Plus bête que Mourinho, plus génial que Messi, plus tweet que Serena… tu meurs !

A l’ère du paléolithique, il y a trente ans environ, le monde se dorait la pilule sur les plages en août, sans la 3G pour s’informer du dernier tatouage des vedettes. Aujourd’hui, plus de répit pour personne, même en période estivale. On peut être dérangé juste avant de piquer une tête par un RT (tweet retweeté) mega-urgent sur son smartphone du genre  » Serena Williams vient de passer les deux millions de followers « … La nouvelle nous rend fou et l’on remet à plus tard notre petit plongeon. Quel stress !

Tout ça pour dire que le Temps perdu, celui de Marcel Proust, qui pouvait s’arrêter ou se suspendre, est révolu, kaputt, désintégré. Le Temps nouveau, celui de Mark Zuckerberg, des réseaux sociaux et des cent mètres d’Usain Bolt, accélère à marche forcée. Le temps ne prend plus de vacances. Le repos du guerrier, out ! finito ! En pleine époque de chant des cigales, on nous sert maintenant du foot ou n’importe quoi d’autre, pourvu que ça fume, à volume maximum.

Tenez, La Supercoupe d’Espagne cette semaine entre Barcelone et le Real Madrid. Avez-vous déjà vu un truc pareil en dehors des heures d’ouverture autorisées, je veux dire en automne ou au printemps ? Deux matches de dingues… 180 minutes à un rythme de finale de Coupe du monde. Avec en prime une fureur ahurissante, des Jeux du Cirque en somme. Ne manquait qu’un Cesar en tribune pour lever ou baisser le pouce selon les comportements des gladiateurs ou les humeurs du public… Parce que question spectacle, les deux enceintes genre Colisée de Rome, Santiago Bernabeu et le Camp Nou, ont été servies. Chaud, hot. Pour remporter un trophée dont on aurait parlé sur trois lignes dans la presse du Moyen-Age, il y a quinze ans environ, les deux clubs ont sorti les armes nucléaires…

Le Real et Barcelone savent-ils ce qu’ils font ?

On n’avait sans doute jamais admiré de telles prouesses techniques, de tels efforts, de tels engouements, mais en même temps été affligés de tels gestes ou de comportements aussi violents et grossiers pendant un mois d’août de football aux habitudes censées frôler la tranquillité. Un Lionel Messi, déjà probablement le plus fabuleux attaquant de l’histoire, a sans doute mieux joué, passé, dribblé durant ces deux matches qu’il l’avait fait auparavant. Idem pour notre Abidal, opéré il y a trois mois d’une tumeur au foie ! Mais, pendant ces trois heures délirantes, un Marcelo, un Pepe, un Dani Alves ou un David Villa (et ses allusions à la religion d’Özil) se sont déchaîné dans le gore ou le vil, à l’instar de la pestilentielle échauffourée finale de ce double duel ! Et  José Mourinho a certainement franchi les pires limites de la bêtise, et plus encore peut-être, lui dont l’intelligence semblait la vertu la plus constitutive.

Il y a bien une raison à ce que j’oserais appeler ces excès. « On dirait que l’ancien monde finit et que le nouveau commence », écrivait Chateaubriand dans les dernières lignes de ses mémoires d’Outre-Tombe tout en ne se faisant guère d’illusions « On touchera sans doute à des stations pénibles; le monde ne saurait changer de face (et il faut qu’il change) sans qu’il y ait douleur« . En sport, on se bornera à affirmer que l’on « touche » bien aujourd’hui, et pas seulement du doigt de Mourinho, ces  » stations pénibles « .

« Mou » et David Villa, pour ne citer qu’eux, comprennent-ils ce qu’ils ont fait ? Je n’en sais rien. Qu’ont-ils défendu ? Je n’en sais rien. Ils ne semblent plus en tout cas souhaiter d’étape, de pause, dans leur cheminement. Gagner, se dépasser, écraser, humilier. A tout prix et tout le temps. Inquiétant. Et Messi, dans un registre plus léger mais tout autant interpellant, va-t-il évoluer encore dix ans durant au-dessus du genre humain tous les weekends ? Un tacle excessif et malheureusement synonyme de « douleur » pour lui me fait craindre pour cette suite idéale…

Ah, j’oubliais Serena et ses 2.184.269 « suiveurs »… Pour ce que nous livre journellement la championne dans ses messages, je crains également un excès. Une sorte d’augmentation dans la régression, si je me fais bien comprendre. Une  » station pénible « , donc, qui finirait quand même par pencher vers le bas…

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