Brock James, tant de bonheur, est-ce possible ?

On en avait vu des beaux matches de rugby ces dernières années, mais celui-là…

Tout, on  a tout vu dans cette demi-finale du Top 14 entre Clermont et Toulon, jouée à Geoffroy-Guichard, l’enceinte à qui il ne manquait plus qu’un match de rugby d’anthologie pour mériter complètement sa réputation de stade  de légende.

Pour faire d’une rencontre un événement inoubliable il faut inévitablement être deux. Et elles furent bien deux, l’ASM et le RCT. Deux équipes aussi motivées, aussi acharnées, aussi joueuses l’une que l’autre. Le résultat final n’a en conséquence tenu à pas grand chose. Et même à rien, a-t-on coutume de dire en sport. Et ce rien, paradoxalement, fait tout.

D’ailleurs, s’il ne fallait ne retenir qu’un fait, un seul, de cette furieuse et à la fois magnifique « bataille » de Saint-Etienne, je m’arrêterais à cette action de la 92e minute, dans la deuxième partie de la prolongation.

Les Jaunards ne menaient que de trois petits points, ne songeaient pas un instant à faire les fiers. Ils avaient déjà vu les hommes de Philippe Saint-André leur opposer tant de résistance, tant de rage, bref tant d’âme, pour rester dans la partie qu’ils ne pensaient pratiquement plus qu’à une chose, conserver leur avantage. A tout prix. Quitte à franchir les flammes de l’enfer, à en perdre souffle et conscience. Et c’était à cette limite que s’était déjà avancé Morgan Parra, l’un des héros de cette partie titanesque. Le demi de mêlée de l’équipe de France, une nouvelle fois formidable d’audace et de précision (quatre pénalités, dont deux de 50 m, et une transformation), avait carrément été mis k.o. sur un choc de tête, et était sorti avant les vingt minutes de la prolongation.

Pour en arriver là, le RCT avait refait dans les cinq dernières minutes du temps réglementaire un retard de dix points ! De rage et de revanche réunies. Car, quelques instants auparavant, l’essai auvergnat de Zirakashvili accordé par l’arbitre n’était pas valable,  la vidéo passant sur les écrans du stade prouvant clairement aux joueurs et aux spectateurs (et à l’arbitre !) que le ballon avait clairement échappé au Georgien !

92e minute, donc. Le ballon part du pied de Jonny Wilkinson, également l’un des formidables acteurs de cette représentation inoubliable (auteur de la pénalité de l’égalisation à la 77e minute), et atterrit dans les mains de Brock James. A cet instant, l’Australien n’est plus que le simple numéro 10 de Clermont. Un ouvreur redevenu banal. Qui ne botte plus pour son équipe. Il en a pourtant été la poutre maîtresse depuis quatre saisons, la portant, la soutenant très souvent à lui tout seul par la qualité unique de ses tirs au but, de ses drops, de ses passes millimétrées. Car, il y a un peu plus d’un mois, James a vécu la pire soirée de sa vie, sur la pelouse boueuse et maudite du Leinster en quarts de finale de la Coupe d’Europe. Le trou noir, le cauchemar. Quatre pénalités égarées dans les tribunes, et surtout deux drops dans l’axe, pour la victoire, aimantés par l’extérieur des perches. Deux coups de pied tombés qu’il aurait passés, en temps normal, les mains attachées dans le dos et un bandeau sur les yeux ! On lui avait donc expliqué du côté de Marcel-Michelin, poliment, eu égard aux services rendus, qu’il devait se « recentrer » sur son jeu, qu’il ne buterait plus ni ne prendrait de vraies responsabilités. En termes clairs, on lui avait retiré les clefs du camion. Autant retirer ses griffes à un chat…

92e… James est quasiment sur la ligne médiane, sur la droite du terrain, pas en position idéale, loin de là. L’informatique le dira à cinquante-sept mètres de la cible. Mais il n’hésite pas, il arme son pied droit, le ballon en est éjecté mais sa trajectoire n’apparait pas limpide au premier coup d’œil. Mais il file, ce ballon, tourne de gauche à droite, comme hésitant lui-même sur sa cible, mais il va se lover entre les poteaux. Oh, le sourire de James… Que de jours et de nuits à ressasser le souvenir maudit de Dublin. Et quelle joie, à cette seconde précise d’assurer le succès de sa formation avec sa part du triomphe. Tant de bonheur, est-ce possible ?

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