Recrutement, maladie du temps

Le « mercato ». Quelle laide expression. Raymond Kopa dénonçait il y a cinquante ans l’esclavagisme des joueurs de football, purs objets entre les mains de leurs dirigeants. Rien n’a vraiment changé. Un défenseur, un attaquant ou un gardien sont aujourd’hui encore des produits plus ou moins haut de gamme mis aux enchères et promis au plus offrant. Un tableau de maître ou un vase de Sèvres à la salle Drouot n’ont pas plus d’emprise sur leur changement de propriétaire que Loïc Rémy ou Yoann Gourcuff.

Alors, comme deux fois par an, on procède, une fois en hiver et l’autre en été, à ce que, à Deauville, on appelle pour nos amis équidés, les ventes de « Yearlings », les chevaux de l’année, ceux qui ont les jarrets les plus costauds et les robes les plus brillantes, et donc les plus valorisés.En ce 31 août, date limite du marché d’été, les présidents doivent avant minuit avoir conclu leurs dernières affaires. Les agents annoncent leurs ultimes propositions par fax, par internet ou par téléphone portable. Comme aux enchères de l’ancien temps, la bougie s’éteindra à l’heure de la transaction définitive et il faudra que la Ligue ait enregistré le mouvement par un document officiel.

Mais après cette digression d’humeur, je voulais en venir à ce que je dénonce comme la folie du recrutement. Depuis un mois, on entend plus que ça. Les entraîneurs, à l’image de Jean Fernandez, Didier Deschamps ou Antoine Kombouaré crient partout que leur effectif est trop juste, qu’il faut le renforcer pour être compétitifs. On n’avait jamais vu telle peur du vide. Les spécialistes des  comportements du cerveau appelleraient ça une psychose. Évidemment, ces coaches ne sont pas complètement névrosés. Mais presque. Comme leurs dirigeants d’ailleurs, le stress du résultat les aliène. Les supporters, gens souvent de bon sens mais à la vue basse, ajoutent leur grain de sel.

Entraîneurs et présidents, l’or est souvent à portée de main !

A-t-on pourtant réussi en un siècle à élaborer un théorème, une loi, un axiome de la réussite en fonction de la valeur marchande d’un effectif ? Faut-il posséder les artistes les plus côtés pour décrocher les trophées ? Je ne me hasarderai pas à répondre. Les exemples fourmillent dans un sens ou dans l’autre.

Je dis seulement qu’il me semble curieux que des techniciens du football se croient obligés de faire constamment appel à des renforts. Ne sont-ils pas justement des experts en fabrication de groupes, en amélioration des systèmes, en perfectionnement de montées de balles… Ne peuvent-ils pas créer eux-mêmes du progrès, avec de l’existant, c’est à dire des joueurs eux-mêmes perfectibles et qui ne demandent qu’à le prouver ? Messieurs, comme disait ma grand-mère, et peut-être la vôtre, on trouve souvent à côté de soi ce que l’on croit éloigné.

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