FFF, ni fleurs ni couronnes pour les amateurs…

Je me pince un peu pour le croire. Mais quand je parcours ce samedi – jour d’élection de Noël Le Graët à la tête de la FFF – le supplément de L’Equipe consacré aux 100 plus grands exploits du sport français, je m’aperçois que la plupart d’entre eux ont été accomplis par… des amateurs. Ou presque. Bien sûr, le temps qui passe efface de plus en plus les effets de cette réussite désuète et l’on n’imagine plus qu’un athlète ou un rugbyman de haut niveau n’exerce ses talents physiques sans les monnayer.

Je revois par exemple avec délice cette photo de Serge Blanco lors de la demi-finale de la première finale de la Coupe du monde. L’image est saisissante. L’arrière de Biarritz et du XV de France est pris de dos, mais nul ne peut ignorer l’identité de ce numéro 15 qui file de son style inimitable de félin le long de la ligne de touche. Poursuivi par un adversaire, pas encore résigné, pour encore deux ou trois secondes. Chacun sait que le sprinter finira sa course dans l’en but australien pour emmener la France en finale… Blanco, alors surnommé le Pelé du rugby et probablement le joueur le plus fabuleux de l’histoire de l’ovalie avec Jonah Lomu, ne touchait pas à l’époque le plus petit franc de salaire pour son activité sportive. Blanco avait fait demande à son employeur, Pernod, de le mettre en congé sans solde ! C’était il y a à peine vingt-cinq ans…

J’observe encore avec jubilation dans le même supplément le cliché de Guy Drut en finale du 110 m haies des JO de Montréal. La course en est au sixième ou septième obstacle. Le recordman d’Europe possède encore un bon mètre d’avance sur ses poursuivants. Cinq secondes plus tard, il décrochera une médaille d’or que les Américains trustaient depuis quatre-vingts ans aux Jeux. Le résultat de dix ans d’une carrière vouée à sa discipline. Des milliers d’heures d’efforts physiques et d’ajustements techniques. Des tonnes dépensées de sueur, de volonté et d’acharnement. Pour une breloque et pour pas un rond… Et par la faute de quelques centaines de dollars encaissés un an plus tard, plus ou moins sous le manteau, le CIO lui avait indiqué la porte de sortie. Le sport, oui, l’argent non. C’était il y a 35 ans…

Le Graët élu président de la FFF avec 54 % des voix. Eric Thomas en obtient… 0,19 % !

En football, j’ai eu beau chercher, je n’ai trouvé aucune trace de prouesse « désintéressée ». Les triomphes de l’OM ou des Bleus de Platini et Zidane s’inscrivent à l’ère du foot-business. Pourtant, le professionnalisme dans l’hexagone remonte aux années 1930, mais n’avait pas motivé plus que cela les petits Français qui avaient alors mis environ un demi-siècle à se réveiller d’un sommeil de plomb au plan international. Peu importait alors à la Fédération française cette carence de résultats de son équipe phare. La FFF tirait sa gloire de la force de sa base, de ces centaines de milliers de licenciés amateurs qu’un système très au point de bénévolat parvenait à tenir en vie. Même les titres de champions d’Europe et du monde des Bleus n’avaient pas fait basculer l’équilibre de sa gouvernance, toujours entre les mains de présidents tenants du « football d’en bas ».

Mais ce samedi, l’amateurisme en football a sans doute connu le plus grave accident de son histoire. Il en ressort sous assistance respiratoire, en état de quasi mort clinique.  Le délit a été commis à Paris, avenue d’Iéna, au siège de la Fédération française de football. Noël Le Graët, le ploutocrate, a obtenu, à l’occasion du scrutin d’élection du 12e président de la FFF, 54 % des voix dès le premier tour, contre 45 % à son principal concurrent, Fernand Duchaussoy, et… 0,19 % à Eric Thomas, représentant iconique du foot amateur. Avec Le Graët, l’homme qui a échafaudé le système des revenus télévisuels à la Ligue, qui attire les sponsors comme des mouches et manie les bilans comme un jongleur les assiettes, pas de faux-semblants, les affaires sont les affaires.

Dans la jungle, terrible jungle…

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