Il est hardi, Lavillenie !

Le coup passa si près…

Avec une perche dans les mains, la majorité des humains n’a pas l’air malin. C’est encombrant ce machin, et on n’en voit surtout pas la fin… Renaud et ses copains, ils vous en font un truc d’aigrefin…

C’était pas gagné, ce concours olympique de Londres, pour l’ami Renaud Lavillenie. Quand les Allemands, les dénommés Otto et Holdzeppe, lui menaient une vie d’enfer à 5,91 m, il n’en menait, lui, pas trop large. Mais le petit Français avait de la suite dans les idées et du ressort dans ses bonds de trois étages.

C’est une sorte d’Astérix, Renaud. Pas grand, pas large, mais pas fou du tout et avec une énergie vitale hors du commun. En deux mois, il leur a filé un mal de tête aux Germains… Deux coups de massue, deux fois le même au centimètre près.

Aux derniers Championnats d’Europe, le bel Otto, le même donc, avait sauté en suivant la même hauteur que Lavillenie à trois reprises et à des cîmes de plus en plus vertigineuses. Et avait bien cru l’écoeurer, en force, à la façon germanique et au finish. Mais Renaud avait eu le dernier mot, tout là-haut vers des endroits dont vous et moi on ne peut juger de la dangerosité qu’en zone montagneuse…

Ce vendredi à Londres, c’était encore plus tangent, deux fois plus en fait, et deux fois plus germano-pénible. Lavillenie se retrouvait même au bord du gouffre, au pied du Mont-Blanc plutôt. Un essai manqué à 5,91 m. Et les deux désagréables à se gonfler les pectoraux et se frotter les mains gluantes.

Mais là, le meilleur perchiste de ces deux dernières saisons ne l’était pas pour rien. Un paquet de concours remportés lors de tentatives couperet et des tas de barres franchies au courage et parfois même au bluff…

Le coup de génie de Lavillenie…

La barre tombe est donc placée à 5,97 m. Lavillenie a renoncé à user ses deux tentatives restantes, inutiles, à la hauteur précédente. Il n’est pas venu pour le bronze, qui est pourtant à cet instant autour de son cou. Et c’est en conséquence l’or et l’argent pour le tandem en jaune et noir. C’est insuffisant, très insuffisant, insultant pour être franc. Il y a comme un problème de couleurs.

Il s’élance, Renaud, et ça ne passe toujours pas. Pas plus pour les deux rigolards qui le devancent toujours aux essais. Il reste calme, Lavillenie, prend du regard conseil vers son entraîneur et Jean Galfione dans les tribunes. Evidemment, le fluide ne peut pas être mauvais. Il règne une ambiance et un boucan d’enfer. C’est la dernière ligne droite du relais 4×400 m. Renaud sent le bon coup, il y a quelques millions de décibels bons à prendre. Même si il n’entend plus son souffle, la cadence de ses pas d’élan ni le bruit du butoir, des repères indispensables pour un sauteur à la perche qui ne fonctionne que comme une boite à rythmes…

Mais ce rythme, contrairement aux autres, il est en lui, Lavillenie. Depuis qu’il est tout petit, il saute dans son jardin, soir et matin.

Il s’élance. Il est 22 heures à Big Ben et 23 dans son jardin. Et il s’envole. C’est fait. Il est hardi, Lavillenie !

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s