Archives pour la catégorie Jeux Olympiques

Il n’y a rien de nouveau sur l’Olympe

Du haut de ses trois mille ans, l’Olympe vous contemple aurait dit Napoléon à ses vaillants combattants du sport.

Les Jeux ont-ils changé depuis les exploits légendaires de Milon de Crotone et Leonidas de Rhodes ? Pas tant que ça. C’est encore et toujours un morceau de gloire auquel les athlètes font une cour endiablée.

Que nous, pauvres hommes, ayons désormais marché sur une lune devenue si proche, ou que la terre soit devenue si petite alors qu’Aristote le Grec la voyait si grande, n’a rien révolutionné ou presque de nos étroites perceptions. La vue des humains est, malgré Blaise Pascal et son observation sans télescope électronique des deux infinis, toujours aussi courte.

Aux odes sublimes de Homère et Pindare ont seulement succédé les louanges criardes de peuples amourés de sportifs que le soleil des podiums entêtent à approcher.

Peu importe le flacon, pourvu qu’ils aient l’ivresse, tant qu’ils soient, spectateurs, téléspectateurs, internautes, commentateurs, politiciens.

Hier à Rio, les Jeux ont continué leur course. Sans répit ni philosophie grecque ou esprit Coubertinien. On a sifflé Renaud Lavillenie dans un stade qui ne comprenait d’évidence pas, parce que son patriotisme mal placé l’avait amené jusqu’au chauvinisme le plus imbécile, que le sport puisse être le plus noble des spectacles, c’est à dire une lutte sans merci mais juste ou « bêtement » morale.

Et le Français n’a sans doute pas lui non plus compris qu’être grand signifie courir ou plutôt sauter vers la quête de la sagesse. Le recordman du monde du saut à la perche aurait du accepter qu’un adversaire l’ait battu, quels que soient les éléments contraires. Comme son collègue Pierre-Ambroise Bosse, à la réaction bien plus altière face à la défaite.

Dans la baie magique de Rio, la nageuse Aurélie Muller a aussi manqué à l’âme olympique en mettant la tête sous l’eau de sa concurrente italienne sous le mur d’arrivée du 10 km en eau libre. Et nos chantres médiatiques ont bien entendu entonné l’hymne si radoteur et pénible d’une prétendue injustice contre la nation. Disqualifier un athlète tricolore serait un crime contre Marianne. Et donner la parole à Philippe Lucas, l’entraîneur de la Française, sans même critiquer ses propos (« c’est un sport où on se donne des claques, alors une petite tape sur la tête… »), laisse sans voix.

Écoutons celle de Victor-Hugo qui, lui, aperçoit les marques des temps : « les temps primitifs sont lyriques, les temps antiques sont épiques, les temps modernes sont dramatiques. »

 

 

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La folle journée française

C’est sans doute la plus dingue journée de l’histoire olympique française. Une journée de ouf comme on dit dans toutes les cours d’école.

Il ne s’était rien passé ou presque depuis l’ouverture des Jeux côté français. La moiteur brésilienne sans doute ou bien une nonchalance typiquement gauloise, ou même un sentiment très français de se faire passer les médailles autour du cou avant de les avoir gagnées…

Lacourt plonge dans le marigot

Et puis, ce mardi, tout a explosé un peu partout. La délégation française a pris un coup de chaud et la fièvre est montée tout au long de la journée. A la piscine, les propos chuchotés pendant la nuit aux radios par Camille Lacourt sur le dopage des Chinois et des Russes, relayés par le phénix des bassins Michael Phelps, ont enflé puis enflammé le monde de la natation et du sport tout entier déjà bien écorné par les scandale récents des athlètes russes et autres sportifs chargés de stupéfiants comme des mules.

Tout d’un coup, les médailles pleuvent

Après cet embrasement médiatique facilité jusque là par le rachitisme de nos places sur les podiums, ces derniers ont vu nos représentants les envahir en quelques heures. Une médaille d’or et une d’argent en cent vingt minutes au concours complet, discipline dont on parle moins en quatre ans sur les chaînes d’info que pour un seul entraînement hivernal du PSG.

Dans le bassin d’eau de vitesse, à peine un enchaînement de Laurent Luyat plus tard, le céiste (pour l’épreuve de C1) Denis Gargaud Chanut, connu de sa famille et de son chien, a succédé au légendaire Tony Estanguet, dont le troisième titre à Londres en 2012 dans cette même épreuve avait permis aux commentateurs sportifs français de ne plus confondre qu’une fois sur deux le slalom monoplace avec l’aviron.

Et en début de soirée, une quatrième puis une cinquième médaille, à l’escrime (Gauthier Grumier) et au judo (Clarisse Agbegnenou), tombaient dans notre escarcelle. On pouvait enfin regarder sans rougir de honte le si sérieux tableau des médailles où nous étions la veille surclassés par vingt-six nations, dont le Vietnam, Taïwan et le Kosovo. Ne manquaient plus à ce rythme que Monaco et le Vatican…

Agnel visé, Paire perd et sort

Pour clore cette journée de malade, on apprenait que c’était Yannick Agnel qui l’était. Le champion olympique du 200 m de Londres avait déjà annoncé sa retraite après ces Jeux où il avait quasiment coulé deux jours auparavant sur l’épreuve qui l’avait sacré, mais promis qu’il participerait au relais 4 x 200 m et viser une médaille d’équipe.

Mais patatras, le grand Yannick déclarait forfait dans la nuit de lundi à mardi et le staff tricolore avait du réveiller son remplaçant Damien Joly, qui se préparait pour le… 1500 m, pour qu’il se rase et s’apprête à nager douze heures plus tard. Résultat, notre relais complètement déstabilisé par une nuit d’agitation et de doute, s’est littéralement noyé dans la piscine.

Le jeune et prometteur Jordan Pothain a alors confié au micro de notre Nelson Montfort national et international qu’Agnel les avait « abandonnés ». Sidéré d’un tel crime de lèse-majesté, même proféré si poliment, Nelson s’en est pratiquement étranglé, interrogeant à nouveau le jeune impétrant rebelle, qui lui confirmait ce sentiment de trahison. Dans la nuit, Agnel se fendait d’un déni lors d’une conférence de presse solitaire. Ambiance…

En fin de soirée, cette ambiance pourtant généralement si feutrée au club France se plombait d’une seconde affaire en une demi-journée. Benoît Paire était officiellement sommé de ranger ses raquettes et shorts, faire sa valise illico et quitter le QG de l’équipe de France. Pour « nombreux manquements aux règles de vie » (« On le l’a pas vu à Rio, ou quasiment pas… ») selon Arnaud Di Pasquale, le DTN. Une première dans l’histoire de l’olympisme français. Le fantasque joueur, d’ailleurs plutôt satisfait et soulagé de s’en aller, venait de se faire éliminer par l’Italien non moins fantasque Fabio Fognini, après un match où aucun membre du staff de l’équipe de France de tennis ne s’était déplacé.

Cinq médailles, un pavé dans la mare et deux beaux scandales, la France est enfin la France à Rio.

 

Si tu vas à Rio…

Si tu vas à Rio… n’oublie pas de faire un retour en arrière ! Depuis 1896, c’est la 29e édition des Jeux olympiques de l’ère moderne. Personne ne sait d’ailleurs s’il faut orthographier avec des minuscules ou pas cet événement majuscule de notre époque.

Personne ne se penche trop non plus sur ce que représente une olympiade, qui est en réalité une période de quatre ans qui encadre le début des épreuves olympiques dans une ville et celui de la suivante.

Chacun sait en revanche que c’est le baron de Coubertin qui a repensé, réinventé, réaménagé les anciens Jeux, ceux de l’Antiquité en Grèce. Malin, le Pierre Français. Mais jamais reconnu de son vivant à la hauteur de gloire de son entreprise gigantesque. Sans doute la plus gigantesque depuis les légendaires travaux d’Hercule-Héraclès qui auraient inspiré justement ces jeux antiques en leur donnant avec son pied une unité de longueur de stade.

Géants ces Jeux, parce qu’ils aimantent davantage que tout autre événement sur notre belle et hideuse planète. Ils résistent à tout et à tout le monde, sont chaque fois plus populaires et suivis, suscitent toujours davantage de ferveur et de folie.

Au Brésil, chaque pays présent tirera les émotions qu’il souhaite en tirer. Depuis les Jeux de Barcelone, plus aucune chaîne de télévision qui en détient les droits ne diffuse les mêmes images que ses concurrentes. Les Jeux sont devenus un immense gâteau dont on goûte les parts ici et là. Un match de poule de hockey sur gazon électrisera cent millions d’Indiens, on n’en verra pas une seconde en direct à Paris ou à Kinshasa.

Les Jeux rénovés devaient être selon Coubertin un rassemblement de la jeunesse du monde, destiné à la fortifier, à l’éduquer, à la ramener à la Raison du siècle des Lumières. Ils sont aujourd’hui un symbole que toutes les autres couches de la population mondiale s’approprient, utilisent, déforment et exploitent le plus souvent.

Quand on organise les Jeux, on doit les cuire à sa sauce mais aussi et surtout à celles du temps, la plus goûteuse du moment étant celle de l’environnement.

Rio, comme Pékin, a mis le paquet afin de montrer des Jeux propres, écologiques. Dès sa nomination pour cette XXXIe olympiade (il n’y a pas eu de Jeux à trois reprises en raison des guerres mondiales, donc 3 ôté de 31 égale 28, cf. plus haut), la ville a promis et juré que ces Jeux seraient verts. Comme à Pékin, ce sera un festival de pollution autour et en dessous des bras ouverts du Christ de Corcovado.

Mais, et c’est leur force inouïe, on ne rapetisse jamais les Jeux. Plus l’éclat des anneaux brille, plus il aveugle. On s’est esbaudi à Londres il y a quatre ans et à Pékin il y a huit ans, on apprend aujourd’hui qu’il y avait 98 athlètes dopés en Angleterre et en Chine.

Mieux, la Russie a instauré pour ses athlètes en 2014 à Sotchi lors de ses Jeux d’hiver un système de dopage et de dissimulation de ce dopage. On remettait aux contrôleurs des échantillon de sportifs sains ! Le CIO a mis trois ans à découvrir l’escroquerie. Les lunettes de l’organisme olympique suprême n’ont jamais été très bien adaptées sur les nez de présidents d’ailleurs étrangement atteints de myopie, presbytie, daltonisme et autres graves problèmes oculaires…

Le XXIe siècle sera olympique ou pas, aurait pu dire Malraux. Pour Paris 2024, mais c’est une autre histoire, l’essentiel sera de participer… victorieusement.

 

 

JO, hand, foot et experts en modes…

La mode on ne peut pas la définir. C’est sa définition. Elle passe, elle reste, elle revient. Elle n’existe pas en fait, comme le temps…

Mais en deux jours, elle a fait son job la mode. Dimanche après-midi, nos handballeurs, nos Experts étaient devenus immortels d’un coup de baguette magique dont ils sont seuls capables. En France seulement, rassurons les rabat-joie.

Lundi, c’étaient des petits voyous, bringueurs, casseurs de matériel audiovisuel (privé) et dignes d’être rabaissés au rang de vils footballeurs… Ils étaient passés en mode, comme on dit maintenant, crétin.

Voilà donc que vingt-quatre heures après leur exploit unique dans les annales du sport français, on leur jette la pierre, on les fustige et on voudrait même les punir de leurs excès d’un jour et d’une nuit… Bon, je veux bien. Il n’est en effet pas très exemplaire de démonter un plateau télé ou comme, Claude Onesta, de se comporter en vulgaire chef de bande aviné et grossier. C’est inexcusable. Point.

Du coup, revanche posthume et immédiate des footballeurs de Knysna et d’Ukraine. Ou plutôt de ceux qui ne les avaient pas défendus  mais qui veulent attaquer les nouveaux coupables parce qu’ils seraient aussi coupables… La mode…

Il faut sanctionner les Experts, sans pitié, et leur « tirer les oreilles » !

Je vois un point commun entre le comportement des uns et des autres. Celui de la basse et bête vengeance envers les critiques sourdes que l’on prend toujours forcément mal. C’est humain. Je vois aussi une distinction. Les Experts ont sagement attendu d’être sacrée plus grande équipe de handball, et équipe tout court française, de tous les temps pour déraper. Les Bleus de Knysna et de l’Euro 2012, aussi peu irréprochables sur le terrain qu’en dehors, n’ont pas eu ce « tact »…

Par conséquent, et selon moi, il y a quelques barreaux d’écart entre les deux histoires sur l’échelle de la bêtise.

Dépassons si on le peut l’effet de mode, ce phénomène moutonnier qui peut nous entraîner avec la meute sur des sentiers dangereux. Et restons-en aux principes. Allez, un peu de discipline que diable.

Alors voilà, il faut sanctionner les Experts, vivement, sans pitié. Et, comme le dirait Noël Le Graët, leur « tirer les oreilles ».

Il est hardi, Lavillenie !

Le coup passa si près…

Avec une perche dans les mains, la majorité des humains n’a pas l’air malin. C’est encombrant ce machin, et on n’en voit surtout pas la fin… Renaud et ses copains, ils vous en font un truc d’aigrefin…

C’était pas gagné, ce concours olympique de Londres, pour l’ami Renaud Lavillenie. Quand les Allemands, les dénommés Otto et Holdzeppe, lui menaient une vie d’enfer à 5,91 m, il n’en menait, lui, pas trop large. Mais le petit Français avait de la suite dans les idées et du ressort dans ses bonds de trois étages.

C’est une sorte d’Astérix, Renaud. Pas grand, pas large, mais pas fou du tout et avec une énergie vitale hors du commun. En deux mois, il leur a filé un mal de tête aux Germains… Deux coups de massue, deux fois le même au centimètre près.

Aux derniers Championnats d’Europe, le bel Otto, le même donc, avait sauté en suivant la même hauteur que Lavillenie à trois reprises et à des cîmes de plus en plus vertigineuses. Et avait bien cru l’écoeurer, en force, à la façon germanique et au finish. Mais Renaud avait eu le dernier mot, tout là-haut vers des endroits dont vous et moi on ne peut juger de la dangerosité qu’en zone montagneuse…

Ce vendredi à Londres, c’était encore plus tangent, deux fois plus en fait, et deux fois plus germano-pénible. Lavillenie se retrouvait même au bord du gouffre, au pied du Mont-Blanc plutôt. Un essai manqué à 5,91 m. Et les deux désagréables à se gonfler les pectoraux et se frotter les mains gluantes.

Mais là, le meilleur perchiste de ces deux dernières saisons ne l’était pas pour rien. Un paquet de concours remportés lors de tentatives couperet et des tas de barres franchies au courage et parfois même au bluff…

Le coup de génie de Lavillenie…

La barre tombe est donc placée à 5,97 m. Lavillenie a renoncé à user ses deux tentatives restantes, inutiles, à la hauteur précédente. Il n’est pas venu pour le bronze, qui est pourtant à cet instant autour de son cou. Et c’est en conséquence l’or et l’argent pour le tandem en jaune et noir. C’est insuffisant, très insuffisant, insultant pour être franc. Il y a comme un problème de couleurs.

Il s’élance, Renaud, et ça ne passe toujours pas. Pas plus pour les deux rigolards qui le devancent toujours aux essais. Il reste calme, Lavillenie, prend du regard conseil vers son entraîneur et Jean Galfione dans les tribunes. Evidemment, le fluide ne peut pas être mauvais. Il règne une ambiance et un boucan d’enfer. C’est la dernière ligne droite du relais 4×400 m. Renaud sent le bon coup, il y a quelques millions de décibels bons à prendre. Même si il n’entend plus son souffle, la cadence de ses pas d’élan ni le bruit du butoir, des repères indispensables pour un sauteur à la perche qui ne fonctionne que comme une boite à rythmes…

Mais ce rythme, contrairement aux autres, il est en lui, Lavillenie. Depuis qu’il est tout petit, il saute dans son jardin, soir et matin.

Il s’élance. Il est 22 heures à Big Ben et 23 dans son jardin. Et il s’envole. C’est fait. Il est hardi, Lavillenie !