Michalak, la tête et les jambes

Michalak, c’est à lui seul l’histoire d’un talent. De trop de talent sans doute. Trop pour survivre tranquillement à son époque où, chacun le sait, les dons du ciel ne suffisent pas.

Samedi, dans la cité des rois défunts, Frédéric Ier n’était pas dans la basilique dyonisienne où les souverains de France s’empilent dans la crypte funèbre. Il jouait sur la pelouse d’en face où l’on sacre les princes du ballon depuis 1998. Pas trop du ballon ovale, donc, parce que le Stade de France par une bizarrerie incompréhensible a, en quinze ans d’existence, plutôt favorisé le ballon rond.

Depuis ses débuts, Frédéric Michalak est donc un drôle de type, au gabarit peu fait pour son sport mais à l’esprit sans nul doute fait pour l’astuce et les mains et pieds façonnés pour guider un ballon où il le veut et surtout là où les adversaires s’en doutent le moins. Enfant Toulousain de la balle, il est passé en un éclair d’espoir au statut de star naissante, la transmutation qui tue les petits prodiges modernes. En 2003, s’il n’avait pas plu des cordes le jour de la demi-finale de la Coupe du monde contre l’Angleterre, Fred aurait peut-être passé les quatre pénalités qui en auraient fait le meilleur joueur de l’épreuve et son ouvreur vainqueur… A la place du bourreau de l’autre camp, Jonny Wilkinson.

Mais Michalak était probablement plus fragile que tout le monde le pensait, y compris lui-même. Starisé, bien avant Chabal, en partie grâce à sa « gueule », sa carrière n’a été ensuite composée que de hauts et de bas, de fulgurances en tous genres, les blessures n’ayant pas échappé à ce cycle infernal. Samedi, celui qui s’est reconstruit deux fois en Afrique du Sud a encore ressuscité des morts, à Saint-Denis précisément ou l’éponyme était arrivé il y a quinze siècles en portant sa tête tranchée si l’on en croit les livres de légende.

Sa tête, Michalak l’avait bien sur son cou avec les Bleus contre l’Australie. Pour commander ses coups de pied magiques et ses coups de main enchanteurs, comme sur le deuxième essai tricolore. Quinze points et une sortie du terrain acclamée par un public, aux manières bien différentes de ses sifflets de 2006, et cette fois scandant les trois syllabes sur l’air des lampions du Néo-Toulonnais. Mi-Cha-Lak, Mi-Cha-Lak…

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