Bernard ne dit pas merci

Ce qu’il y a d’extraordinaire avec certains, à l’image d’Alain Bernard, c’est qu’ils ne marchent pas justement à l’ordinaire. Je veux dire que leur moteur intérieur fonctionne à l’aide de carburants que vous et moi ne trouvons pas à la pompe. Cette énergie, c’est un truc spécifique à une race particulière d’êtres humains, fabriquée une fois tous les dix millions d’accouplements environ.

Un truc dans les gênes qui fait que quelques sportifs notamment parviennent toujours à retomber sur leurs pieds. Quels que soient les coups de mou, les emmerdements, les attaques, l’adversité. Alain Bernard fait peut-être partie de ces êtres taoïstes aux pouvoirs quelque peu surnaturels. S’il ne faut pas tout de même supposer le champion olympique du 100 m doué du caractère de l’immortalité, on peut néanmoins le qualifier de personnage fantastique.A la rue depuis son titre à Pékin, battu à chaque grand rendez-vous, le colosse d’Aubagne est allé chercher un deuxième titre européen en s’arrachant les boyaux. Il y a seulement trois jours, Bernard avait connu une humiliation dans le relais 4×100 m comparable à celle des derniers Jeux. Pour la deuxième fois en vingt-quatre mois, il s’était fait reprendre dans la dernière ligne droite et avait suscité de la part de ses camarades le sentiment qu’il les trahissait.

Bernard s’est battu pour ne pas perdre son ego

Mais, et c’est sans doute le plus vrai, c’est un état de honte et de revanche par rapport au public qui l’animait au tréfonds de son âme. Il ne pouvait pas, ne devait pas, à aucun prix, rester sur deux échecs aussi piteux à la face du monde entier. Ce Bernard-là n’a pas conquis son deuxième titre européen d’affilée grâce à sa technique ou à sa fluidité dans l’onde. Il l’a décroché avec son gigantesque orgueil. Ses premiers mots à l’issue de sa victoire l’ont immédiatement reflété. Les journalistes, autrement dit dans son esprit les fauteurs de mal et représentants à eux seuls de son mal-être et de son génie perdu, étaient les seuls responsables. C’est pour eux, contre eux, et en fait, vous l’avez compris, contre lui-même, que Bernard s’est battu comme un damné pendant 48 secondes et 49 centièmes pour toucher le mur le premier.

Pour être un vainqueur, et si l’on fait partie de la lignée des dieux de l’Olympe, on peut trouver le salut dans le nectar divin de l’orgueil.

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