Djokovic numéro 1 mondial du mental

Longtemps, on a parlé en sport de valeur pure, de don, de tactique, toutes choses qui rendaient un joueur ou une équipe supérieurs à l’adversaire. Le nombre toujours croissant des champions a ensuite fait apparaître un autre critère de nivellement, tout aussi capital, le mental. Novak Djokovic en est le nouveau maître.

Il y a un demi-siècle, nul n’aurait songé à conseiller à un joueur de tennis pour progresser de s’appuyer sur autre chose que sur sa prise de raquette en revers ou sur sa perpendicularité d’épaule en coup droit. Aujourd’hui, la technique – et le physique – des joueurs, sont quasiment à maturité dès la sortie de l’adolescence. Il reste donc l’essentiel, broyer l’adversaire par neurones interposés.

Novak Djokovic a été cinq ou six ans durant le dauphin des rois Federer et Nadal. Il n’était pas forcément « inférieur », il était inconsciemment leur obligé, leur inféodé. Ce 3 juillet 2011, le Serbe a définitivement brisé cet état de dépendance, d’infériorité psychologique. Depuis six mois, on le savait capable de s’imposer face aux deux légendes, et il l’avait prouvé, notamment quatre fois cette année face au « Taureau de Manacor ». On s’était alors aperçu que Nadal en ces occasions n’avait pas forcément évolué un ton au-dessous de ses habitudes. C’était « Djoko » qui l’avait cérébralement déséquilibré, lui imposant sans cesse une résistance gestuelle, presque télépathique, semblant lui adresser de constants : « Mon grand, je ne vais pas me laisser marcher dessus, je ne mettrai pas un genou à terre… ».

Nadal a trouvé son maître en psychologie

Le nouveau maître de la balle jaune ne frappe pas soudainement plus fort ni mieux. Il frappe là où cela fait mal. Djokovic a « tué » Nadal en finale de Wimbledon pas seulement en lui pilonnant son revers, mais en accompagnant ses bombes d’une sorte de dialogue intérieur. Chaque coup était livré comme un défi, une volonté de faire reculer l’Espagnol, ce que personne ne s’était jamais autorisé contre le champion le plus intimidant de l’histoire du tennis.

Djokovic a évidemment travaillé pour cela, aidé et persuadé, au sein de son clan pléthorique, que la victoire passait par une certitude transcendentale, celle de la conviction absolue que l’on est le plus fort. Le Serbe a éteint le courant Nadal, une première depuis six ans en finale de Grand Chelem, hormis l’exception « surnaturelle » de Federer. L’exploit est immense, fruit d’un entraînement énorme. Djokovic a dû d’ailleurs attendre plusieurs années et se modeler un corps à l’épreuve des blessures pour s’autoriser ensuite à ce que sa tête puisse dicter complètement et parfaitement sa loi… « Djoko » a sans doute lu et appliqué les préceptes de l’entraîneur le plus moderne de notre temps, Michel de Montaigne, pour se forger un esprit sain dans un corps sain.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s