Cassius, Muhammad, Clay, Ali, plus que de la boxe… (3)

Un peu de la légende de Muhammad Ali (1942-2016) dans mon livre « L’Argent dans le sport (Flammarion, 2004) :

« …Le « gros ours » Liston, comme le surnomme Ali, a séjourné depuis sa prime jeunesse une vingtaine de fois en maisons de redressement puis dans divers pénitenciers pour violences, braquages et ports d’armes prohibés. Entre deux séjours à l’ombre, il a défoulé sa force bestiale sur des adversaires apeurés. L’odeur du sang que répand Liston et surtout celle des recettes que génère la brute attire la mafia qui en fait son nouveau jouet. Il est vite tenu en laisse par un quatuor de caïds de la pègre, Frankie Garbo,  John Vitale, Binkly Palermo et Pep Barone, qui cumulent à eux seuls autant de crimes et condamnations que la population d’un état entier.

Au point qu’une commission fédérale, la commission Kefauver (du nom du sénateur Estes Kefauver, président de cette commission d’enquête), avait mis le nez dans ce milieu glauque où truquages et arrangements étaient monnaie courante, et expulsé ce quarteron de truands sur la touche, des salles de boxe du moins. Liston avait été alors « vendu » en sous-main à un certain Jack Nilon et à sa société Intercontinental Promotions, aux contours à peine plus nets que la structure précédente.

En 1962 puis l’année suivante, Sonny Liston étale deux fois sans concession le tenant Floyd Patterson et s’impose comme un indétrônable champion du monde des lourds. Dès que Clay est nommé challenger de Liston, le jeune impétrant active les mâchoires de ce que tous les observateurs surnomment sa « grande gueule » et fait monter les enchères. Clay est encore une première mouture de son futur personnage.

La version définitive, on en sent poindre les prémisses dans ses discours qui se veulent improvisés : « Je suis la plus grande invention depuis l’invention du cinéma parlant. Prenez n’importe quel magazine. Vous trouvez Cassius Clay sur la couverture. Et je ne parle pas des magazines de boxe. Je parle des magazines qui n’intéressent pas les gens de la boxe. Lorsqu’on parle comme cela de vous, vous êtes une vedette. Ça vaut de l’argent. »

Le vantard fait mine de ne plus vouloir affronter Liston. L’offre de la bourse de Clay avancée par Nilon est selon lui insuffisante : « Il n’y aura pas de combat tant que la somme proposée ne sera pas correcte. Liston a besoin de moi, je n’ai pas besoin de lui. » La sauce monte, les on calcule que la recette pourrait se monter à huit millions de dollars, record potentiel absolu pour un match de boxe. Nilon cède après avoir lancé : « Combat facile et beaucoup d’argent ».

A sept contre un chez les bookmakers de Floride, Clay fait gagner une petite fortune aux rares parieurs à avoir joué sa victoire. Clay annonce trois jours plus tard en conférence de presse qu’il s’appelle désormais Cassius X (la lettre X traduisant l’intérim musulman et qui veut dire ex, ex-esclave, ex-pêcheur, ex-chrétien…) et qu’il adopte la religion musulmane après avoir été baptisé dix ans plus tôt dans la religion chrétienne (l’église baptiste de Louisville) tout juste bonne à « laver le cerveau de l’homme noir ».

Cassius Clay puis Cassius X puis Muhammad Ali

Il adoptera quelques semaines plus tard un nom purement musulman, Muhammad Ali (littéralement, l’Elu)… »