Huget et l’insoutenable légèreté

Coupable. J’en suis navré, car j’aime le rugby, j’aime l’équipe de France, j’aime l’Aviron Bayonnais et tout autant son trois-quart aile Yoann Huget, mais ce dernier est coupable. Je ne sais pas plus qu’un autre si l’international français, exclu ce jeudi du XV de France pour infraction à la législation anti-dopage, a consommé quoi que ce soit d’interdit. Ce que je sais par contre sans aucun doute possible, c’est que Huget a fait preuve dans cette affaire d’une attitude condamnable à tous égards. Le joueur s’est mis en danger lui-même mais il a surtout jeté une belle épine sur les Bleus qui vont disputer dans un mois la Coupe du monde de rugby. Et à chaque bonne performance de l’équipe de France (nul n’est à l’abri du succès), ne nous y trompons pas, les observateurs, même les plus bienveillants, ne manqueront pas d’ajouter à leurs fins de commentaire: « … d’une équipe dans laquelle Yoann Huget a été évincé pour manquement aux règles de l’antidopage. »

Huget a manqué trois rendez-vous avec l’AFLD, l’Association française de lutte contre le dopage. Inadmissible. Tous les joueurs de son rang, sans exception aucune, ne savent qu’une seule chose, avant même leurs obligations professionnelles. Ils se sont engagés il y a maintenant deux ans à pouvoir être contrôlés à tout moment, tout instant, n’importe où. Pas dans les toilettes bien sûr, ou pas pendant leur nuit de noces naturellement. On leur demande simplement et poliment, mais fermement, de fournir leur emploi du temps trois mois à l’avance afin que l’on puisse effectuer sur leur personne tout contrôle sanguin « inopiné ».

Trois fois, Huget a manqué à cette obligation de base durant les six derniers mois. De deux choses l’une, Huget est un sacré distrait, voire carrément insouciant, ou bien cette distraction n’en est pas une… Alors qu’est-ce ? Je pencherais très nettement vers la thèse la plus plausible, celle de l’inconscience pure et dure, de la révolte passive, contre tout et n’importe quoi. On vous prie alors que vous vous y êtes engagé de votre plein gré de vous soumettre à une injonction, triple en l’occurrence, et vous l’ignorez, vous n’y répondez même pas.

Et un, et deux, et trois essais non aplatis ! Yoann Huget n’est pas sérieux.

Allons donc. On vous prévient une première fois que vous allez être soumis à un contrôle. Bien à l’avance, par courrier, par email. On vous relance, par courrier, par email. Mais le rendez-vous est loupé, toujours par votre faute, votre négligence. Deuxième chance, encore raté. Troisième tentative, et encore raté ! Bête. Huget a lui-même raconté sa piteuse série en conférence de presse : « Une fois, j’ai mal rempli mon formulaire de localisation. La deuxième fois, j’étais avec l’équipe de France avant le match contre le Pays de Galles et la troisième, j’avais une séance photo de dernière minute»

Je voudrais croire à cette version qui après tout ne peut être non plus formellement contestée. Mais je n’y arrive pas et c’est aussi mon droit. Non, j’ai beau tourner et retourner le problème, il m’est impossible d’adhérer au récit d’un garçon intelligent, posé, qui me dit ne pas savoir remplir un formulaire, être à un endroit et ne pas l’indiquer clairement, ou se faire prendre en photo alors qu’il est pressé par un impératif autrement plus important.

Finalement, Monsieur Huget, la légèreté, celle qui ne reste pas en surface, se travaille et pèse plus que sa signification. Oserais-je vous conseiller de la considérer avec sérieux…

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