Muster, cinglé de la balle

On le disait fou, fou de l’effort, fou de l’entraînement. Les preuves n’avaient pas manqué dès son irruption dans le cercle des meilleurs joueurs du monde. En 1989, Thomas Muster, en pleine ascension vers la gloire, s’était quasiment détruit le genou sur le parking du tournoi de Key Biscayne une heure avant de disputer une demi-finale, renversé par une voiture. Les médecins lui avaient alors annoncé qu’il ferait mieux de se mettre au tennis… de table, et encore, pour handicapés…

Abandonner, le verbe ne faisait pas partie de son vocabulaire. On l’avait surpris, quelques heures seulement après une très lourde intervention chirurgicale, sur un fauteuil roulant, s’adonner à de la musculation intensive, puis, en plein cagnard, jouer… au tennis sur le même engin, une main sur la raquette et l’autre sur une roue pour se déplacer tant bien que mal et renvoyer les balles ! Dingue, je vous disais.Un an après, le désossé atteignait les demi-finales de Roland-Garros… Et en 1995, il remportait le plus grand tournoi du monde sur terre battue, en liquidant ses adversaires à coups de surpuissants coups de fond de court pour se hisser quelques semaines plus tard à la première place du classement ATP. Le type le moins doué de l’histoire du tennis en devenait le plus fort… La preuve la plus absolue de la force de l’acharnement et du travail contre le talent et la nonchalance.

L’Autrichien disparaît du circuit en 1999, exténué par dix années de labeur hallucinant pendant lesquelles il s’était infligé des séances interminables d’entraînement, proches de la torture.Un peu plus de dix ans s’écoulent, et le gars réapparait. On ne sait trop pourquoi, à 43 ans, il veut renaître à la compétition. Depuis huit mois, il ne bosse même plus que pour cela : revoir Roland-Garros dans les deux années qui viennent. Mais pas en tribune. Sur le court, avec Federer et Nadal. Et donc, pourquoi pas contre eux. Et contrairement à ce qu’il affirme (« Je sais que je ne reviendrai pas dans le top 50 »), je suis persuadé qu’il rêve d’un deuxième triomphe à Paris. Comment appeler cela ? De la folie, de la schizophrénie, un délire pré-sénile ?Parce que, inutile de le dire, le coup est parfaitement invraisemblable. Muster rêve d’une invitation au tournoi parisien. Mais, franchement, je serais organisateur de Roland-Garros, et même au cas où l’ancien forçat de la balle réussissait une ou deux performances, dans des tournois challengers par exemple, je ne me risquerais pas à lui offrir ce qu’il demande. Björn Borg, le plus fabuleux joueur sur terre de l’histoire, s’était ridiculisé lors de son come-back après seulement deux ans de retrait.

Si c’est pour s’amuser, Muster doit savoir qu’il n’amusera personne d’autre que lui à trimbaler sa carcasse usée devant des bâches, où il sera vraisemblablement repoussé la plupart du temps. Si c’est pour se prouver que son âge ne l’a pas rattrapé, qu’il se contente d’aller défier les McEnroe, Connors ou Noah aux si délectables tournois des légendes. Mais si il lui reste un grain de raison, qu’il écoute tranquillement Stendahl : « La vieillesse n’est autre chose que la privation de folie »

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