Henry, dans la langue de Shakespeare

Mais qu’est-ce qui pousse à dire le contraire de ce qu’on pense ? Je suis fasciné par la langue de bois. Comme tout le monde, j’ai raconté des bobards, les plus énormes, sans vraiment comprendre pourquoi la vérité ne sortait pas de ma bouche. Sans doute que depuis le péché originel, cette vérité n’est pas reluisante. Pour me consoler, je me dis que la dissimulation des faits appartient aussi bien à l’enfant qu’aux présidents de la République ou aux plus célèbres sportifs.

Henry a sa carrière derrière lui, ce n’est pas une honte…

Ces jours-ci, j’ai entendu un exemple saisissant de cette langue brune. Les déclarations  de Thierry Henry au sujet de son exil aux États-Unis m’ont fait bondir après m’avoir fait rire. En signant chez les Red Bulls de New York, le recordman des buts marqués en Bleu ne penserait qu’au « plaisir » au « collectif » de sa nouvelle formation, à l’envie de « gagner » avec cette franchise dont les dirigeants se gargarisent de devenir la plus forte de tous les temps en Amérique…Pas un mot de ce discours à l’eau de rose n’est crédible. Enfin, qui pourrait croire à ce ridicule argumentaire bien évidemment écrit pour le compte d’Henry par des bonimenteurs de la phraséologie. Titi sait pertinemment qu’il a sa carrière derrière lui. Ce n’est pas une honte, c’est un fait. Depuis deux ans, il n’a pas joué en club plus de quatre ou cinq heures en tant que titulaire. A Barcelone, vous me direz. Ce n’est pas un déshonneur. Mais il n’a pas non plus réussi un dribble en équipe de France lors de ses quinze ou vingt dernières sélections. Même Raymond Domenech s’en est aperçu…

Dans un club équivalent à celui d’une petite Ligue 2, c’est évidemment une retraite dorée !

Henry sait tout cela. Comme il sait que ce départ vers une formation de niveau équivalent à une petite Ligue 2 hexagonale n’est tout bonnement que la route vers une retraite dorée. Que l’entraînement à la dure, l’esprit de compétition et les trophées les plus valorisants, c’est fini. Que la seule chose qui va désormais compter pour lui, ce sera de passer comme il le pourra du statut de grand joueur de l’histoire du foot à celui d’objet de marketing. Et tenir le plus longtemps possible dans cette position d’icône un peu jaunie baladée de stade en stade et de spots de pub en spots de pub.J’oserais dire que ce n’est pas un affront, mais un moment un peu délicat à traverser où le « plaisir » résidera plutôt dans la fine surveillance des placements financiers que dans les frappes enveloppées du pied droit. Pelé, Beckenbauer, Cruyff ou Djorkaeff ont fait pareil. Ils sont allés monnayer leur image tant que leurs jambes les faisaient tenir debout. Personne ne leur en a voulu. Le plus drôle, c’est qu’ils avaient en leur temps juré et craché, après avoir eux aussi récité de belles paroles, qu’ils traversaient l’Atlantique pour la beauté du sport…

J’en reviens au début de mon propos… Et j’aurais donc, à la place du nouveau New-Yorkais, débité une salade à peu près identique. J’aurais peut-être ajouté que, pour les déplacements de mon équipe, je ne prendrai plus le bus…

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