tout le monde est comme moi, d’ailleurs. Plus ou moins consciemment.

Tout le monde prend la parole. De partout. Ca tweete, ça titre, ça flingue, comme le faisait dire Audiard à ses Tontons.

Tiens, tout le monde veut le Ballon d’Or ou le donner à n’importe qui. Certains enflammés du bulbe à Sacko, pour ses deux pions en match de barrages, et moi à Pastore pour me marrer un peu…

Sinon, l’actu est toujours aussi louf comme se plaignait Lino à ses porte-flingues. Les supporters sont toujours aussi écervelés. A Nice, dimanche avant Nice-Saint Etienne, on s’est tapé sur la gueule dans les tribunes entre ultras, comme on dit maintenant. Ultra-cons. Des baffes et du sang, pour rien, évidemment. Si les cons volaient, ils seraient en orbite ceux-là.

A part ça, tout le monde se fout de qui n’est pas le PSG ou Ibrahimovic… On est tous un peu dingues et on ne se soigne pas vraiment…

Euro 2013 : Tony Parker, le basket français dans ses mains

Une éternité c’est un truc à la con. Personne n’y a jamais compris que dalle. C’est une sorte de non sens. Un peu comme un shoot en drive de Tony Parker avec changement de mains. Tony Parker, c’est le meilleur sportif français depuis dix ans, champion NBA, autant dire du monde, trois fois, et génie absolu du basket.

Et ce petit gars-là nous a donc fait sortir de l’éternité de la loose. C’est à dire faire remporter avec cet Euro 2013 un titre international au basket français masculin. L’exploit qu’on attendait donc depuis la création de ce sport que les Français regardent plus à la télé qu’ils ne le pratiquent.

On ne sait pas pourquoi d’ailleurs. Parce que le basket, il n’y a rien de plus simple. Il suffit d’avoir des mains et un ballon. Mais avant Tony Parker, on n’y comprenait rien dans l’hexagone. On avait les mains carrées et des ballons crevés. On paumait dans des demi-finales où des arbitres nous tiraient dans les pattes ou dans des finales contre des Harlem Globe Trotters.

Ce coup-ci, en Slovénie, à Ljubljana, une ville où il ne se passe jamais rien, les Bleus ont trouvé l’endroit où ils sont entrés dans l’histoire. On n’est pas les meilleurs basketteurs de tous les temps mais ça fait un de ces biens de sortir du néant…

Héros

Rien n’impressionne plus l’esprit que des comportements extraordinaires. En sport plus qu’ailleurs où les corps et les gestes sont en première ligne. Chacun admire ses héros en fonction de ce qu’il a un jour vu d’eux et qui l’ont profondément marqué.

L’autre jour, Tony Parker s’est peut-être encore un peu plus approché de ce statut si particulier. Blessé, fatigué par une saison harassante et de surcroît menacé de mort par un appel téléphonique à la police à la fin du match 2 des Spurs contre les Grizzlies en finale de conférence ouest, le meneur de San Antonio est sorti de son enveloppe d’être humain ordinaire.

Tim Duncan, son vieux complice, a dit de lui après cette victoire (93-89) presque inespérée : « Il a été incroyable. Je sais qu’il est épuisé. Nous lui en avons beaucoup demandé. Il a contrôlé la balle et fait la bonne action à chaque fois« .

Il y a une quinzaine d’années, toujours en NBA, un certain Michael Jordan avait disputé un match décisif alors qu’une fièvre de 40 degrés aurait du le clouer au lit. Il avait battu l’équipe adverse à lui tout seul en inscrivant une quarantaine de points et multiplié les exploits. Il était entré à jamais dans la catégorie des humanoïdes spéciaux, des bipèdes à neurones dont les enchaînements électriques demeurent plus mystérieux encore que leurs congénères.

J’ai mes héros. Ils le sont d’autant plus qu’ils représentent à mes yeux des exemples et que ces exemples me paraissent constituer un progrès notable dans la bonne marche du sport qui devient un peu fou.

Tenez, Jonny Wilkinson, me fascine parce que aucune de ses attitudes n’est exempte de cette exemplarité. Je veux dire de positivité, j’oserais dire de moralité. Ouh là là, la morale, le grand mot qui fait peur et peut même être taxé de subjectif ! Qu’importe, il me semble à moi que ce Jonny-là montre la voie, la bonne, à tous les petits gamins du monde.