Archives pour la catégorie Championnats du monde 2011

Pellegrini et Lacourt éclipsent Muffat et Stravius

On les observe, on les guette, on les admire, on en parle, on les jalouse, on les fait, on les défait, on les paie, on les entoure… Silvio Berlusconi, qui n’a pas toujours pratiqué un  langage de vérité, avait un jour donné une définition très juste de ce qu’il pensait être une star, dans le domaine du sport s’entend. Sur Ruud Gullit, son attaquant du Milan AC, il disait : « Quoi qu’il fasse sur un terrain, les spectateurs ne voient que lui. C’est pour cela que je l’ai engagé… »

A Shangai, après quatre jours de compétition aux Mondiaux de natation, les stars se voient. Bien. Trop bien peut-être pour certains de leurs collègues qu’on regarde souvent avec une sorte de commisération. Car en plus d’être des champions ou championnes du chronomètre, les super-nageurs attirent, aimantent invariablement caméras, micros et stylos. Et il ne reste aux autres que quelques miettes de célébrité.

Stravius premier « deuxième » champion du monde français de natation !

Jérémy Stravius, sacré hier premier champion du monde français en grand bassin de l’histoire, a tout fait, vraiment tout, pour gravir la marche la plus fantastique pour un sportif, la marche médiatique. Oui, champion du monde du 100 m dos ! L’exploit aurait du le propulser dans l’instant, comme Laure Manaudou après son titre olympique du 400 m, au firmament des gloires nationales. Mais non. Poseidon et Neptune n’étaient pas d’humeur mardi ! Le duo de divinités a fait toucher le mur d’arrivée dans le même centième à un autre de leurs protégés, Camille Lacourt, dernier dieu en date des éléments liquides, de l’encre de presse notamment.

Le grand, beau et riche Lacourt est donc aussi et, sans doute, « surtout », champion du monde. Lacourt est cité en premier dans tous les titres électroniques ou papier relatant le double exploit : « Lacourt et Stravius ceci, Lacourt et Stravius cela, Lacourt et… » Dans quelque temps, le Picard apprendra peut-être d’ailleurs qu’il avait touché le premier, au millième de seconde près… Mais le chronométrage s’arrête en natation au centième depuis plusieurs années. C’est comme ça, Stravius demeurera probablement comme le « deuxième » premier champion du monde français… Star, c’est un métier…

Muffat en a ras le maillot de Manaudou et Pellegrini

Pour Camille Muffat, déjà double médaillée de bronze à Shangai, la croisière est encore bien moins amusante. La « Calimero » de la natation française fait constamment la tronche. Circonstance atténuante de son humeur maussade, les questions posées par la presse à cette formidable athlète, championne du monde et d’Europe en petit bassin, tournent invariablement autour de ses collègues, plus célèbres, plus glamour, plus fiancées, plus tout… Il y a trois semaines, la moutarde lui est même montée au nez « Arrêtez avec Manaudou, moi c’est moi… ! » Ce coup-ci, c’est une autre diva, Federica Pellegrini, qu’on lui sert à toutes ses sorties de bassin en Chine : « Que pensez-vous de Federica, de son entraîneur Philippe Lucas… ? » D’autant que l’Italienne, qui buvait la tasse depuis des mois, marche au moteur de hors-bord Riva depuis quarante-huit heures. Deux médailles d’or et deux raisons de plus de coller le moral de la Française dans ses tongs… Nelson Montfort, le psychologue, enfonce le clou à l’issue de la finale du 200 m : « Cette fois, vous devez être heureuse de votre 3e place, Camille… ? »  Ben non, Nelson, l’amie Camille n’est pas la vôtre : « Non, je suis déçue, lui lance-t-elle », plus susceptible que jamais.

Avec ses deux breloques planétaires, Muffat fait encore moins la une en Chine que… la fiancée de Michael Phelps, Nicole Johnson, ancienne Miss Californie mais visiblement toute récente amie des arts plastiques… Ah, mademoiselle Muffat, c’est vraiment trop injuste…

Lacourt et Stravius ont bon dos maintenant !

Deux pour le prix d’un ! On n’osait trop rêver d’un titre de champion du monde en natation. Nos Français attendaient depuis 38 ans une Marseillaise dans un grand bassin, ils n’ont pas poireauté pour rien. Camille Lacourt et Jérémy Stravius ont terminé premiers ex-aequo en finale du 100 m dos des Mondiaux de Shangai !

Deux champions du monde d’un coup ! Mais ça ressemble à quoi ce truc de dingue ? A rien, puisque c’est parfaitement inédit en natation (pour deux nageurs compatriotes en tout cas), en à peu près un siècle de compétitions olympiques et planétaires…

Mais maintenant, que va-t-il se passer à l’issue d’un coup double pareil ? Les télés vont inviter qui ? L’un ou l’autre, ou les deux ? Les sponsors vont se jeter sur qui, le beau gosse ou le bravache ? Et les primes ? Malheur à la Fédération qui va devoir racler deux fois ses fonds de tiroir…

Lacourt dira plus tard : « C’est moi le champion du monde 2011 », Stravius répliquera : « Non, c’est moi ! »

C’est marrant l’Histoire, quand on y entre comme ça. Mais désormais, cette Histoire va se conjuguer de manière bizarre. On y comprendra les choses… qu’à moitié ! Parlera-t-on par exemple dans le futur des champions du monde 2011 du 100 m dos, des co-champions du monde, des mi-médaillés d’or… L’un dira : « J’ai été champion du monde », l’autre répliquera « Moi aussi » ! On aura tous bon dos…

Alain Bernard en panne d’énergie solidaire

Ce relais 4×100 m était dans la poche des Bleus. A Shangai, ces Championnats du monde de natation devaient débuter en fanfare pour les Bleus. A coups de marteau et de faucille en pleine eau communiste. Nos quatre flèches étaient les plus acérées. Mais patatras, l’esprit de corps de notre équipe n’était que de façade.

Un maillon de la chaîne était fragile. Comme d’habitude et malheureusement, le même. Alain Bernard. Ce garçon ne semble pas s’accommoder de l’esprit d’équipe. Je suis dur, mais si ce n’est pas cela, c’est quoi ? Bernard nage pratiquement à son meilleur lorsqu’il se bat pour lui-même. Et quand on compte sur lui pour le collectif, il s’évapore. Comme à Pékin en 2008 et à Budapest en 2010, il a joué petit bras et petit pied à Shanghai.

En relais, Alain Bernard n’est qu’un témoin !

Placé en premier relayeur, depuis son écroulement invraisemblable dans l’ultime longueur face aux Américains à Pékin, Alain Bernard a encore cédé à on ne sait quel sentiment de frayeur. Un temps de 48″75, soit l’équivalent de la 17e performance de la saison (alors qu’il possédait la 5e en 48″37…) a lancé un relais Bleu de façon catastrophique. Ses petits camarades, Stravius, Meynard et Gilot ont pourtant tout fait, et plus, pour remonter un impossible handicap, et ont été à une ou deux longueurs de main (14 centièmes derrière les Australiens) de le faire…

Argent, encore et toujours, argent. Qui ne fait pas, mais alors pas du tout, le bonheur, étant donné la répétition lancinante de ce supplice de la goutte d’eau, même si le quatuor faisait mine d’afficher sur le podium une joie de deuxième meilleure nation de la planète. Il n’y a guère que Raymond Poulidor à assumer cette gloire bizarre…

Alain Bernard, pourquoi ne vous mettez-vous pas à l’énergie solidaire ?